Les funérailles du soldat-martyr, nouveau lieu de la contestation antigouvernementale
Depuis quelques jours, l’AKP se retrouve contesté lors des cérémonies en hommage aux soldats tués par le PKK. Une première dans ce pays très attaché à la notion de «martyr».

«Annoncer vouloir tomber en martyr mais en même temps se faire protéger par 30 gardes et un véhicule blindé, tu ne peux pas dire ça ! Si tu veux vraiment tomber en martyr vas là-bas! (dans le sud-est de la Turquie, ndlr)», a lancé le lieutenant colonel Mehmet Alban lors des funérailles de son petit frère tombé lors de combats avec le PKK il y a quelques jours, en référence aux propos du Ministre de l’Energie Taner Yildiz qui avait annoncé vouloir tomber en martyr. Des milliers de personnes se sont rassemblées pour rendre hommage à Ali Alkan à Osmaniye, ville qui a perdu le plus de soldats dans le pays ces dernières semaines avec un total de 5.

L’AKP en ligne de mire
«Je suis un proche du martyr mais je suis derrière alors que ces gens sont au premier rang», s’est révolté le lieutenant colonel qui a pris pour cible les députés de l’AKP qui sont venus se placer au premier rang. «Ceux qui disaient ‘la paix jusqu’au bout’, pourquoi maintenant disent-ils ‘la guerre jusqu’à la fin’ ? Qu’est-ce qui a changé ?», s’est-il interrogé. Ces critiques visant directement l’AKP qui avait lancé «le processus de paix» il y a 3 ans ont donc atteint une nouvelle étape. Les funérailles des soldats tombés sont devenues le lieu et l’endroit pour exprimer ses critiques. Ainsi, la semaine dernière à Bursa, lors des funérailles de Recep Baydur, soldat tombé à Siirt, le président de la République avait été pris pour cible. «Le président Erdogan doit être fier, les frères s’entretuent à nouveau», s’est plaint un cousin du martyr. «S’il (Erdogan) avait eu ce qu’il souhaitait le 7 juin dernier, nous n’aurions pas eu ces pertes n’est-ce pas ?», a demandé une personne endeuillée au ministre de la Santé, Mehmet Muezzinoglu qui était présent aux funérailles du sergent Bahadir Aydin. Le ministre avait indiqué que si le «régime présidentiel avait été installé, ces pertes n’auraient pas eu lieu». Il a même répété ces propos ce dimanche 23 août.

La politique s’incruste dans les funérailles
Dans l’islam, tout musulman qui tombe en martyr a sa place au paradis. Il s’agit même du deuxième échelon le plus élevé après celui du Prophète. Les Turcs restent particulièrement attachés à ces valeurs et il est très rare que l’on assiste à de telles contestations lors de funérailles. Ce sont plutôt des moments de forte solidarité. Mais ces derniers jours, les choses ont changé et la politique s’est infiltrée dans cet espace qui lui était «interdit». Ainsi, outre ces contestations, on peut se rappeler du discours du président Erdogan, la main posée sur le cercueil d’Ahmet Camur à Trabzon. Il avait notamment parlé «du bonheur que sa famille devait éprouver» après avoir vu leur proche tomber en martyr. Depuis la reprise des combats il y a un mois, environ 60 soldats turcs sont tombés alors que le régime prétend que plus de 750 terroristes du PKK auraient été tués, parmi eux de nombreux civils désignés comme « terroristes » parce que Kurdes.
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