UNRWA: un haut responsable onusien accusé “d’abus de pouvoir”

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Réfugiés palestiniens : un haut responsable onusien accusé «d’abus de pouvoir»

Par Guillaume Gendron, correspondant à Tel-Aviv — 

Les fuites accablantes d’un rapport confidentiel sur la gestion de l’UNRWA ont poussé deux des plus gros donateurs de l’agence pour les réfugiés palestiniens à geler leur contribution.

Et voilà l’UNRWA, l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens, à nouveau dans la tourmente.

Cette fois, la crise ne vient pas de Washington, qui a mis fin à son soutien financier début 2018, mais du cœur de l’institution onusienne.

Son commissaire général, Pierre Krähenbühl, est accusé «d’abus de pouvoir» par un rapport interne.

La Suisse, patrie de Krähenbühl, ainsi que les Pays-Bas, parmi les plus gros donateurs de l’UNRWA, ont annoncé le gel de leurs contributions dans l’attente «d’éclaircissements».

C’est un article d’Al-Jazeera, publié lundi, qui a lancé l’affaire. Le média qatari y dévoile l’existence d’un document confidentiel critiquant l’équipe de direction de l’UNRWA. Selon ce rapport rédigé par le bureau d’éthique de l’organisation basée à Amman (Jordanie), l’état d’urgence déclaré après le gouffre financier créé par le retrait américain aurait servi de «prétexte» à une «clique» pour affirmer sa mainmise sur l’agence.

Un système basé sur «le népotisme, les représailles et les discriminations». Krähenbühl, à la tête de l’agence depuis 2014, est particulièrement visé.

«Représailles» contre «faute professionnelle»

Lui sont reprochés des «déplacements excessifs» à l’étranger «28 à 29 jours par mois», ainsi que la nomination irrégulière d’une collaboratrice à un poste de conseillère spéciale en raison de leur relation «au-delà du professionnel».

Des employés ont ainsi mentionné des «agissements à caractère sexuel inappropriés». Le rapport épingle également son chef de cabinet, au management de «voyou», qui aurait ainsi tenté de faire pression sur son auteur en malmenant sa réputation dans des mails anonymes.

Ce dernier a été «écarté» début juillet pour «comportement inapproprié», a indiqué l’UNRWA. Enfin, une adjointe de Krähenbühl, accusée d’avoir placé son mari à un poste bien rémunéré en faisant fi des procédures, a quitté ses fonctions il y a une semaine.

D’après l’AFP, une employée de l’UNRWA a été licenciée début juin après avoir tenté de lancer l’alerte durant plusieurs années. «Représailles» selon elle, «cas isolé de faute professionnelle», réplique la direction.

Al-Jazeera précise avoir obtenu le rapport d’une «source proche de l’UNRWA» relayant les inquiétudes de plusieurs cadres qui craignaient de voir ce réquisitoire enterré depuis son envoi au secrétaire général de l’ONU, António Guterres, en décembre.

Dans un communiqué, Pierre Krähenbühl a dit attendre les conclusions d’une nouvelle enquête indépendante diligentée par les services internes de l’ONU, lancée en mars, refusant de commenter «allégations, rumeurs et fabrications».

La porte-parole de l’UNRWA, Tamara Alrifai, souligne à la fois les états de service «impeccables» du Suisse en «vingt-cinq ans d’humanitaire»et le contexte de ses révélations : «On ne peut ignorer que l’UNRWA est sous le feu d’attaques financières et politiques.»

Les dirigeants israéliens se sont toujours montrés méfiants voire hostiles envers cette agence, qu’ils accusent de perpétuer le conflit en conférant le statut de réfugiés aux 5,4 millions de Palestiniens en exil, de génération en génération.

Sous Trump, les Etats-Unis ont rejoint la position israélienne, mettant fin à tous leurs versements en 2018 et plongeant l’agence dans un profond déficit, comme il l’avait expliqué à Libération à l’époque.

C’est donc en toute logique que Jason Greenblatt, négociateur du «deal du siècle» trumpiste pour régler le conflit israélo-palestinien, s’est saisi de l’affaire Krähenbühl pour dénoncer «le modèle de l’UNRWA […] brisé et non viable».

Le président de la Knesset et ténor du Likoud, Youli Edelstein, a, lui, réclamé le démantèlement immédiat de l’agence et l’interdiction d’entrée en Israël pour Krähenbühl.

