TeTSaVé 578: Noé, Moïse et  Amaleq?

L’an passé, nous avons disserté sur le caractère essentiel de l’huile d’olives dont il est question dès le début de cette péricope.

Cette année, la section de Tetsavé est lue à Pourim au lieu de l’être une semaine avant, pour shabbat zakhor et aux alentours de l’anniversaire de la naissance et de la mort de Moshé Rabbénou.

Cependant, les Sages ne peuvent écarter le fait que dans cette parasha, le nom de Moïse n’apparaît pas et ils analysent les faits sachant que dans la Torah, rien n’est au hasard. Ainsi, de nombreux exégètes tirent-ils des parallèles entre cette sidra et celle du déluge, entre les personnalités de Noé et de Moïse, entre la colombe qui revint vers Noé avec un rameau d’olivier dans son bec et l’huile d’olives qu’HaShem réclame pour la Menora et le fonctionnement du Temple, entre l’arche de Noé et le Beith HaMikdash (et son emplacement) et bien d’autres points importants que nous essaierons d’éclaircir ici. Et ce, sans oublier le lien avec Amalek et Haman, Mordékhay, Esther et Pourim par conséquent.

Le Hida1, s’appuyant sur le Zohar, pense que, bien que les sections hebdomadaires soient bien déterminées, il conviendrait que les deux sidroth de Terouma et Tetsavé soient jumelées car d’après le Yalkout Réouvéni, le dernier mot de Terouma et le premier de Tetsavé sont liés. De quelle manière ? Le dernier mot de Terouma est NEHOSHETH נחושת et le premier mot de Tetsavé est VEATA ואתה or, en disséquant le mot NEHOSHETH on obtient NOAH et SETH et quant à VEATA c’est MOSHE2.

Le Ari, zal, enseigne que Moïse est, en fait, le TIKOUN3 de Noé. En effet, si Noé était un homme juste, on peut dire qu’il était « un tantinet » égoïste car, lorsque HaShem annonça à Noé Son intention de détruire le monde, celui-ci s’inquiéta uniquement de sa personne et de sa famille, il ne s’inquiéta nullement de ses contemporains, nous en avons déjà débattu : il ne fut pas comme Abraham qui « marchanda » le sort des ressortissants de Sodome et Gomorrhe, et encore moins comme Moïse qui intervint à plusieurs reprises pour sauver le peuple…

D’ailleurs, Noé est surnommé en araméen : RA’YA SHATYA (רעיא שטיא) ou le sot berger alors que Moshé est surnommé : RA’YA MEHIMNA (רעיא מהימנא) ou berger fidèle. Noé nous confient les midrashim tint à HaShem ce langage : Regarde ce que tu as fait : tout a disparu, Tu as tout détruit ! Ce à quoi HaShem rétorqua : pourquoi ne réagis-tu qu’à présent et pourquoi n’as-tu pas réagi il y a 120 ans lorsque J’ai exposé Mon projet ? A cette époque tu ne t’es préoccupé que de toi et ta famille !!!

Et, c’est par dérision que les eaux du déluge ont été nommées « MEY NOAH » les eaux de Noé.

Le débat qui opposa Caïn et Abel portait sur la construction du Mishkan : sur quel terrain serait-il construit ? Celui de Caïn ou celui d’Abel. Le premier sacrifice offert au Créateur fut présenté par Adam, le premier homme, sur le Mont Moriah qui tomba dans les possessions d’Abel.

C’est en ce même lieu que Noé fit son sacrifice à la fin du déluge. Et c’est là que fut lié Isaac et c’est encore là que fut érigé le premier Temple puis le deuxième.

Les HAZAL4 s’étonnent du fait qu’il est écrit que Moïse serait issu de Noé et pourquoi n’est-il pas écrit la même chose à propos des Patriarches ? Car, on considère dans l’enseignement ésotérique que Moïse est venu racheter les fautes de Noé.

