Reprise du dialogue avec les Palestiniens pour la forme…

Freddy Eytan

Ce n’est pas la première fois qu’un responsable israélien se rend à Ramallah pour discuter avec Mahmoud Abbas des questions sécuritaires et politiques. Durant ces dernières années et malgré l’impasse dans le processus de paix, le chef du Shin Beit et d’autres personnalités israéliennes, notamment des membres de la Knesset, ont tenu divers entretiens avec le président palestinien et ses ministres.

Cependant, la récente rencontre du ministre israélien de la Défense, Benny Gantz, quelques heures après le retour de Washington du Premier ministre, Naftali Bennet, a une signification symbolique plus importante.

Elle prouve-malgré les démentis, les critiques contre Gantz, les déclarations qui minimisent la portée de cette rencontre, et le refus de certains ministres de la coalition de reprendre le processus de paix- que la question palestinienne a été bien soulevée par les Américains. D’ailleurs, elle figure largement dans le communiqué publié par la Maison Blanche.

Mahmoud Abbas est profondément déçu de la position du président Biden et pense qu’il s’abstiendra de toute initiative concrète pour relancer le processus de paix. Les préoccupations américaines sont dirigées vers les affaires intérieures, particulièrement dans la lutte contre la pandémie de Covid-19.

Abbas éprouve également une déception à l’égard de l’Union européenne et surtout de la France, qui malgré tous ses efforts n’est pas capable non plus de s’imposer pour régler le conflit. Il n’est pas non plus impressionné par les promesses du président Macron lors de son récent voyage à Bagdad.

Benny Gantz (Kahol Lavan/Reuven Kopitchinsky), Mahmoud Abbas (kremlin.ru)

La dernière rencontre officielle de Nétanyahou avec Mahmoud Abbas s’est tenue le 2 septembre 2010 à Washington, au Département d’Etat. Le 29 septembre 2016, lors des obsèques de Shimon Pérès à Jérusalem, Nétanyahou a eu avec Abbas qu’un bref échange de politesses…

Durant toute la longue période des gouvernements Nétanyahou, aucun progrès n’a été enregistré dans le processus de paix avec les Palestiniens. Malgré la signature des Accords d’Abraham avec les Emirats du golfe et le Maroc, Abbas refusait à ce jour de reprendre le dialogue. Nétanyahou préférait le statu quo, mais en réalité, il a renforcé indirectement le Hamas au détriment de l’Autorité palestinienne.

Depuis l’installation d’une coalition avec des ministres des partis de gauche, soutenue par le parti islamiste Raam, la conduite du gouvernement Bennet-Lapid à l’égard des Palestiniens se trouvait dans l’obligation de modifier les positions antérieures intransigeantes.

Biden, Bennett

(GPO/Avi Ohayon)

La décision de Gantz de rencontrer Abbas remonte déjà à plusieurs semaines et Bennet avait donné son accord de principe à condition de ne pas évoquer les questions politiques.

Devant la nouvelle escalade dans la bande de Gaza et le risque que le Hamas prenne le pouvoir en Cisjordanie aussi, le ministre de la Défense souhaite renforcer l’Autorité palestinienne et lui offrir même un soutien financier.

Mahmoud Abbas, 86 ans, est au pouvoir depuis la mort de Yasser Arafat, le 11 novembre 2004 à Clamart, en France. Le vieux chef palestinien refuse de nouvelles élections législatives et présidentielles plongeant son peuple dans la désolation et le désespoir.

Au lendemain de la rencontre de Bennet à la Maison Blanche, et à la veille de la réunion annuelle de l’Assemblée générale des Nations-Unis, le dossier palestinien est désormais à l’ordre du jour.

Pour l’heure, il ne semble pas que le processus de paix sera engagé officiellement par l’intermédiaire des Américains, mais il est clair que les questions sécuritaires et économiques seront prioritaires et pourront être appliquées selon les Accords d’Oslo.

Le refus catégorique de Bennet de créer un Etat palestinien et le risque d’un retour de Nétanyahou au pouvoir mettent Mahmoud Abbas dans un grand embarras sur la marche à suivre. Va-t-il accepter le dialogue sans pour autant obtenir un résultat significatif ? Pourrait-il résister aux pressions alarmantes de la rue palestinienne ? Aux interventions du Hamas ? Reprendra-t-il les hostilités ? Encouragera-t-il une nouvelle intifada ? Nul ne sait précisément comment la situation va évoluer. Toutefois, il semble que Mahmoud Abbas a confiance dans les bonnes intentions de Gantz.

Le renforcement de l’Autorité palestinienne est sans doute un intérêt israélien, mais Israël ne peut intervenir directement dans les affaires intérieures de son voisin. Aucune chance de voir à l’horizon les frères ennemis, le Fatah et le Hamas, se réconcilier et former ensemble une seule entité. L’avenir du pouvoir à Ramallah dépendra donc des intentions du Hamas. Le mouvement islamiste à Gaza est encouragé par les talibans, satisfait du départ humiliant des troupes américaines de Kaboul, et du soutien de la confrérie des Frères musulmans, de l’Iran et ses milices.

Parallèlement au dialogue amorcé avec Abbas, Israël devra poursuivre sa guerre inlassable contre les terroristes du Hamas. Ne jamais lui permettre le champ libre, de tuer des soldats de Tsahal, et lancer des roquettes et des ballons incendiaires en toute impunité.

En conclusion, la création d’un Etat palestinien indépendant n’est sans doute pas pour demain, comme d’ailleurs la chute du gouvernement dirigé par Naftali Bennet.

Personne ne souhaite le retour de Nétanyahou et donc tous grinceront des dents et poursuivront le dialogue avec Abbas timidement et pour la forme, jusqu’au jour où le vieux chef palestinien quittera définitivement la scène.

Par le 31/8/21

jcpa-lecape.org

 

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