En France, le ministre libanais appelle à des négociations directes avec Israël

Le ministre des Affaires étrangères du Liban, Yousef al-Rajhi, a déclaré que la seule voie pour une résolution globale des conflits récurrents entre le Hezbollah et Israël passe par des négociations directes. Cette prise de position, exprimée devant la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale française, reflète la position officielle du gouvernement libanais et marque un tournant dans la diplomatie libanaise.

Al-Rajhi, un homme politique libanais chrétien, a sévèrement critiqué le Hezbollah, affirmant que le groupe n’a atteint aucun de ses objectifs proclamés. Il a souligné que le Hezbollah n’a ni libéré Jérusalem, ni protégé Gaza, ni assuré la sécurité du Liban, malgré le sacrifice de ses combattants qualifiés de « martyrs sur le chemin de Jérusalem ». Au contraire, selon lui, le Hezbollah a entraîné le Liban dans une escalade de violence et une occupation israélienne accrue. Cette déclaration met en lumière le profond désaccord interne au Liban sur le rôle et l’influence du Hezbollah, qui reste une force militaire et politique majeure dans le pays.

Interrogé par les parlementaires français sur la pertinence de la politique européenne visant à maintenir un dialogue politique avec le Hezbollah, al-Rajhi a rejeté cette approche comme irréaliste. Il a insisté sur le fait que le Hezbollah est une organisation unique, sans distinction entre ses ailes politique et militaire, qualifiant le groupe d’organisation militaire illégale et de prolongement armé de l’Iran. Cette analyse critique remet en cause la stratégie de l’Union européenne, qui depuis 2012 considère uniquement l’aile militaire du Hezbollah comme terroriste, tout en poursuivant un dialogue politique avec ses dirigeants. Certains pays européens, comme l’Allemagne et les Pays-Bas, ont adopté une position plus stricte en interdisant toute activité du Hezbollah sur leur territoire ou en le désignant entièrement comme une organisation terroriste.

La position française, historiquement plus nuancée, a souvent soutenu le maintien des contacts avec le Hezbollah, notamment sous la présidence d’Emmanuel Macron, qui a plaidé pour un dialogue lors de ses visites au Liban. Cette politique a suscité des critiques, notamment de la part des responsables chrétiens libanais opposés au Hezbollah, et a freiné les efforts pour classer l’ensemble du Hezbollah comme organisation terroriste ou pour imposer des sanctions sévères contre lui.

Le discours d’al-Rajhi souligne les tensions persistantes au Liban et dans la région, où la question du Hezbollah reste centrale dans les relations avec Israël et dans la politique intérieure libanaise. En appelant à des négociations directes avec Israël, le ministre ouvre une perspective nouvelle, mais également délicate, dans un contexte où les hostilités entre le Hezbollah et Israël continuent de menacer la stabilité régionale. Cette proposition pourrait influencer les futures démarches diplomatiques, même si les obstacles restent nombreux, notamment en raison des liens étroits entre le Hezbollah et l’Iran et des divisions internes au Liban.

La déclaration du ministre libanais des Affaires étrangères met en lumière une volonté officielle de dépasser le cycle de violence par le dialogue direct avec Israël, tout en dénonçant la stratégie européenne jugée inefficace face à un Hezbollah considéré comme une organisation armée unique. Ce positionnement reflète les défis complexes auxquels fait face le Liban, partagé entre influences régionales, pressions internationales et enjeux sécuritaires majeurs.

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