«Sur l’histoire des Juifs Français Macron a tout faux!»

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«Sur l’histoire des Juifs Français Macron a tout faux!»

FIGAROVOX/TRIBUNE – Emmanuel Macron a affirmé devant le Centre européen du judaïsme le lien entre la République et le déracinement judaïque. Shmuel Trigano, sociologue, contredit l’interprétation historique du président.

Par Shmuel Trigano
Emmanuel Macron et le Grand Rabbin de France, Rabbi Haim Korsia. 

Professeur émérite des Universités, Shmuel Trigano est philosophe et sociologue, spécialiste de la tradition hébraïque et du judaïsme contemporain.


Au terme de son allocution lors de l’inauguration du Centre européen du judaïsme, une allocution présentant le judaïsme européen comme l’âme de l’Europe, le président a fait part à l’assistance – presque sur le ton de la confidence – de ce qui lierait, selon lui, la République au judaïsme, en tout cas opérerait leur convergence, hier comme aujourd’hui. Pour introduire sa conception, il s’est appuyé sur la thèse de Simone Weil (1909-1943), philosophie chrétienne d’origine juive, mais pour s’en démarquer. Une phrase la résume: «Les Juifs, cette poignée de déracinés, a causé le déracinement de tout le globe terrestre (…) La malédiction d’Israël pèse sur la chrétienté. Les atrocités, l’inquisition, les exterminations d’hérétiques et d’infidèles, c’était Israël. Le capitalisme c’est Israël. Le totalitarisme, c’est Israël».

La République, avec son supposé « universalisme » s’opposerait à la nation, avec son supposé « particularisme »

 

La comparaison du président mérite un commentaire approfondi. En critiquant ce jugement, à la limite de la pathologie, le président identifie donc la République au déracinement judaïque, non plus pour le condamner mais pour le revendiquer. Pour l’opposer implicitement (on le suppose) aux chantres de l’enracinement que seraient les souverainistes et les anti-européïstes, les «nationalistes» dans son vocabulaire, qu’il oppose aux «progressistes». Dans son discours il reprend d’ailleurs l’idée de Simone Weil pour laquelle ce déracinement est le propre des Lumières: «La tendance des Lumières, XVIIIème siècle, 1789, laïcité, a accru encore infiniment le déracinement par le mensonge du progrès; et si l’Europe déracinée a déraciné le reste du monde par la conquête coloniale; le capitalisme, le totalitarisme font partie de cette progression dans le déracinement. Les Juifs sont le poison du déracinement». En un mot, la République, avec son supposé «universalisme» s’opposerait à la nation, avec son supposé «particularisme», «identitarisme», en un mot aux «racines».

L’idée peut être discutée. Elle relève d’une conception du monde dans laquelle l’homme se dissocie de l’emprise de la nature et opte pour le règne de la Loi. La République étant (théoriquement) un ordre légal, elle s’identifierait aux «droits de l’homme» et pas restrictivement au «droit des citoyens», pour ne pas parler du «droit des Français». En somme la République détrônerait la nation, «l’identité», l’historicité. On comprend qu’aux yeux du président, la République ne disparaît pas en rejoignant l’Union européenne, ce dépassement des États nations. Les frontières impliquant terroir, langue, peuple, souveraineté seraient dépassées. Tout homme, de par le monde, pourrait-on dire serait appelé à revendiquer la nationalité française (ou plus exactement la citoyenneté). Il n’y aurait plus d’«immigrants» (ce qui suppose frontières, nation…) mais des «migrants» en avenir intrinsèque d’être de plein droit des citoyens français. Cette vision puise ses sources dans une interprétation de la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen, qui ne tient pas compte du fait que l’histoire de l’Europe ne l’a rendue possible que dans un cadre national. Nous sommes ici en plein débat avec les thèses de l’idéologie post-moderniste, une idéologie post-marxiste qui a hérité de Marx son aversion pour la nation.

Dans cette Europe en forme de salle des pas perdus, Israël apparaît comme le contraire absolu.

Remarquons au passage combien elle fait en Europe la place à l’antisionisme, une des filiales du post-modernisme. Car, dans cette Europe en forme de salle des pas perdus, Israël apparaît comme le contraire absolu, nation à la nuque raide, assoiffée de territoires occupés, trop attachée à son passé, ultra-religieuse et oppressive.

N’oublions pas non plus l’impact délétère de la comparaison de Macron en France même où les «nationalistes» supposés ne peuvent manquer de manifester leur hostilité envers les Juifs qui les «déracineraient», au profit d’un pouvoir lointain, global, européen, si loin du souci des classes malheureuses, des laissés pour compte de la globalisation. Cible des «progressistes», par antisionisme, mais aussi cible des «nationalistes,» par anti-globalisme.

