Mohamed Lahouaiej-Bouhlel :
un terroriste sous influence ?
Un certain profil
Mohamed Lahouaiej-Bouhlel avait 31 ans, né un 31 janvier 1985 à Msaken en Tunisie dans la banlieue de Sousse où sa famille habite encore. Entre 2000 et 2004, il est encore en Tunisie puisque son père dit l’avoir amené chez le médecin suite à des colères et « une dépression nerveuse ». Dépression le mot est faible puisque son père nous montre sur Internet l’ordonnance qu’un psychiatre tunisien lui délivre en 2004, dont entre autre de l’haldol et du tranxène, contre les angoisses et l’agitation. Le premier médicament est un neuroleptique délivré en cas de troubles graves de la personnalité, utilisé notamment dans les psychoses et contre les hallucinations. Nous y reviendrons. Il quitte le pays à une date indéterminée et coupe ses relations avec ses parents… Une fois en France, il se marie à Nice avec une franco-tunisienne, devient père de trois enfants dont juste avant sa tuerie, un bébé. Mais ce mari et père est instable, violent, connu des services de police pour violence avec arme et délits, violence aussi en mars 2016 contre un automobiliste avec lequel il a eu une altercation sur la voie publique. Pour tous ses faits délictueux, il a écopé de 6 mois avec sursis. il a un avocat pour lequel il est un délinquant presque comme les autres…Il a une carte de séjour renouvelée pour 10 ans, c’est dire qu’il n’est pas naturalisé français mais n’a pas été renvoyé pour autant dans son pays malgré ses entorses à la loi. Les relations avec sa femme se dégradent. Après 9 ans de mariage, ils entament une procédure de divorce. Mohamed Lahouaiej-Bouhlel quitte le domicile conjugal, et vit seul dans un apparemment de Nice. Ses voisins le décrivent comme plutôt antipathique, solitaire, le regard mauvais, roulant en vélo, pervers même, dira une femme de son immeuble. On apprend aussi qu’il ne respecte pas sa religion musulmane d’origine, boit de l’alcool, mange du porc, mais aussi fait de la musculation à un degré exagéré, le tout pour séduire des femmes, toujours d’autres femmes si bien qu’on le dit encore pervers…Peut-être pas pervers mais psychotique très certainement.
Quatre jours avant sa tuerie, il loue un camion frigorifique de 19 tonnes pour lequel il a le permis puisqu’il est chauffeur-livreur de métier. Il le gare dans une ruelle de Nice jouxtant la Promenade des Anglais, puis le 14 juillet venu, il passe un « contrôle de police » plutôt léger malgré l’état d’urgence et s’engage sur la Promenade à la fin du feu d’artifice et tue en les écrasant de façon voulue, préparée et froide plus de 84 personnes, en blesse 200 autres, avant de se faire tuer par la police. Dans son camion on retrouve des armes factices, une grenade inopérante, mais aussi un pistolet avec lequel il a tiré sur la foule et les policiers….On connait hélas la suite de cet acte terroriste : effroi, consternation, condamnations, peur, larmes, douleurs, traumatismes à vie, deuils parfois impossibles quand c’est un enfant qui meurt…
Deux jours après cette nouvelle et terrible tuerie qui touche la France, mais aussi d’autres pays dont sont issues les victimes, les commentaires fusent, les spécialistes » sont convoqués, ils expliquent, analysent tandis que les politiques eux, s’expliquent, se renvoient les responsabilités, sont impuissants à dire la douleur des familles, des victimes, et l’état d’urgence qui se prolonge. Mais tous après ce moment de stupeur et d’effroi se demandent en fait si Mohamed Lahouaiej-Bouhlel était bien un terroriste, mais aussi un malade mental, le bras armé solitaire et solidaire de l’Etat islamique ?

Un homme sous influence.