Du côté du Quai d’Orsay, contacté par Libération, on dit suivre «attentivement l’enquête indépendante en cours dont nous attendons les résultats définitifs. Nous avons toute confiance dans le Secrétaire général des Nations unies pour prendre les mesures qu’il jugera nécessaires afin de préserver cette agence essentielle pour les réfugiés palestiniens».

«Cette affaire va faire beaucoup de mal, pas seulement à l’UNRWA, mais à toutes les ONG travaillant dans les Territoires [palestiniens]», se désole un cadre de l’ONU à Jérusalem.

Il ajoute que l’agence «a toujours été un organisme à part, hors normes. Tant par la durée de sa mission, soixante-dix ans, que son très grand nombre d’employés dans la région [30 000, principalement Palestiniens, ndlr], ainsi que son étalement sur plusieurs pays», soit les Territoires palestiniens, le Liban, la Syrie et la Jordanie.

Prestige entaché

Des tensions existent dans l’agence entre salariés palestiniens et expatriés, aux salaires bien plus élevés. L’été dernier à Gaza, les employés locaux s’étaient révoltés contre le chef des opérations de l’UNRWA dans l’enclave, protestant contre des coupes budgétaires les touchant en priorité et laissant le staff international indemne.

«L’UNRWA est une hydre où peuvent se développer, hélas, ce genre de phénomènes généralement marginaux mais inévitables dans les structures d’une telle ampleur», conclut le cadre de l’ONU.

C’est pour ces raisons, insiste Tamara Alrifai, que «l’UNRWA est l’une des organisations internationales les plus surveillées et transparentes au monde». Selon elle, une partie des allégations est contredite par le bilan de Pierre Krähenbühl.

En réaction aux coupes américaines, celui-ci avait lancé une campagne de levée de fond internationale baptisée «la dignité n’a pas de prix», justification officielle de ses voyages.

«On a réussi à combler un déficit de plus de 450 millions de dollars en un an, et c’est tout à son honneur, martèle la porte-parole. C’était clairement une mobilisation réussie, et il est tout à fait logique dans ce cadre que le chef de l’UNRWA passe les trois quarts de son temps à faire de la représentation internationale, au niveau d’un chef d’Etat.»

Un quasi-chef d’Etat au prestige désormais entaché, posant un «risque énorme pour la réputation de l’ONU, et dont le renvoi immédiat doit être sérieusement considéré», comme le préconise le rapport par qui le scandale est arrivé.

Article mis à jour vendredi à 15h45 avec ajout d’une citation de source diplomatique française.

Source : www.liberation.fr

Guillaume Gendron correspondant à Tel-Aviv

3 COMMENTS

  1. UNWRA : C’est le machin du Grand Machin.
    Tout le monde se sert dans cette tirelire.
    Aprés guerre, toutes les organisations d’aide aux réfugiés européens ont toutes été démantelé avec pour seul raison : Les réfugiés européens n’existaient plus.
    Les arabo-islamiens ont trouvé la combine : Inventer un mensonge qui perdure.
    Vous verrez qu’en 2200-2300 les “réfugiés dit-palestiniens” voudront encore manifester pour leur pseudo retour en Israel.
    Perso, je serai à leur place je ferai pareil car tant qu’il y a des pays crédules qui paient alors pourquoi je fumerai pas mon narguilé en buvant du thé à la menthe tout en attendant que les dollars tombent ?
    En attendant 2200, on espère que les cisjordaniens retourneront en Jordanie et que les Hamassien d’ordures également direction l’Egypte.
    Le Naz’Bollah ? Ce mouvement terroriste ? On espère que les VRAIS libanais lui auront fait sa fête.

  2. Il ne faut pas s’inquiéter pour cette agence pourrie. Une fois que ses vacances seront terminées, Macron va se précipiter pour envoyer l’enveloppe bien garnie (avec nos impôts) à ses amis palos bien aimés.
    ROSA

  3. Comme il fallait s’y attendre, cette révélation n’a été reprise à contre coeur, que par deux ou trois journaux, et passée sous silence dans les médias d’infaux en continu.
    Le plus rigolo dans cette affaire, c’est que les plus grands diffuseurs d’infaux sont ceux qui ont mis en place des “filtres” qui permettent de débusquer les infaux qu’ils publient !!!
    Où s’arrêtera la folie généralisée qui règne dans la France sous contrôle de l’Agence France Propagande ?????

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