Pourim ou Kippour: faire Bombance ou Jeûner?

La fête de Pourim en hébreu s’écrit pé-vav-resh-youd-mem (sofit) tandis que Kippour s’écrit kaf-youd-pé-vav-resh. Ceci a permis à certains penseurs de ne pas lire « kippour » mais pour ou bien « comme Pour » soit comme Pourim.

Entre ces deux célébrations: Kippour est une solennité chômée de très grande importance (shabbat-shabbaton) pendant laquelle nous faisons repentance et pendant laquelle nous jeûnons et faisons pénitence 25 heures d’affilée. Au contraire, Pourim est considéré comme demi-fête non chômée pendant laquelle nous nous devons de nous réjouir et de festoyer et de se soucier du fait que les autres (autour de nous) puissent festoyer eux aussi car Pourim est la fête de l’Espoir.

Dans une certaine mesure, Kippour est aussi marqué du sceau de l’espoir sauf que l’espoir qui nous berce à Kippour est qu’HaShem pardonne nos fautes et nos faiblesses en tant qu’humains/individus. Tandis que pour Pourim, l’espoir qui réside en cette fête est qu’HaShem nous sauve tous en tant que Peuple Juif !

Cependant, Pourim est une festivité de telle importance qu’il existe en elle un réel potentiel de tout renverser (ונהפוכו) non seulement nous nous devons de festoyer mais encore nous avons le devoir de pouvoir être « perturbés » au point d’inverser les bénédictions et de pouvoir, à la fin de la lecture de la meguilah, dire l’inverse de « béni soit Mordékhay » !!!

Lorsque se dévoilera le Mashiah, les fêtes seront annulées pour certaines : à Yom Kippour on ne jeûnera pas et 9 beav sera un jour de joie mais Pourim continuera à être célébré dans la joie…

Nous savons fort bien, pour avoir abordé le sujet les années précédentes, que Ahashvérosh (Assuérus) s’était approprié tous les ustensiles du Beith HaMikdash qu’ils fussent en or, en argent ou en cuivre et, de plus, il s’était approprié tous les vêtements sacerdotaux des Cohanim. A l’occasion du grand festin qu’il offrit à la population, il se revêtit des vêtements d’apparat du Grand Prêtre et les ustensiles du Temple furent mis à la disposition du public.

Dans son remarquable ouvrage Sefer Bené Issasskhar, le Rav Tsvi Elimélekh Shapira1 de Dinov, établit un parallèle entre les membres et/ou les 7 « ouvertures » du visage et les mois de l’année et donc avec les fêtes juives.

Il y a donc l’œil droit et l’œil gauche, l’oreille droite et l’oreille gauche, la narine droite et la gauche, puis, la bouche.

Le Sefer HaYetsira fait un parallèle presque similaire mais dans cet ouvrage-ci, le bout du nez (hotem) correspond à Pourim.

Les Sages, toujours à l’affût de chaque indice qui pourrait permettre une meilleure compréhension des textes ou des évènements, tirent justement de certains versets ce qui relie Pourim aux narines (ou au bout du nez « hotem ») : dans les noms des deux héros juifs de la fête de Pourim se trouvent des indications : en effet, Mordékhay est constitué de Mor et de dékhya qui en réalité désignent le musc, parfum rare et très cher et Esther possède un autre prénom : Hadassa qui désigne la myrte plante aromatique qui entre dans la composition des 4 espèces de Souccoth mais qui est aussi très souvent utilisée en « bessamim ». Les deux ont donc un lien avec l’odorat et donc le bout du nez pour les bonnes choses.

Pourtant, le nez peut aussi faire référence à la colère : comme dans l’expression « haron af חרון אף  » (imaginer par exemple les naseaux fumant de colère d’un dragon ou d’un cheval)…. Et, à ce propos les Sages ont inscrit : ארבעה פתחו באף ואבדו מן העולם ce qui signifie : quatre (« personnages ») ont commencé une intervention par le mot « af » et ont été perdus…. En voici les références : le serpent (qui fit fauter Eve) : « אף כי אמר אלוקים«  puis le boulanger de Pharaon (qui était en prison avec Joseph) : אף אני בחלומי«  » puis, la communauté de Korah :  » אף לא בארץ זבת חלב ודבש«  et enfin Haman . « אף לא הביאה אסתר« .

