Un grain de sable nommé Hong Kong (Dov Zerah)

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MARDI 18 JUIN 2019
L’actualité est aujourd’hui marquée par les énormes manifestations qui se déroulent à Hong Kong.
Deux millions de personnes dans les rues. Sur une population totale de près de 7,5 millions d’habitants, c’est un quart de la population totale qui est descendu manifester contre un projet de loi d’extradition vers la Chine. Pour mesurer l’ampleur de la contestation, imaginez 15 millions de gilets jaunes dans la rue.
Plus que le blocage du processus législatif, les manifestants ont eu l’exceptionnel courage de contrarier une tentative de Pékin d’assujettir Hong Kong à la loi chinoise.
Un rappel historique est nécessaire pour apprécier l’enjeu.
Au XIXème siècle, la faiblesse du pouvoir chinois a attisé les convoitises de toutes les puissances de l’époque qui ont progressivement acquis des concessions ou des avantages commerciaux particuliers ; ces situations ont nourri le nationalisme chinois et alimenté la volonté d’effacer ces affronts historiques.
Dans ce contexte, et au-delà de Shanghai, Hong Kong et Macao constituent deux cas particuliers. Le traité de Nankin signé en 1842 fait de l’île de Hong Kong une colonie britannique. Les Britanniques ont étendu la ville, notamment par l’acquisition, avec des baux de 99 ans, de territoires continentaux, comme la presqu’île de Kowloon.
La superficie de Hong Kong est de 1 104 km², la densité de près de 7 000 habitants au km². Au-delà de sa densité impressionnante, les habitants de Hong Kong ont une durée de vie de plus de 83 ans, une des plus élevées au Monde, voire la plus élevée. Au sud de la Chine, Hong Kong a une position stratégique sur la rive orientale de la rivière des perles, ouverte sur la mer de Chine.
En 155 ans, les Britanniques ont fait de Hong Kong :
  • Un centre économique dynamique, à partir de 1960, basé sur l’industrie textile, puis sur l’électronique
  • Un des principaux centres financiers au Monde avec New York et Londres
  • Une ville mondiale, un vrai success story !
Comme la Corée du Sud, Singapour et Taïwan, Hong Kong est devenue une puissance industrielle et financière, en s’inspirant du modèle japonais, et en s’appuyant sur quatre facteurs : une industrie d’exportations reposant sur des unités de production de petite taille, à faible intensité capitalistique et employant une main d’œuvre à faible coût. Aujourd’hui, avec près de 47 000 $, Hong Kong a un des PIB par habitant les plus élevés au Monde.
Dès l’installation du pouvoir communiste à Pékin en 1949, il n’a cessé de revendiquer la ville. En 1997, le Royaume Uni a rétrocédé la ville à la Chine avec comme condition de ne pas porter atteinte, au moins pendant cinquante ans, à la démocratie et à la liberté économique, selon la théorie « un pays, deux systèmes ».
Depuis 22 ans, Pékin cherche à atténuer, voire supprimer la singularité de Hong Kong, mauvais exemple pour le reste du pays. Cette dernière tentative juridique qui remet en cause l’indépendance de la justice, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.
Les manifestants de 2019 ont réussi, à la différence de leurs aînés du « mouvement des parapluies » de 2014, à faire reculer Pékin !
Cela arrive à un mauvais moment pour XI JINPING.
Il y a près de deux ans, fin octobre 2017, je vous ai parlé de l’affirmation du XIISME suite à la tenue à Pékin du XIXème congrès du Parti communiste chinois.
Ce congrès a marqué une véritable rupture.
En cinq ans, XI JINPING a :
  • Cantonné le rôle du Premier ministre
  • Circonscrit, voire supprimé les oppositions
  • Remis en cause le principe de la direction collective du parti
  • Réintroduit le culte de la personnalité
  • Développé une pensée unique, réduit les libertés notamment par un contrôle très strict de l’internet, accentué à travers une loi sur la cyber sécurité et une loi sur la sécurité nationale qui donne à la police des pouvoirs exorbitants, fait surveiller de manière étroite les religions islamique et bouddhique…
En concentrant tous les pouvoirs, XI JINPING a pris le risque d’accentuer la distanciation entre le régime et une société de plus en plus ouverte sur le mode extérieur.  Cela ne peut perdurer que si la croissance économique est au rendez-vous.
Or, la guerre commerciale avec les États-Unis porte de plus en plus atteinte à la croissance. Aussi, cette contestation politique venue de Hong Kong est le grain de sable qui entraine l’Empire du milieu dans des turbulences.     Dov ZERAH
Bonjour
 
Je vous invite à me retrouver le mardi matin à 7h05 sur Radio J 94.8 FM pour ma chronique économique et financière. 
De plus, j’invite toute personne intéressée par l’information économique sur l’Afrique,  à consulter le site “economiesafricaines.com       Merci  Dov ZERAH

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