MALGRÉ LE REVERS, LES KURDES SEMBLENT PRÊTS À SE METTRE SOUS LES PROJECTEURS DE WASHINGTON ET MOSCOU
La principale préoccupation de la Turquie était de faire en sorte que le SDF se retire de la frontière et c’est accompli. Ce retrait a également fourni au gouvernement turc un moyen de prétendre avoir gagné
Le chef du parti kurde syrien, le général Mazlum Kobani Abdi, a eu une conversation au téléphone avec le ministre russe de la Défense, Sergei Shoigu. Il a reçu le soutien de Washington mercredi, deux semaines après que ses forces démocratiques syriennes ont semblé être sur la corde raide, face à la Turquie.
Mazlum et ses combattants, qui représentent environ 100 000 femmes et hommes en armes dans différentes unités formées par les Américains, ont subi une série de revers et mené quelques contre-attaques, entre le 9 et le 14 octobre sous les coups de marteau de la Turquie et des djihadistes soutenus par la Turquie, mais ils ont traversé l’épreuve du feu avec confiance. Il a d’abord remercié, mercredi, le président américain Donald Trump par une formulation qui a déconcerté de nombreuses personnes, qui ont assisté à ce qui semblait être une trahison des Kurdes par les États-Unis. Mazlum a déclaré qu’il appréciait « les efforts inlassables de Trump qui ont arrêté l’attaque turque brutale et les groupes djihadistes [les attaques] contre notre peuple ». Le commandant du SDF a parlé à Trump et a expliqué les violations turques du cessez-le-feu, demandé par les Etats-Unis, le 17 octobre.
Trump s’est montré aimable dans sa réponse. «Merci pour vos bonnes paroles et votre courage. Je vous prie d’agréer mes salutations les plus chaleureuses envers le peuple kurde. J’ai hâte de vous revoir ». Pour les observateurs de la politique américaine, qui semblait erratique et qui sautait de crise en crise depuis le 6 octobre, cette nouvelle expression de chaleur humaine retrouvée contrastait avec le rejet des politiques de Trump qu’on a pu entendre au Congrès les 22 et 23 octobre, quand l’émissaire américain pour la Syrie, James Jeffrey a été convoqué par des sénateurs. Jeffrey, qui n’avait pas été consulté par Trump avant la décision américaine de se retirer le 6 octobre, n’a peut-être pas, non plus, été consulté à nouveau le 23 octobre. D’autres sénateurs font la queue pour demander que Mazlum puisse se rendre aux États-Unis pour rencontrer le président. Ilham Ahmed du Conseil démocratique syrien est déjà à Washington DC pour débattre des besoins des Kurdes et des autres peuples de l’est de la Syrie.
Mazlum a également parlé aux Russes mercredi. Selon certaines informations, il a remercié le président russe Vladimir Poutine pour son travail visant à désamorcer le conflit avec la Turquie et à épargner la vie des civils. Les Russes ont signé un accord avec la Turquie le 22 octobre concernant une entente frontalière en Syrie. Les troupes russes se sont rendues mercredi à Kobani (dont la population se méfie) où la police militaire et les forces du régime syrien patrouillent pour « assurer la sécurité des habitants ». La Russie a déclaré qu’elle faciliterait le retrait du YPG, une partie des FDS que la Turquie considère comme des terroristes. La Russie coordonnera des patrouilles conjointes avec la Turquie qui circuleront en Syrie sur une distance de dix kilomètres. Les éléments et les armes des YPG seront retirés à moins de 30 km de la frontière.
Néanmoins, selon l’organe de presse kurde, Rudaw.net, Mazloum Kobani Abdi, commandant des Forces démocratiques syriennes (SDF), a déclaré à VOA lundi, que les Kurdes ne faisaient pas confiance aux Russes, car ils les avaient trahis lors de l’offensive turque à Afrin au début de 2018. La Russie a abandonné Afrin à cette époque, ce qui a permis aux forces turques de lancer une opération de deux mois contre les combattants kurdes.
« Nous ne dépendrons pas de la Russie », a déclaré Abdi, affirmant que l’accord conclu avec la Syrie et la Russie protégerait les Kurdes. « C’est tout le contraire ; la Russie se coordonne avec la Turquie et a ouvert la voie à une attaque contre les Kurdes en Syrie », a-t-il ajouté.