Il est en effet troublant de constater que ces personnages ont commencé chacun une phrase qui a signé leur perte par le mot «  »af » qui signifie même ou selon les textes peut désigner le nez ou la manifestation de la colère.

Il y a bien entendu encore bien des raisonnements mais on ne peut tout inscrire en un si court espace…

Dans le traité de Meguila, Rav Aba dit que le fait révélé du passage de la bague royale de Haman à Mordékhay est le point culminant du miracle de Pourim en soulignant que cet acte, est plus important que toutes les prophéties faites par les 48 prophètes et 7 prophétesses !!

De qui et de quoi s’agit-il ? Il a existé de nombreux prophètes en Israël et des prophétesses2, tous n’ont pas laissé de traces ni par des actes ni par des écrits.

La question qui se pose est de savoir si Pourim est une fête importante sur le plan spirituel, pour quelle raison ne récite-t-on pas le hallel ? La réponse à cette question est que le miracle ayant eu lieu à l’extérieur d’Eretz Israël, on ne lit pas de cantiques pour cette occasion mais, la lecture de la Meguila a lieu à la place du hallel……

Mordékhay était lui aussi prophète et lorsqu’il prévint le peuple de surtout ne pas se rendre au festin royal, personne ne prit ses propos en considération. Mais, dès le moment où Assuérus lui confia le sceau royal, le peuple juif s’attacha au discours de Mordékhay.

La fête de Pourim, avons-nous dit plus haut, est une journée pleine de mitsvoth qui sont presque toutes consacrées aux relations beyn adam lehavero c’est-à-dire entre l’homme et son prochain : mishloah manot, matanoth laévyonim (dons aux pauvres), mishté (festin où l’on peut/doit inviter des personnes – surtout des gens qui n’ont pas avec qui festoyer-) et bien sûr la lecture de la meguilah le soir et le matin de Pourim (même si cette mitsva est pour nous-mêmes elle doit se faire avec nos prochains : pour être ensemble, se réjouir ensemble et rendre grâce ensemble…

Pour quelle raison m’a-t-on demandé dans toutes les communautés l’une des friandises préférées est-elle des « ozné haman » ou « oreilles d’haman/ de C adi etc…) pourquoi « oreilles » et pas autre chose : main/pied/tête ???? La raison serait celle-ci : pour nous rappeler qu’il n’est pas raisonnable d’entendre et encore moins d’écouter ce que des resha’im (impies/méchants ou des gens retors) peuvent être amenés à proférer dans le seul but de nous faire choir et de nous voir perdre notre identité personnelle et/ou nationale.

Pourim vient nous rappeler chaque année que pour peu que nous priions et que nous fassions « retzon haBoré » (la volonté d’HaShem), notre salut ne nous fera jamais défaut : à nous de parler à HaShem car IL est toujours présent à nos côtés et qu’IL est toujours à notre écoute. A nous aussi d’être à l’écoute de notre prochain et d’amorcer au moins notre teshouva HaShem a promis (et IL tient toujours Ses promesses) qu’IL nous sauvera toujours. Ainsi qu’en quelque sorte l’a écrit le Maharal de Prague : si l’homme tend sa main à l’autre (son prochain), HaShem étendra « Ses Mains » vers les hommes (premier triangle pointe vers le haut) et lorsque les hommes s’unissent et élèvent leurs prières vers le Ciel s’établira le deuxième triangle (pointe vers le bas) pour confirmer la bénédiction du Père céleste vers Ses créatures, comme dans le Maguen David (Etoile de David).

Lorsque tout semble perdu, lorsque tout semble noirci et sans espoir, l’homme Juif a l’obligation d’élever sa voix vers le Ciel, de réveiller sa foi et son espoir.

HaShem ne dort jamais. IL veille sur Son peuple sur Ses enfants et en un instant IL renverse les situations qui auraient pu être désespérées sans Son intervention.

POURIM SAMEAH !

Pourim 2021
De la soirée du jeudi 25 février
À la soirée du vendredi 26 février

Caroline Elishéva REBOUH

1 Né en 1783 en Galicie et décédé en 1841 à Dinov en Galicie.

2 Voir un article précédent sur les sept prophétesses.

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