Thierry Ardisson, l’éternel homme en noir du petit écran.

  • Autodidacte, il avait débuté sur TF1 en 1985 avec « Descente de police », version télé des interviews insolentes, en forme d’interrogatoire musclé, qu’il publiait dans le magazine « Rock & Folk »
  • Suivront « Scoop à la Une », « Bains de Minuit », « Lunettes noires pour nuits blanches », « Télé Zèbres », « Double Jeu », « Ardimat », au hasard d’un va-et-vient incessant entre TF1 et Antenne 2

PARIS: Animateur et producteur controversé décédé lundi à 76 ans, l’homme en noir Thierry Ardisson, star cathodique à partir des années 1980, a inventé un ton transgressif et lègue un impressionnant patrimoine audiovisuel.

« Quand je suis arrivé, il y avait à l’antenne un langage télévisuel prude et compassé. On s’est mis à parler comme dans la vie, de sexe, d’alcool et de drogue », rembobinait l’ancien publicitaire.

Il ne s’était pas fait que des amis dans le milieu: pour Bernard Pivot, il était « tellement mégalo qu’il croit avoir inventé la vulgarité à la télévision ».

Autodidacte, il avait débuté sur TF1 en 1985 avec « Descente de police », version télé des interviews insolentes, en forme d’interrogatoire musclé, qu’il publiait dans le magazine « Rock & Folk ».

Suivront « Scoop à la Une », « Bains de Minuit », « Lunettes noires pour nuits blanches », « Télé Zèbres », « Double Jeu », « Ardimat », au hasard d’un va-et-vient incessant entre TF1 et Antenne 2.

« N’étant pas très à l’aise moi-même, je n’avais pas envie que les gens en face de moi le soient, d’où mon époque +Lunettes noires+ où j’étais d’une agressivité incroyable », reconnaîtra-t-il plus tard. Thierry Ardisson gardera le noir, qui « amincit ».

Après trois ans de traversée du désert, ce défricheur, qui ne cachait pas avoir consommé en excès drogue et alcool plus jeune, présente en 1998 « Tout le monde en parle » sur France 2, talk-show à succès où il sonde des personnalités jusque dans leur vie privée, aux côtés du trublion Laurent Baffie.

Sommé de choisir entre le service public et Paris Première, il opte en 2006 pour la chaîne du câble et du satellite, où il anime « 93, Faubourg Saint-Honoré », des dîners éclectiques filmés à son domicile.

Gros bosseur, Thierry Ardisson lance la même année « Salut les Terriens ! » sur Canal+, avant de migrer sur C8 en 2016. Mais l’émission s’arrête en 2019, après son refus de fournir ses émissions pour deux fois moins cher.

Jamais à court de concept, le vétéran du PAF revient brièvement en 2022 avec « Hôtel du temps » sur France 3, où il interroge des stars défuntes dont les visages et voix sont recréés grâce aux nouvelles technologies.

Et en 2024, il imagine le magazine de société « Nos grandes décisions » pour France 2, avec le trentenaire Hugo Clément aux manettes.

« Torturé » et « exigeant » 

La chaîne YouTube « Ina Arditube » retrace ses 35 ans d’émissions cultes.

Certains programmes ont mal vieilli. Ainsi, l’écrivaine Christine Angot s’est dite humiliée à plusieurs reprises sur le plateau de « Tout le monde en parle », en se souvenant de rires face à l’inceste sur lequel elle a écrit.

La Légion d’honneur remise par Emmanuel Macron début 2024 à l’animateur-producteur a fait polémique, suscitant la réprobation d’artistes comme Judith Godrèche.

Le chef de l’Etat avait alors rendu hommage à « un personnage d’une liberté totale, un provocateur et érudit ».

Mais, « aujourd’hui, les gens ne veulent plus rien dire à la télévision », déplorait le septuagénaire au même moment, regrettant une « aseptisation ».

Lors de sa dernière apparition à la télé, le 10 mai dans « Quelle Epoque! » sur France 2, il avait comparé Gaza à Auschwitz, ce qui avait fait polémique – il avait ensuite demandé pardon à « ses amis juifs ».

Né le 6 janvier 1949 à Bourganeuf (Creuse), d’un père ingénieur et d’une mère femme au foyer, Thierry Ardisson a passé une partie de son enfance en Algérie, puis en internat catholique en Haute-Savoie.

Il assume sa foi catholique, son parisianisme, ses convictions royalistes et également son appétit pour l’argent.

« Ardisson est un type torturé, exigeant, animé de la peur du lendemain » et « chez qui rien n’est jamais acquis », le décrit le producteur Stéphane Simon, compagnon de route depuis plus de trois décennies et marqué à droite.

