Yamna, Sarah, Nathalie… Sur les traces des 13 djihadistes françaises évadées

En sept mois, une vingtaine de Françaises détenues dans des camps kurdes en Syrie se sont évadées, dont 13 sont encore recherchées. Révélations sur leur profil et leur parcours.

 Parmi les femmes qui se sont évadées, plusieurs ont été mariées à des djihadistes aux rôles importants. (Illustration)
Parmi les femmes qui se sont évadées, plusieurs ont été mariées à des djihadistes aux rôles importants. (Illustration) AFP/Deli Souleiman

Le 31 mai 2020 à 07h11, modifié le 31 mai 2020 à 07h29

Elles avaient rejoint les territoires syriens contrôlés par Daech, après avoir embrassé la voie du djihad et renié la France. Âgées de 19 à 41 ans, ces femmes ont été capturées par les forces kurdes lors des ultimes batailles ayant conduit à l’effondrement du califat autoproclamé du groupe Etat islamique (EI). Mais Yamna, Charlotte, Sarah, Nathalie, Hayat ou encore Selma sont aujourd’hui introuvables. Ces prisonnières ont profité de l’instabilité au Kurdistan syrien et des atermoiements de la communauté internationale sur leur sort pour se faire la belle.

Selon nos informations, une vingtaine de djihadistes françaises se sont évadées des prisons et camps kurdes du nord-est de la Syrie depuis octobre 2019. C’est à cette date que fut lancée la première offensive turque à proximité du camp d’Aïn Issa, poussant les Kurdes à baisser leur vigilance, qui plus est dans un contexte de désengagement des troupes américaines.

Les évasions se sont ensuite répétées dans les centres de rétention d’Al-Hol ou Al-Roj, où s’entassent des milliers de djihadistes de toutes nationalités dans des conditions sanitaires déplorables. « Ces femmes usent de ruse ou bénéficient de la complicité de passeurs rémunérés jusqu’à 10 000 euros, relève une source au sein des services de renseignement français. Daech axe désormais sa propagande sur les appels à faire évader ses prisonniers. Des circuits de financement de ces évasions ont été identifiés jusqu’en France et démantelés. »

Hayat Boumeddienne se serait enfuie à l’aide de complicités internes

Au moins 10 des fugitives ont depuis été interceptées, la moitié expulsée vers la France depuis la Turquie. Mais au 8 mai, 13 d’entre elles étaient encore dans la nature, d’après des renseignements du Centre d’analyse du terrorisme (CAT) confirmés de source sécuritaire. Des femmes originaires de la région parisienne (Paris, Argenteuil, Bondy, Nanterre…), du Nord, de la Bretagne ou encore de la Côte d’Azur, et dont les parcours racontent l’histoire du djihad français. Toutes sont visées par des mandats d’arrêt ou de recherche délivrés par la justice française.

La plus emblématique est Hayat Boumeddiene, veuve du terroriste de l’Hyper Cacher Amedy Coulibaly. Alors qu’elle était annoncée comme morte lors des affrontements à Baghouz, une djihadiste rentrée en France a certifié à la justice l’avoir croisée sous une fausse identité dans le camp d’Al-Hol à l’automne, ainsi que l’a révélé France 2. La Parisienne de 31 ans, qui avait gagné la Syrie, se serait enfuie à l’aide de complicités internes. Ce que corroborent des renseignements français. Hayat Boumeddiene est aujourd’hui encore recherchée pour sa participation supposée aux préparatifs des attentats de janvier 2015.

VIDÉO. Attentats de 2015 : Hayat Boumeddiene serait toujours vivante

Autre nom connu : Selma Tahar Aouidate, 27 ans, issue d’une famille de Roubaix (Nord) dont… 23 membres avaient rejoint les rangs de Daech en 2014. C’est son frère Fodil Tahar Aouidate dit « Abou Mariam », l’un des sept djihadistes français condamnés à mort en Irak, qui aurait radicalisé la quasi-intégralité de sa grande fratrie et sa belle-famille. Un clan aujourd’hui décimé. Seules deux sœurs Aouidate étaient restées en France et ont été condamnées depuis pour avoir envoyé de l’argent tiré de prestations sociales à leurs proches sur zone.

« Certaines n’hésiteraient pas à porter le fer » en France

On trouve aussi parmi les évadées des Françaises qui ont joué un rôle actif dans la propagande de l’EI. Telle Sarah Derelle, une convertie de 26 ans, qui avait appelé dans la revue Dar El Islam les femmes djihadistes à accepter la mort de leurs époux sur le front. Et rendu hommage au sien, un combattant français qui s’était fait exploser dans un camion chargé de TNT. « Mes sœurs, […] aimez vos maris pour Allah et laissez-les partir s’ils désirent retourner auprès de leur Seigneur. Il faut les encourager, que ce soit au combat ou pour l’opération martyre, leur montrer que nous sommes des femmes fortes », écrivait cette jeune femme née à Bondy (Seine-Saint-Denis) et en Syrie depuis sept ans.

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