Sur le plan de l’histoire des Juifs français, cependant, Macron comme Weil ont tout faux! Les Juifs devenus citoyens ont parfaitement joué le jeu de la nation. Ils ont adopté Jeanne d’Arc etc. Ils devinrent français et pas seulement «citoyens». C’est l’antisémitisme, Vichy qui les a trahis. C’est l’affaire Dreyfus qui leur a fait comprendre que c’est la forme nationale qui manquait à l’émancipation, ce qui explique pourquoi, c’est à Paris que Herzl conçut le sionisme.

Mais il y a aussi une discussion de fond à mener, sur l’enjeu philosophique et métaphysique du jugement de Simone Weil. Il est vrai que le judaïsme se dissocie de la Terre, où l’homme est «chassé» (Gn 3,24) car son lieu électif est l’état de l’être que symbolise le jardin d’Eden (par rapport à la Adama/la terre). Cette dissociation a pour finalité d’habiter la terre de façon humaine, sans faire corps avec elle, car elle n’est pas le lieu ultime de l’homme. Il y a dans le texte biblique une doctrine extrêmement élaborée de la terre et de la présence au monde, dont on ne perçoit la profondeur que dans le texte hébraïque, ce qui a échappé à Simone Weil. L’«exil» n’est pas un déracinement mais la façon de redécouvrir le lieu de l’homme. C’est une condition existentielle et pas circonstancielle, sans être éternelle, car elle porte un «retour» qui n’est pas retour à l’originaire mais à l’originel.

Par Shmuel Trigano

Photos journal

7 COMMENTS

  1. Pour résumer cet article qui perd en clarté et en longueur ce qu’il gagne en vérité …

    C’est que les “déracinés” que nous sommes revenons à nos racines et les déracinés qu’ ils sont coupent leurs racines …

    Tous les pays ont des populations qui s’expatrient , Israel a une diaspora de 2000 ans et qui se rapatrie ….

    La différence est simple les Juifs on les “tolèrent” comme exilés éparpillés ….en voie d’assimilation ….et l’Histoire à donne raison contre toute logique aux prophètes d’Israel qui annonçaient le retour des enfants au bercail .

    Ça dérange non seulement les antisemites, mais ca invalide et de manière spectaculaire les écritures sacrées des religions du livre , qui a ce jour ont du mal à ” avaler la pilule”

    L’Etat d’Israel est par définition l’Etat de la Nation Juive. Les Juifs dans le monde ( avec des sensibilités différentes certes) sentent et revendiquent cette appartenance .

    La Start-Up Nation trouve sa force et son génie dans cette unité d’identité , cette continuité entre le passé de sa diaspora et sa résurrection qu’incarne L’Etat d’Israel , le passe et le présent ne s’excluent pas mais s’entrelacent .

    Monsieur Macron , la RATP s’associe à Mobil Eye , rapprochez vous de Bibi il y a beaucoup à apprendre de lui.

  2. C’est normal de la part du petit illuminé acnéique de l’Elysée qui a traversé la rue et il n’a pas croisé de juifs alors il s’en fout.
    Quand il parle il ne sait même pas de quoi il parle.
    1 sujet + 1 verbe + 1 complément = Phrase macronesque.

  3. Les Juifs ça n’est pas son problème !
    S’ils veulent rester en France, tant mieux !
    S’ils veulent partir, tant pis !
    Entre tant mieux et tant pis, il reste l’inconnu !

  4. IL EST FACILE POUR LES POLITIQUES DE SE GARGARISER EN RÉPÉTANT À LOISIR  « LA FRANCE SANS LES JUIFS NE SERAIT PLUS LA FRANCE »
    ET BIEN OUI POUR BEAUCOUP NOUS PRÉFÉRONS PARTIR ET VOUS LAISSER AVEC VOS ANTISEMITES ANCIENS ET NOUVEAUX.

  5. Oui, il est difficile a quelqu’un qui n’a pas de raison de s’interesser beaucoup a la question de distinguer, dans le judaisme, ce qui fait peut-etre son essence, et ce qui est le resultat d’une histoire malheureuse qui a transforme les Juifs en ce qui pourrait paraitre comme une classe de migrants permanents. Bien sur qu’il est necessaire de rappeler que les Juifs installes en France depuis deux cents, ou trente, ans, ont largement montre la tres grande sincerite de leur attachement a leur patrie (et le dernier film de Polanski le rappelle certainement). Pour ce qui les concerne, les Europeens continuent a faire tout ce qu’ils peuvent pour prouver la sincerite de leur antisemitisme (je songe a une conversation entre Danneker et Xavier-Vallat: “je suis un antisemite plus ancien que vous”). Celui-ci va bien au-dela de ce qui pourrait etre considere , simplement, comme l’egoisme sacre et l’interet bien compris. Ce n’est en aucun cas une consolation de se dire (voir le cas de la Suede et celui de la France, par exemple) que les Juifs ne seront pas les seuls a payer cette trahison indefiniment renouvelee.

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