Aux lendemains du cuisant revers essuyé aux élections législatives par le parti du président islamo-conservateur Erdogan, les marchés financiers s’inquiètent des turbulences politiques de la Turquie.

Au terme d’un scrutin transformé en plébiscite autour de son fondateur, le Parti de la justice et du développement (AKP) de M. Erdogan a perdu dimanche la majorité absolue qu’il détenait depuis treize ans au Parlement, ouvrant la voie à la création d’un gouvernement de coalition ou des élections anticipées.

Les marchés financiers ont immédiatement sanctionné l’entrée de la Turquie dans une phase d’instabilité politique, inédite depuis 2002.

Dans une première déclaration écrite, M. Erdogan a pris acte des résultats, sur un ton conciliant tranchant avec celui de sa campagne, a appelé les partis politiques à agir avec « responsabilité » pour préserver la « stabilité » du pays.

Le chef de l’Etat a également plaidé pour un gouvernement de coalition, jugeant que le scrutin ne donnait à aucun parti de mandat pour « former un gouvernement seul ».

Selon les résultats désormais officiels, l’AKP est arrivé en tête du scrutin de dimanche mais n’a recueilli que 40,8% des suffrages, une dégringolade de près de 10 points par rapport à son score d’il y a quatre ans (49,9%). Il n’a obtenu que 258 des 550 sièges de députés, nettement en dessous de la majorité absolue de 276.

Des partisans de l'AKP lors du traditionnel "discours du balcon"  du Premier ministre, le 7 juin 2015 àDes partisans de l’AKP lors du traditionnel « discours du balcon » du Premier ministre, le 7 juin 2015 à Ankara ( AFP / ADEM ALTAN )

Le « tombeur » du parti au pouvoir est le parti kurde HDP (Parti démocratique du peuple), qui a réussi à franchir la barre des 10% imposée pour envoyer des élus au Parlement. Grand vainqueur du scrutin, le mouvement dirigé par Selahattin Demirtas, un « quadra » charismatique et ambitieux, a réuni 13,1% des suffrages et raflé 80 sièges.

Les deux autres principaux concurrents du parti au pouvoir, le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate) et le Parti de l’action nationaliste (MHP, droite), obtiennent 25% et 16,3% des voix et totalisent 133 et 80 sièges.

Ces résultats ont sonné comme une défaite pour M. Erdogan, la première depuis treize ans, et brisé son rêve de perpétuer son règne contesté à la tête du pays.

Elu à la tête de l’Etat il y a dix mois après avoir dirigé le gouvernement pendant onze ans, il a fait campagne pour que l’AKP obtienne les 330 sièges de députés nécessaires à une réforme de la Constitution et à l’instauration d’un régime présidentiel fort.

Les rivaux du chef de l’Etat ont salué sa première défaite politique depuis treize ans.

M. Demirtas s’est réjoui de la défaite de « ceux qui veulent l’autoritarisme, qui sont arrogants et se considèrent comme les seuls détenteurs de la Turquie ont perdu ». « C’est le début de la fin pour l’AKP », a même pronostiqué le chef du MHP, Devlet Bahçeli.

Les trois partis d’opposition ont tous refusé, avant même le scrutin, de former un gouvernement de coalition avec l’AKP mais les spéculations vont déjà bon train.

Plusieurs membres du gouvernement ou responsables de l’AKP se sont déclarés lundi ouverts aux discussions. « C’est le scénario le plus vraisemblable », a estimé le vice-Premier ministre Numan Kurtulmus.

Si aucun gouvernement n’est constitué dans les 45 jours, M. Erdogan pourrait dissoudre le Parlement et reconvoquer les électeurs devant les urnes.

 NOC

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