Les responsables de la sécurité ont fait savoir à Netanyahu que faire chanter l’Égypte était dangereux, mais le Premier ministre a fait la sourde oreille.
À la lumière de l’affaire « Catargate », selon un haut responsable, Tsahal et le Shin Bet ont « renforcé leur vigilance » en temps réel face à une série de publications mensongères. Israël avait connaissance des abus sexuels subis par Romi Gonen dès le 23 novembre.
Benjamin Netanyahu s’envolera demain (dimanche) pour les États-Unis, laissant derrière lui plusieurs foyers de conflit en Israël. Il semble que ses espoirs de voir ces tensions s’apaiser après le sommet avec le président Trump aient été déçus, car même les menaces d’une guerre sur plusieurs fronts ne parviennent pas à calmer les tensions, notamment la question du Qatar.
De toutes les révélations concernant cette affaire, les dommages causés aux relations avec l’Égypte par les conseillers de Netanyahou sont particulièrement préoccupants. Selon une source haut placée, « la réaction a été vive » au sein de Tsahal et du Shin Bet suite à une série de publications mensongères, telles que l’affirmation selon laquelle l’Égypte construirait des bases offensives dans le Sinaï (reprise par l’ambassadeur d’Israël à Washington, Yechiel Leiter), que de hauts responsables des services de renseignement égyptiens auraient perçu des commissions sur le trafic d’armes vers le Sinaï, et que l’Égypte aurait été complice de la tromperie d’Israël à la veille de l’attaque du 7 octobre.
L’Égypte a également protesté contre les publications qui la diffament. Des protestations ont été exprimées lors de réunions de responsables de la sécurité, mais sans parvenir à infléchir la tendance. Bien que Netanyahu affirme ignorer que ses conseillers travaillaient pour le Qatar, sa politique était en accord avec leurs agissements. Il s’avère qu’en juillet 2024, des contacts entre le Shin Bet et les autorités égyptiennes ont permis une avancée décisive, censée mener à la libération de quatre otages afin de relancer les négociations.
L’accord avait déjà été approuvé au niveau diplomatique, mais un imprévu a soudainement fait émerger une solution alternative : la libération de dix otages vivants par le biais d’une médiation qatarie. Cette solution n’a jamais abouti et a également fait capoter l’accord égyptien. La question des otages est également pertinente à la lumière de l’interview de Romi Gonen sur la chaîne Uvda. Les agressions sexuelles qu’elle a subies de la part de ses ravisseurs, et qu’elle a courageusement relatées, étaient connues en Israël depuis novembre 2023.
L’une des femmes enlevées a fait part de ces informations à un protecteur resté en captivité, qui les a relatées lors de son interrogatoire à son retour en Israël. L’information a immédiatement été transmise aux dirigeants politiques comme preuve de l’urgence de libérer les femmes kidnappées, mais elle n’a pas modifié la politique israélienne – pas plus que les informations supplémentaires qui se sont accumulées par la suite (« Les femmes kidnappées souffrent, mais elles ne meurent pas », a déclaré Netanyahu au cabinet en juillet 2024, peu avant que l’accord avec l’Égypte ne soit torpillé – déclaration jamais vérifiée -).

Samedi soir dernier, Netanyahu a affirmé, par l’intermédiaire du porte-parole du Likoud, qu’Eli Feldstein n’avait jamais travaillé pour lui ni au sein de son cabinet. Ces déclarations, facilement réfutables par de nombreux journalistes, sont troublantes compte tenu de l’emploi parallèle de Feldstein à la mission diplomatique au Qatar. Elles justifient la demande (également formulée au sommet du Shin Bet) d’étendre l’enquête à l’ensemble du cabinet de Netanyahu. Le chef du Shin Bet, David Zini, ne s’est pas encore prononcé sur la question. Mais la conseillère juridique du gouvernement, Gali Baharav-Miara — dont on connaît l’implication dans ce que certains qualifient de trahison de l’État — envisage d’ordonner une enquête sur divers points soulevés par l’interview de Feldstein sur la chaîne Kan. Rappelons qu’elle est directement mise en cause dans l’affaire de la procureure militaire, qui avait divulgué une fausse vidéo montrant de supposés sévices infligés par des soldats israéliens à un terroriste du Hamas.
Problèmes domestiques
Sous le soleil hivernal de Floride, Netanyahu sera hanté par deux autres dossiers majeurs. D’une part, la loi sur l’exemption du service militaire et la menace qu’elle représente pour la coalition, compte tenu des tensions avec les factions ultra-orthodoxes. D’autre part, la commission d’enquête politique qu’il souhaite créer pour examiner les défaillances ayant conduit à la guerre. Le général de brigade (à la réserve) Yuval Bezeq – père du combattant Golani Guy Bezeq, tombé au combat à Kassufim le 7 octobre, et qui a lui-même été chef d’état-major de la 91e division pendant la majeure partie du conflit – a publié un message ce week-end dans lequel il affirme que la décision du gouvernement constitue « non seulement une profonde faute morale, mais aussi un réel danger pour nous tous », car elle « compromet le processus de guérison et de reconstruction de l’État d’Israël ».