Les Sages, encore, tirent des parallèles entre Noé et Moïse: Noé dut construire un « navire » et l’enduire de goudron, tout comme Moïse fut déposé dans un berceau-flottant lui aussi enduit de goudron.

A l’époque où Noé reçut la mission de construire cette arche selon des précisions extrêmes, il dut acheter des graines et faire pousser des cèdres et surveiller ces pousses jusqu’à ce qu’ils fussent des arbres convenant à la confection de ce vaisseau car, les idolâtres, congénères de Noé, se livraient à un culte envers les arbres aussi, pour exclure toute possibilité d’utiliser des arbres adorés par ces païens, Noé entreprit-il de faire pousser ces arbres qui serviraient pour sauver ceux qu’HaShem avait désigné.

Selon le Ari, zal, l’Arche n’était en fait qu’une sorte de Mikdash à telle enseigne que Noé ne considéra pas que ce lieu lui appartenait mais il patienta pour y pénétrer qu’HaShem lui dise de s’y installer. A l’instar de Moïse vis-à-vis du Mishkan.

Lorsque Noé voulut savoir quelle était la situation dehors et qu’il envoya la colombe (après avoir envoyé le corbeau), la colombe revint avec un rameau d’olivier vers l’arche/mikdash.

Si la colombe a pu ramener un rameau d’olivier, elle aurait pu cueillir le rameau d’un autre arbre. Pourquoi donc de cet arbre-là ? Et pourquoi une colombe ? Si un corbeau avait été envoyé serait-il revenu ?

La colombe fut choisie car elle est fidèle à son maître et elle est revenue, le corbeau, ayant trouvé où se poser ne serait peut-être pas revenu.

Le Zohar émet l’opinion suivante : le déluge étant terminé, l’arche allait se vider de ses passagers et ainsi, la colombe ramenant une branche d’olivier il y a une allusion très claire au fait qu’il faut de l’huile d’olives à l’exercice du cohen. Dans cette section, d’ailleurs, il est question des vêtements sacerdotaux du prêtre dans l’exercice de ses fonctions au Mishkan, tout comme seront détaillés tous les ustensiles qui devraient servir quotidiennement au Temple.

Lorsque fut détruit le Temple de Salomon, tous ces ustensiles en or ou en argent et en cuivre furent dérobés et convoyés vers le palais royal. C’est ainsi que lors du banquet d’Assuérus à Suse, Assuérus changea de vêtements à plusieurs reprises se parant uniquement des vêtements sacerdotaux et n’utilisant que les ustensiles du Temple pour, en quelque sorte, s’enorgueillir et montrer sa grandeur et sa magnificence en exhibant des vêtements et des ustensiles qui n’étaient pas siens.

Haman, qui est un descendant d’Amalek ou Amalec, a ourdi un projet de destruction contre le peuple juif, en le prenant par surprise. Cette haine, passe de génération en génération. Cette haine n’est que l’expression d’un refus tout net de montrer allégeance à un Dieu Tout Puissant et pour être certain de Le toucher il n’y a rien de plus facile que d’atteindre au peuple avec lequel IL a conclu une alliance, avec un seul et unique objectif : tuer. C’est donc ce que Haman chercha à faire. Seul Mordékhay et Esther étaient de taille pour anéantir ce projet assassin.

Dans de nombreux écrits on trouve une allusion nette au nom de Mordékhay HaYéhoudi : Mordékhay = MARA DAKHYA (מרא דכייא) ou un aromate supérieur. Et Esther est un nom qui désigne une notion de secret, de caché. Or, Esther présentée dans la Meguila…. D’Esther comme une jeune-fille était en réalité âgée de plus de 70 ans… Elle a eu le mérite de voir le jeûne qu’elle décréta lui être dédicacé par le fait qu’elle a mis sa vie en danger et le chapitre de cet épisode de l’histoire juive appelé aussi de son nom : la meguila d’Esther. La Reine juive savait qu’en apparaissant devant le roi sans y avoir été convoquée signait son arrêt de mort. Mais, au regard du sort funeste qui guettait son peuple et après avoir jeûné trois jours durant, elle prit la force de se préparer et d’apparaître soudainement devant le roi.