Alors que sur les réseaux islamiques, tous se réjouissaient du « feu d’artifice » meurtrier de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, son « bouquet final » et fatal, l’Etat islamique n’avait pas tout de suite revendiqué le massacre. Il n’avait pas encore, juste après les meurtres, consacré le tueur comme un héros de sa cause, comme un martyr, comme un soldat qui pour l’heure n’allait pas aller au paradis retrouver les fameuses 70 vierges que pourtant il avait essayé de conquérir sur terre…C’est que pour l’Etat islamique, il ne correspondait pas tout à fait au profil type du bon musulman tueur de Juifs, de Chrétiens et d’apostats. Lui-même d’ailleurs ne semblait pas se revendiquer de Daech bien qu’il ait répondu de façon plutôt radicale aux appels aux meurtres, de toutes les façons possibles, des « mécréants » du monde entier. D’une certaine façon, il était donc radicalisé. Depuis plusieurs mois les réseaux sociaux en sont inondés et personne ne peut aujourd’hui ignorer les incitations aux meurtres de Daech. Mais curieusement, l’information du fait qu’il ait eu des problèmes psychiatriques disparait peu à peu des commentaires, surtout de ceux des politiques pour ne laisser place qu’au profil terroriste de l’assassin, jusqu’à citer un témoin arrêté qui dira que le tueur de Nice s’est subitement radicalisé…Confirmer que cet assassin serait en plus un malade mental pourrait atténuer la gravité de son meurtre ce que ne veulent surtout pas les politiques. Il doit donc apparaitre comme un pur terroriste ce que s’est empressé de dire Manuel Valls. Les médias français sont ainsi : quand on attaque au couteau ou à la voiture bélier un ou plusieurs juifs, on ne parle que de l’aspect déséquilibré de l’attaquant. Comme si attenter à la vie d’un citoyen juif n’était pas un acte terroriste. Ne parlons pas des attaques en Israël pour lesquelles aucun des médias français ne prononce le mot de terrorisme…Alors, peut-on admettre que le massacreur de Nice, bien que peut-être sans doute psychotique, peut-être halluciné par moments, marqué par la violence, perturbé dans sa vie privée, et donc inscrit dans ce que l’on appelle le narcissisme de mort, à coups d’exercices de musculation forcés, et bien que non religieux, buveur d’alcool…n’en n’avait pas moins répondu aux appels de Daech. Peut-on admettre que l’on peut être à la fois étranger à soi-même du fait de troubles mentaux et ne pas être étranger à l’influence et aux appels aux meurtres de l’Etat islamique. Etre en somme soumis à un syndrome d’influence terroriste. Nous savons que peu de nazis étaient des malades mentaux, mais il y avait des gardiens de camps, très peu tout de même qui l’étaient. Si bien que même si l’assassin de Nice ne correspondait pas à ce que les chefs de l’Etat islamique attendent d’un bon tueur de Juifs, de Chrétiens et d’apostats, il n’en n’avait pas moins été sous leur influence. Même sans avoir crié Allah Akbar au moment de sa course assassine, il avait répondu à leur appel au meurtre massif de façon radicale, donc de façon radicalisée qui plus est, de manière délibérée, calculée, minutée jusqu’à sa mort qu’il jugeait inéluctable, mais le tout, marqué par la maladie mentale ce qui n’atténue pas ses meurtres ni ne le disculpe d’ailleurs. Il a donc agi comme agissent les terroristes en dehors d’un militantisme actif, mais sous influence d’un Etat islamique pour qui la mort de masse est sa jouissance…Autre question alors que l’on peut se poser. Cherchait-il le rachat ? Et, l’Etat islamique rachète-t-il ses « égarés » ?
Le rachat et la bénédiction
Sa violence, son mépris de la vie humaine, son rapport à la loi pour le moins défaillant, sa propre étrangeté, ses condamnations ne devaient pas choquer les idéologues de l’Etat islamique ou autre groupe jihadiste ni son appétit vorace et sans doute violent pour les femmes, puisque Ben Laden regardait bien des cassettes pornographiques…Ce qui devait dans un premier temps les encombrer, c’était sa consommation d’alcool, son absence de sens religieux, son goût pour le porc…encore qu’en ce qui concerne son intérêt pour la religion, les enquêteurs le sauront prochainement après leur perquisition. L’autre question que l’on peut se poser reste celle du rachat. Ce terroriste n’était d’ailleurs pas le seul à avoir eu une vie dissolue marquée par l’alcool, la drogue la violence et le sexe avant de faire allégeance par son acte meurtrier à l’Etat islamique qui a fini par en quelque sorte le racheter et le bénir, d’avoir ainsi tué le maximum « d’incroyants ». Faire allégeance à l’Etat islamique et au terrorisme en dernier lieu d’une errance identitaire a peut-être paradoxalement donné une direction et un sens à une vie de non-sens, celle d’un insensé en somme.
Les spécialistes du terrorisme et les politiques devront donc tenir compte des profils particuliers de ces terroristes, pas toujours religieux mais toujours délinquants, parfois fous, et donc pas toujours fichés parmi les terroristes potentiels, mais rêvant peut-être d’un rachat possible, face à leur perte identitaire dont Daech s’empresse de reprendre à son compte les actes meurtriers, mais dans l’après-coup de leur geste assassin. Dans le cas de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, nous ne sommes donc pas étonnés que l’Etat islamique l’ait reconnu comme sien car ses serviteurs ne sont là que pour exalter l’assassinat de ceux qu’ils jugent « incroyants » en les soumettant aux idéaux meurtriers de quiconque peut les agir…
Par © Jean-Marc Alcalay
NDLR : Toute explication sous forme de « loup solitaire », « auto-radicalisé » tombe d’elle-même avec l’indice d’une complicité : SMS : « amènes plus d’armes ». En attendant d’en savoir plus…
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