A 20 ans, il avait démarré au culot dans la publicité, inventant des slogans tels « Lapeyre, y’en a pas deux » et « Quand c’est trop, c’est Tropico ».

Thierry Ardisson a aussi été patron de presse – directeur de « L’Ebdo des Savanes » au début des années 1980, d' »Entrevue » dans les années 1990, où il est condamné pour divers articles tapageurs. Il s’est aussi essayé à la production de séries et films, et à l’écriture, se livrant notamment dans « Confessions d’un baby-boomer » en 2005. Marié à trois reprises, Thierry Ardisson a eu trois enfants avec la musicienne Béatrice Loustalan. Depuis 2014, il était l’époux de la présentatrice de TF1 Audrey Crespo-Mara.

Thierry Ardisson : de quoi est mort l’animateur ? Un cancer et une maladie foudroyante évoqués

Thierry Ardisson est mort à l’âge de 76 ans a annoncé sa femme Audrey Crespo-Mara à l’AFP ce lundi 14 juillet 2025. Il était malade depuis peu.

Les rumeurs bruissaient depuis quelques temps déjà. Thierry Ardisson est mort à l’âge de 76 ans d’un cancer du foie, a annoncé sa femme Audrey Crespo-Mara à l’AFP, ce lundi 14 juillet dans la matinée. « Thierry est parti comme il a vécu. En homme courageux et libre. Avec ses enfants et les miens, nous étions unis autour de lui. Jusqu’à son denier souffle », a indiqué son épouse.

L’animateur était l’objet de spéculations depuis le début de semaine, quand des bruits de couloirs le donnaient « au plus mal ». Les rumeurs indiquaient que l’animateur iconique de la télévision était hospitalisé pour un cancer en phase terminale. Vendredi 11 juillet, l’absence au JT de TF1 d’Audrey Crespo-Mara, l’épouse de Thierry Ardisson, et le retour d’Anne-Claire Coudray à sa place sans aucune explication, ont provoqué les premiers questionnements explicites de la presse people.

Mais Thierry Ardisson était déjà donné mourant depuis plusieurs jours. Mercredi 9 juillet déjà, le journaliste Clément Garin assurait sur X que Thierry Ardisson se trouvait « au plus mal ». Sur son compte, le journaliste spécialiste de la télévision, ancien chroniqueur de TPMP, affirmait que l’animateur était « hospitalisé depuis trois semaines » et qu’il était « en train de perdre le combat » face à un cancer foudroyant, avant de supprimer sa publication quelques heures plus tard.

Thierry Ardisson aurait découvert sa maladie « il y a moins d’un an » et celle-ci aurait gagné du terrain « inexorablement », expliquait également le journaliste. Clément Garin indiquait par ailleurs dans son tweet et dans un article, également dépublié, que sa femme Audrey Crespo-Mara aurait filmé Thierry Ardisson « dans ses derniers instants de vie ». Des informations qu’Audrey Crespo-Mara a balayées, jugeant le procédé « abject » et annonçant une procédure contre le journaliste.

Thierry Ardisson avait tout prévu. Comme il l’avait confié en mai au Parisien, « le jour où je sentirai la fin approcher, je déciderai de tous les détails pour mon enterrement ». Un véritable dossier a été envoyé à plusieurs journaux, avec une liste de 7 personnalités à contacter pour des témoignages, accompagnée de leur numéro de téléphone : Philippe Corti, Laurent Baffie, Franz-Olivier, Léa Salamé, sa productrice Catherine Basma, son amie Anne Méaux et sa première patronne, Marie-France Brière. Dans ce dossier figuraient aussi des photos validées par Ardisson lui-même et une compilation de 16 minutes de ses 40 ans de télévision. « Aucun autre extrait n’est autorisé », est-il précisé dans le dossier.

Celle qu’il a chargée de le raconter après sa mort, c’est son épouse, Audrey Crespo-Mara. La journaliste de TF1 le filmerait depuis plusieurs mois afin de montrer une autre version d’Ardisson, de sa vie sous les projecteurs à la maladie.

Le tweet de Clément Garin sur Thierry Ardisson, supprimé ce mercredi 9 juillet 2025 après plusieurs heures en ligne. © Capture X

Un cancer difficile à traiter 

C’est un cancer du foie qui aurait coûté la vie à Thierry Ardisson. Selon ses confidences sans tabous, son foie avait déjà été abimé par une hépatite C, contractée lors d’expériences de « speedballs » dans les années 1970, un mélange de plusieurs drogues. Mal soignée, cette hépatite aurait évolué en cirrhose, une maladie chronique du foie, puis en Carcinome hépatocellulaire, selon la Voix du Nord. Si cette forme de cancer est très courante, elle est très difficile à soigner. En effet, le diagnostic du cancer du foie est souvent tardif. Comme le rappelle l’Institut Curie, plus le stand est avancé, plus le traitement est difficile, voire inutile. 