Ces derniers mois, Bezeq a fait partie de l’équipe Turgeman chargée d’examiner les enquêtes au sein de Tsahal. Il critique sévèrement l’échec de l’armée, mais précise que Tsahal n’est pas responsable de cet échec isolé : « Le 7 octobre n’était pas un événement fortuit. C’était le résultat d’une stratégie de sécurité défaillante, ou plutôt de son absence. Tout cela s’est produit sous la responsabilité du gouvernement et de son dirigeant. »
Sur la table en Floride
À Miami, Netanyahu sera préoccupé par au moins sept autres dossiers. Le premier concerne Gaza, où Trump souhaite passer à la deuxième phase de l’accord, tandis qu’Israël veut la reporter au motif que tous les otages n’ont pas été libérés. Afin de gagner la confiance du président, les parents du pilote enlevé, Ran Gueili, ont été inclus dans le voyage. Parallèlement, au sein de l’administration, des voix se font de plus en plus fortes pour appeler le président à aller de l’avant. En toile de fond, on observe également des pressions de la part de divers pays, notamment le Qatar et la Turquie qui, contrairement à ses déclarations, entend envoyer des représentants à Gaza. Les deux pays ennemis jurés d’Israël oublient que le dernier mot, qui sera un non catégorique revient à Israël.
Le deuxième point concerne l’Iran. Israël s’inquiète du rythme de production de ses missiles et demande aux États-Unis de ne pas entraver son développement s’il décide de lancer une nouvelle attaque contre l’Iran l’année prochaine. Israël sollicite également une autorisation similaire concernant le Liban – le troisième point – où l’échéance fixée au 31 décembre pour le démantèlement du Hezbollah et son retrait du Sud-Liban approche. Le quatrième point concerne la Syrie, où Israël demandera aux États-Unis de ne pas exercer de pressions sur lui pour qu’il se retire des territoires qu’il a conquis sur le Golan.
Le cinquième point concerne l’aide américaine en matière de sécurité, pour laquelle Israël cherche à élaborer rapidement un cadre garantissant sa prolongation pour une décennie supplémentaire, au-delà de 2028. Le sixième point est la situation en Judée-Samarie, qui préoccupe les Américains en raison des activités d’extrémistes juifs et inquiète Israël du fait de la recrudescence des menaces terroristes, notamment suite à la grave attaque perpétrée avant-hier par un résident clandestin de Qatia, qui a assassiné deux Israéliens. Cette attaque a une fois de plus mis en lumière le problème des terroristes isolés, ainsi que celui des services de sécurité du Shin Bet, qui exploitent les failles de la ligne de front pour pénétrer en Israël quasiment sans entrave.
Le septième point concerne le procès de Netanyahu. Il aura amplement le temps de s’en occuper durant sa longue visite (une semaine), qui, exceptionnellement, ne passera ni par Washington ni par New York. Netanyahu souhaite que Trump reprenne ses pressions sur le président Herzog afin qu’il lui accorde une grâce, d’autant plus que ce dernier ne semble pas pressé de faire avancer le dossier.
La décision sera-t-elle annulée ?
Au passage, deux remarques. La première concerne feu Gur Kehati. Le chef des affaires militaires, le général de division Itay Ofir, devrait rencontrer la famille de Kehati cette semaine et leur présenter les possibilités de recours contre sa décision de ne pas engager de poursuites pénales contre le colonel (de réserve) Yoav Yarom, qui dirigeait la mission au Liban au cours de laquelle Kehati et le défunt citoyen Zeev (« Jabo ») Erlich ont trouvé la mort. Parallèlement, l’affaire est portée devant le chef d’état-major, Eyal Zamir, qui est tenu de prendre des mesures disciplinaires à l’encontre de l’officier. Nombreux sont ceux, au sein de Tsahal, qui estiment qu’il doit adopter une position ferme, non seulement pour honorer la mémoire de Kehati, mais aussi pour prévenir de tels actes de violence à l’avenir.
Le deuxième commentaire concerne les propos du ministre de la Défense, Yisrael Katz, qui a déclaré que Galei Tzahal « a soutenu les ennemis et a donné une opportunité au Hamas ici ».
Il semblerait qu’au nom des primaires, Katz soit prêt à tout – y compris à établir de faux avant-postes de Nahal dans le nord de la bande de Gaza – mais de telles accusations extravagantes contre les soldats et les civils en poste constituent un franchissement dangereux de la ligne rouge, même selon ses critères peu exigeants.
Israël est confronté à des menaces extérieures constantes, mais l’une de ses fragilités majeures tient à ses conflits internes. Ceux-ci sont souvent alimentés par des rivalités de pouvoir personnelles, présentées comme des enjeux d’intérêt général afin de légitimer des luttes d’influence. Ces controverses, largement relayées par les médias, visent parfois à orienter l’opinion publique, laquelle demeure toutefois plus lucide qu’on ne le suppose et accorde un crédit limité à ces mises en scène politiques. Cette dynamique contribue à entretenir un climat de tension interne qui affaiblit le débat démocratique sans toujours répondre à de véritables priorités nationales.
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