À la suite de la fuite de la vidéo de la base militaire  de Sdé Teiman: Katz décide de limoger la procureure générale de l’armée

Le ministre de la Défense, Israël Katz, a annoncé ce vendredi matin que la procureure générale de l’armée, la général Yifat Tomer-Yerushalmi, ne pourrait pas reprendre ses fonctions à la suite de l’affaire de la fuite de la vidéo depuis la base de Sdé Teiman.

Dans un communiqué publié par son bureau, il est écrit :

« Compte tenu de la gravité des soupçons et de la sensibilité de la fonction du procureur général de l’armée, responsable de l’application de la loi et de la définition des normes juridiques au sein de Tsahal, le ministre de la Défense a l’intention d’engager rapidement une procédure pour nommer un nouveau procureur militaire. »

Remplacement temporaire et tensions internes

Conformément à la procédure, le suppléant actuel de Tomer-Yerushalmi aurait dû être nommé automatiquement à sa place. Cependant, en raison de ce que les sources décrivent comme une « escalade du ton » entre le ministère de la Défense et le parquet militaire, il ne devrait finalement pas être nommé.

Selon ces mêmes sources, le procureur militaire en chef, Eli Labartov, figure parmi les principaux candidats pour assurer l’intérim jusqu’à la nomination d’un remplaçant permanent.

L’avocat de la générale Tomer-Yerushalmi, Dori Klagsbald, a refusé de commenter la décision, mais a déclaré que « des développements interviendront dans la journée ».

La découverte de la fuite

Des sources proches de l’enquête révèlent également que la porte-parole du parquet militaire, qui devait prochainement être nommée juge militaire, avait passé un test au détecteur de mensonges (polygraphe) et un contrôle du Shin Bet (services de sécurité intérieure), comme l’exige la procédure pour une telle nomination. C’est au cours de ces vérifications que seraient apparus les éléments ayant conduit à l’identification des responsables de la fuite de la vidéo.

L’affaire a éclaté mercredi dernier, après que de nouvelles informations ont indiqué que la source de la fuite provenait d’un haut responsable du parquet militaire. À la suite de ces révélations, la procureure générale de l’État a ordonné à la police d’ouvrir une enquête, et Tomer-Yerushalmi a annoncé qu’elle prenait un congé temporaire jusqu’à la fin de celle-ci.

Enquête policière en cours

Dans les prochains jours, la police devrait interroger sous avertissement la procureure générale de l’armée ainsi que plusieurs membres du parquet militaire. Les enquêteurs soupçonnent Tomer-Yerushalmi d’avoir été personnellement impliquée ou d’avoir eu connaissance de l’intention de divulguer la vidéo. Selon des informations publiées par Israël Hayom, la police envisage également de convoquer l’ancien porte-parole de Tsahal, le général de brigade (rés.) Daniel Hagari, afin qu’il témoigne dans l’affaire, ainsi que le censeur militaire en chef.

Les soupçons : pas seulement la fuite elle-même

Des sources impliquées dans le dossier affirment que la fuite de la vidéo n’est pas la partie la plus grave de l’affaire. Le véritable problème, selon elles, serait l’éventuelle implication de la procureure générale dans une tentative de dissimulation et dans la transmission de faux rapports à la Cour suprême et à la Knesset.

Réaction de Gadi Eisenkot

L’ancien chef d’état-major Gadi Eisenkot a réagi à la décision : « En tant que citoyen, et plus encore en tant qu’ancien chef d’état-major, j’ai été déçu d’apprendre les nouveaux soupçons dans l’affaire de Sdé Teiman. L’enquête et les procédures doivent aller jusqu’au bout, sans crainte ni favoritisme.
Si les soupçons s’avèrent fondés, il s’agit d’un événement grave, incompatible avec les valeurs attendues des dirigeants de Tsahal, et qui porterait atteinte à la confiance du public et des soldats. J’appelle à ne pas laisser la haine et l’incitation dominer le débat. Je suis convaincu que la vérité finira par éclater. »

 

Contexte de l’affaire

Le site – Sde Teiman

 

 

Image

  • Le lieu est une base militaire israélienne aménagée en centre de détention dans le désert du Négég, où sont enfermés de nombreux détenus palestiniens issus de la guerre dans la bande de Gaza. 