Même pris en charge à temps, ce cancer est très dangereux et mortel. Le foie étant un organe riche en vaisseaux sanguins, les cellules cancéreuses peuvent se propager et atteindre d’autres organes rapidement. Le taux de survie à 5 ans et inférieur à 20%.  

Les derniers instants de Thierry Ardisson dans un documentaire ?

Le 1er juillet dernier, TF1 annonçait un documentaire inédit sur Thierry Ardisson, intitulé « La face cachée de l’homme en noir », portrait intimiste signé par son épouse elle-même. « Vous le connaissez, mais vous ne le connaissez pas. Mon ambition : vous faire découvrir celui qui se cache derrière le costume de ‘L’Homme en noir' », confiait la journaliste de 49 ans. Son but : raconter son mari « à travers les 10 Commandements de sa vie », parmi lesquels « Ta famille, tu fuiras », « À la drogue, tu succomberas », ou encore « La mort en face, tu regarderas », comme écrit dans le dossier de presse de la chaîne. Le programme, retraçant les époques et les facettes d’un homme hors normes, devrait être diffusé sur TMC.

Thierry Ardisson a lui-même exploré son histoire singulière très récemment, à travers une autofiction originale « L’Homme en noir », parue en mai dernier (Plon). Dans cet ouvrage, il n’hésitait pas à régler ses comptes avec le milieu audiovisuel. Agé de 76 ans, l’animateur star imaginait même sa propre mort, par balles, sur le plateau de Tout le monde en parle. Avant de rejoindre l’au-delà, il imaginait d’ultimes entretiens avec les plus grands.  Je veux voir la mort arriver en face », lançait l’intervieweur tonitruant, nightclubber, libertin et monarchiste assumé, dans Le Parisien.

Thierry Ardisson, pionnier de l’infotainment

Toujours tout de noir vêtu – ce qui lui a valu son surnom – et flanqué d’un éternel sourire, Ardisson a bousculé le paysage cathodique avec ses talk-shows à succès en soirée, mêlant information et divertissement. Le Tout-Paris s’est rendu à ses émissions, parmi lesquelles « Bains de minuit », présentée depuis la boîte de nuit des Bains Douches à Paris, « Lunettes noires pour nuits blanches » au mythique Palace et « Rive droite / Rive gauche », premier magazine culturel TV quotidien en France.

Thierry Ardisson a connu ses plus belles heures avec « Tout le monde en parle », une émission hebdomadaire sur France 2 (1998-2006) aux côtés de son acolyte Laurent Baffie, où ses questions cash, parfois trash, ont souvent créé le buzz. Ses interviews très directes, parfois à rebrousse-poil voire intrusives, auront établi sa réputation de figure impertinente et prolifique du paysage audiovisuel français.

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5 Commentaires
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Richard MALKA

Depuis Dechavane, ce genre de type n’ont su que créer des polémiques ou les frustrations l’importent sur la raison, l’acuité l’intelligence et la vérité.
Ce sont des manipulateurs qui cherchent à faire briller leur égocentrisme.

Ils sont bien loin et bien plus bas que Jacques CHANCEL, et je ne les regrette en rien.

Bejar

Bon voyage Thierry Ardisson. Deja tu nous manques. Mais tu rentres chez nous. Et cela nous arrivera à tous. Même si nous le souhaitons aussi tard que possible.

Et non l’homme ne décide pas de tout. Heureusement. Sinon la nature et la planète auraient déjà disparu depuis belle lurette…

De mon côté je me rappellerai de ton impertinence et de ta provocation qui font que comme certains il reste derrière eux une trace particulière. Qui fait qu’on ne les oublient pas. Je pense à Gainsbourg que tu connaissais. Mais il y avait aussi Bachelard. Ou encore Higelin et son fils, Tom Waits, Joe Cocker… Merci à eux. Merci à toi.

Damran

Dommage que cet homme qui n’est pas du tout antisémite ait balancé une saloperie inadmissible au cours d’une émission où il s’est fait piéger.
Affirmer en direct sur un plateau de télé que Gaza c’est Auchwitz est impardonnable, point barre…

Damran

Pour être tout à fait honnête, il ne faut pas oublier que Thierry a été en tête de cortège lors de la manifestation contre l’antisémitisme.
Il a eu le courage de le faire contrairement au Micron agité qui ne s’y est pas rendu…

נתניאל

Oui mais mais pour un mec comme lui qui se revendique impertinent et libre, dire une bêtise pareil parce que soi disant piégé, c’est difficile a comprendre. Cela étant ca en fait juste un debile, pas nécessairement un antisémite