De son côté, Mordékhay représentait pour Haman l’épine qui le blessait à chaque mouvement. Comment ? Voici : Haman avait réussi sa carrière en tous points, tous ceux qui croisaient son chemin se prosternaient et il n’en éprouvait aucun bonheur ni aucune fierté car Mordékhay le Juif ne s’exécutait pas et ce seul fait suffisait à l’exaspérer.

Le Gaon de Vilna explique cet état d’âme ainsi : dès le moment où HaShem lui interdit de manger du fruit de CET arbre, plus rien n’avait d’attrait pour lui et il ne désirait manger que de cet arbre-là.

Or c’est à cause de cette faute commise par Adam que la terre fut maudite et qu’elle produira des épines et des ronces/orties/chardons : kotz vedardar קוץ ודרדר.

Haman ne se satisfait pas des millions de gens qui le respectent et l’honorent il est aigri car Mordékhay l’ignore. Cet empêchement est comme une écharde dans le pied d’Haman.

Esther demande au peuple de s’unir, de jeûner et de prier pour elle. Car, c’est de la prière et de la foi que dépendent Secours et Rédemption : un midrash rapporte qu’Eliahou HaNavi (le prophète Elie) est allé prévenir Abraham et lui dit : Regarde, le peuple a été convié au festin d’Assuérus et ils y sont allés, ils y ont mangé et en ont profité et Abraham lui répondit : je ne peux rien faire : ce qui est fait est fait. Eliahou HaNavi se présenta alors à Moïse qui lui dit y a-t-il là-bas quelqu’un qui peut prier ? Oui lui répondit Eliahou il y a Mordékhay le Juif. Alors Moïse lui promit : qu’il prie et je prierai et la menace de mort sera annulée.

La foi inébranlable en D. n’a pas fait faute ni à Mordékhay ni à Esther. Tout au contraire à la sortie d’Egypte, lorsque les Hébreux étaient épuisés et qu’Amalek vint les surprendre en les attaquant par derrière, leur foi était déjà chancelante. C’est pourquoi, dès que leurs regards soutenaient les efforts physiques de Moïse qui, tant que ses bras étaient tournés vers les mains de Moïse et donc, vers les Cieux ils voyaient que HaShem les renforçaient et dès qu’ils relâchaient leur foi, ils perdaient.

La conséquence est très forte : ne jamais oublier de proclamer la foi tout comme Mordékhay qui, même avant d’enfourcher la monture royale, a proclamé « SHEMA ISRAEL » !

Caroline Elishéva REBOUH

1 HIDA : acronyme de Haïm Yossef David Azoulay né en 1724 à Jérusalem et mort à Livourne en Italie en 1807 et enseveli à Jérusalem au Har Hamenouhth Guiv’ath Shaoul. Il fut rabbin, cabaliste, talmudiste et décisionnaire rabbinique. L’un des disciples du Ohr HaHaïm HaKadosh : Rabbi Hayim BenAttar.

2 Moïse, comme nous le verrons plus bas, a insisté auprès d’HaShem pour qu’IL pardonne le peuple dans son intégralité pour la faute du veau d’or et donc, Moïse en insistant, a demandé à l’Eternel, de pardonner et d’enlever son nom de cette partie de la Torah, ce qui fut fait. Donc, Moshé n’apparaît pas mais c’est VEATA qui apparaît en lieu et place ce qui fait de ce mot un nom supplémentaire de Moïse.

3 Venu pour réparer les fautes de….

4 HAZAL = Hakhamim Zikhram Livrakha : les Sages de mémoire bénie.

TeTsaVé: De l’encens à l’odorat, lecture du Maharal

A.B Ouriel Post 24 Février 2021

Sur le rôle de l’encens, le Maharal de Prague nous procure une piste de lecture toute en symboles dans le commentaire qu’il fait à propos de le Guemara « Houlin ».
Celle-ci posait en effet les curieuses questions de savoir où sont Moché, Haman, Esther et Mordékhaï dans la Thora.