  • Les conditions y sont dénoncées depuis plusieurs mois comme très sévères : des détenus aux yeux bandés, parfois en couches ou en tenue très légère, avec peu de supervision indépendante. (static.mediapart.fr)

L’incident initial et la vidéo

  • En juillet 2024, des réservistes de la Forces de défense israéliennes (FDI) sont accusés de mauvais traitements envers un détenu palestinien dans ce centre. 
  • Une vidéo de surveillance est diffusée dans les médias israéliens montrant, selon la version initiale, des soldats choisissant un détenu parmi des dizaines d’autres, puis l’amenant dans un coin à l’abri de caméras, les yeux bandés, tandis que certains soldats utilisent des boucliers pour masquer l’action.
  • La vidéo suscite immédiatement une onde de choc : elle est perçue comme témoignant d’abus graves (torture, violences sexuelles) commis par des soldats sur un prisonnier palestinien.

Pourquoi la fuite de la vidéo a-t-elle créé un tel scandale en Israël et à l’international ?

1. Aspects juridiques et militaires

  • Un des enjeux est que la vidéo provient d’un dossier d’enquête (militaire ou interne) et sa diffusion publique constitue une fuite d’éléments sensibles ou du moins hautement controversés. Cela pose un problème de gestion interne, de responsabilité militaire et de procédure judiciaire.
  • Le déclenchement d’une enquête criminelle sur la fuite (et non, au début, sur les faits eux-mêmes) montre que l’institution militaire et judiciaire israélienne est placée sous pression. Par exemple, la cheffe du parquet militaire, Yifat Tomer‑Yerushalmi, a pris congé dans ce contexte.

2. Impact politique et diplomatique

  • À l’international, la diffusion de cette vidéo a provoqué de fortes réactions, notamment du côté du United Nations Office of the High Commissioner for Human Rights (HCDH), qui mentionne dans un rapport qu’« au moins neuf réservistes ont été arrêtés » après la mise en circulation de la vidéo.
  • Le fait que la vidéo incrimine l’armée israélienne — souvent qualifiée par certains de « l’armée la plus morale du monde » — agit comme un choc symbolique pour l’opinion publique israélienne et ses alliés. Cela fragilise l’image d’Israël sur la scène internationale.
  • Le ministère israélien des Affaires de la Diaspora a notamment estimé que la fuite avait « servi les ennemis » en termes de propagande, suscitant une hausse des discours antisémites et de délégitimation de l’État d’Israël.

3. Scène interne en Israël : polarisation et crise de confiance

  • Le scandale révèle des divisions internes : certains soutiennent les soldats, arguant qu’ils maîtrisaient un terroriste violent et que les accusations sont infondées. D’autres estiment qu’il y a des « excès » qu’il faut traiter sérieusement afin de garantir le respect du droit et de l’éthique militaire.
  • La fuite de la vidéo elle-même est devenue partie intégrante de la controverse : ce n’est pas seulement « que » ce qui s’est passé, mais « qui a diffusé quoi, pourquoi, avec quel but » qui est problématique. Cela suscite des questions sur la transparence, le contrôle interne, la responsabilité.
  • Cela marque aussi un moment de crise dans la relation entre l’armée, la droite politique israélienne, les médias et les groupes de défense des droits de l’homme.

4. Le contexte de guerre et de détention

  • Le fait que cette affaire se déroule en pleine guerre (la guerre entre Israël et Gaza) intensifie l’impact : les milliers de détenus palestiniens, les morts en détention, les accusations de traitements inhumains créent un terrain déjà très inflammable.
  • La vidéo devient alors un « symbole » pour les critiques d’Israël de pratiques d’occupation, de détention secrète, de torture ou d’abus. Elle nourrit des récits opposés : pour certains, « preuve d’abus graves », pour d’autres « instrument de propagande ou manipulation ».

Points encore incertains et controversés

  • Une expertise — rapportée par des médias pro-israéliens — affirme que la vidéo aurait été falsifiée ou manipulée, ce qui ajoute une couche de complexité.
  • L’enquête judiciaire est toujours en cours (ou en voie d’être relancée après des rebondissements) : qui a diffusé la vidéo, dans quel cadre, avec quelles motivations ?
  • Les faits eux-mêmes (nature exacte des actes, contexte, responsabilité) font encore l’objet de débats et de versions contradictoires.

En résumé

L’« affaire Sde Teiman » est devenue un scandale majeur car elle combine :

  • des images choc accusant des soldats israéliens d’abus graves contre un prisonnier palestinien ;
  • la fuite de ces images, ce qui pose des questions de procédure, de responsabilité et de transparence ;
  • un contexte de guerre, de détention massive, où le droit, l’éthique militaire et l’image d’Israël sont mis à l’épreuve ;
  • des débats internes très vifs (entre soutien aux soldats vs exigence de respect des droits), et une dimension internationale forte liée aux droits de l’homme et à la réputation d’Israël.

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1 Commentaire
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Franck DEBANNER

Si Israël était un pays normal, cette saleté de procureure Yifat Tomer-Yerushalmi, aurait été fusillée, depuis au moins deux ans.