– Pour Moché Rabénou ? Dans le verset où Hachem annonce, lors de la perversité de la génération du déluge, que Son Esprit n’animera pas l’homme à tout jamais « puisque même lui, (l’homme n’est que chair (GénèseVI, 3).
Le terme « bechagam » traduit approximativement par : puisque même lui, est composé de 4 consones, Beth, Chine, Gimel et Mem qui ensemble possède la même valeur numérique que Moché, 345.

– Pour Haman ? Lorsqu’ après la faute de Adam et Ava, Hachem interroge Adam : qui t’a dit que tu étais nu ? Aurais-tu mangé de l’arbre dont je t’avais ordonné de ne pas manger ? (Génèse III, 11). Ici, le nom d’Haman s’écrit de façon identique au terme qui formule la question : Hamin, est-ce-que…

– Pour Esther ? « …et ce jour là, je voilerai ( je cacherai) Ma Face…à cause de tout le mal que le peuple juif aura fait en se tournant vers d’autres dieux (Deutéronome 31, 18). Le nom d’Esther signifie : celle qui est cachée…
– Pour Mordekhaï ? Parmi les épices odoriférantes requises pour l’huile d’onction, il y en a une qui s’appelle en araméen Maré Darkhia (le myrte, qui a la même consonance que Mordékhaï).

Quant à la place de Mordekhaï, elle est liée à la capacité intacte de son odorat, seul parmi les cinq sens à n’avoir pas participé à la chute originelle d’Adam et Hava, et à avoir gardé sa fiabilité intacte. L’odorat est donc resté le sens le plus pur. Il constitue la sensation la plus immatérielle de tous les sens.
A l’époque de Ahachvéroch, Mordékhaï est le seul qui semble comprendre les dangers de la situation par rapport à ceux piégés dans une sécurité illusoire. Sa clairvoyance est liée à son odorat qui laisse pressentir, surtout aux hommes de thora les plus affirmés ce pouvoir de détecter.

Depuis Adam le premier homme, où tous les quatre autres sens ont participé à la faute, ils sont devenus peu fiables. Seul l’odorat a échappé à cet affaiblissement. A travers l’odorat nous resterons toujours sensibles aux vérités profondes de la Création pour reconstruire le lien avec le Divin.
Et de l’odeur à l’esprit Rav disait : le jour viendra où les jeunes gens d’Israël restés purs et chastes « exhaleront des parfums comme ceux de l’encens ». Si D’ieu ressent une satisfaction de la conduite des hommes, c’est en raison du «  Niouah Riha » (odeur agréable) qu’ils font s’élever vers Lui. La parenté des mots Riha –odeur et Rouah-esprit évoque parfaitement cette synthèse de l’Odeur et de l’Esprit. L’encens représente la victoire de l’Esprit sur la Matière, la chair succombe mais le souffle de vie s’élève de ses cendres comme une flamme éthérée qui continue à répandre son parfum.

L’Autel des encens fait partie des symboles de la vie nationale à réaliser au moyen déposée dans l’arche. Seule une parfaite fidélité à la volonté divine révélée, alliée à la capacité de détection « des odeurs agréables à D’ieu » et au rejet des mauvaises odeurs, répond à l’attente de « Nihouah Lah -Agréable à D’ieu ».

L’Autel est dès lors placé à l’écart, c’est ainsi certainement l’idéal de la perfection morale, exprimée par le Kétoret sur l’Autel des Encens ,qui a le plus besoin d’être protégé des altérations dont le menace la réalité de la condition humaine.

A.B Ouriel Post 24 Février 2021

 

Ce cours est dédié à la Mémoire de notre chère Maman Hafsa Bat Messaouda  Z’l  (16 Adar II 5765). 

 

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