Pour les commandants des Forces Démocratiques Syriennes, la situation, au départ, désavantageuse, représente maintenant une opportunité intéressante. Les États-Unis veulent que le FDS, qu’il a contribué à créer, continue de sécuriser des parties de l’est de la Syrie, en particulier 10 000 détenus de l’Etat islamique et des champs de pétrole situés près de l’Euphrate. Les États-Unis resteront dans cette zone pendant une durée indéterminée. Cela peut aider à conserver l’influence iranienne hors de la zone frontalière stratégique et à empêcher le groupe État islamique de s’infiltrer en Irak. Cela donne également au FDS une marge de manœuvre entre les Etats-Unis et les Russes. Selon l’organe russe Spoutnik, Moscou est resté en contact avec Washington, à propos de l’accord turc, durant les négociations.
Alors que l’apparition soudaine de la Russie dans l’est de la Syrie en tant qu’arbitre a semblé humilier les États-Unis la semaine dernière, il semble maintenant que les États-Unis et les FDS pourraient trouver un moyen de parler aux Russes de certains intérêts partagés. En effet, les FDS ont maintenant signé des accords avec le régime syrien alors que la Russie a signé un accord avec la Turquie. La Turquie est apparemment un allié américain au sein de l’OTAN. La principale préoccupation de la Turquie était de repousser le SDF hors de la frontière et cela a été accompli. Ce retrait a également fourni au gouvernement turc un moyen de prétendre avoir gagné et d’envoyer certains djihadistes peu recommandables en Syrie afin que la Turquie ne soit pas obligée de s’occuper d’eux dans la province d’Idlib. La Turquie veut renvoyer en Syrie autant d’extrémistes syriens que possible afin de les y mettre en cage et diluer leurs forces. La Turquie n’a pas engagé beaucoup de ses propres forces dans la lutte contre les FDS entre le 9 et le 17 octobre, au lieu de cela, il a cherché à utiliser les groupes rebelles syriens comme chair à canon. Maintenant, cette chair à canon a été utilisé et la Turquie et la Russie ont signé leur accord.
Pour les Kurdes syriens, il reste encore beaucoup d’obstacles. Ils ont perdu le contrôle direct de nombreuses villes situées le long de la frontière. Près de 300 000 personnes ont fui, dont 7 000 dans la région du Kurdistan d’Irak. On ignore si Mazlum sera en mesure de les aider à revenir. Mais si l’objectif des FDS est maintenant d’accroître son rôle sur la scène internationale, ils l’ont momentanément atteint. Ils ont semblé y mettre un terme historique, le 13 octobre quand des Kurdes se sont précipités pour signer un accord avec Damas afin de ralentir l’avance turque. Mais quelques jours plus tard, tout se passe comme si le mouvement kurde syrien avait une nouvelle vie. Les États-Unis ont exclu les FDS du processus de Genève visant à mettre un terme au conflit syrien, mais selon la manière dont le mouvement va opérer au cours des prochaines étapes, on pourrait constater qu’il bénéficie de davantage de portes ouvertes à Moscou et à Washington. C’est une corde raide sur laquelle marcher en équilibre, parce que les États-Unis veulent que le SDF garde le contrôle des détenus de l’Etat islamique. Cela sert de fiction juridique, parce que le SDF n’est pas un État, donc les États-Unis ne confient pas les membres de Daesh à un État, et ils ne se considèrent donc pas responsables de leurs actes. Cela permet au SDF de contrôler les membres de Daesh et que, pendant ce temps, aucun pays ne doit en assumer la responsabilité. On ignore combien de temps cela peut durer, mais les États-Unis veulent que cela continue au moins pour le moment. Le SDF semble avoir été taillé sur mesure pour ce rôle « d’entre-deux ». Mais certains se demandent si les Etats-Unis vont, de toute façon, quitter la Syrie dans les mois à venir [Et de façon aussi peu organisée que précédemment?].
Adaptation : Marc Brzustowski
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Les Etats-Unis seraient-ils prêts à reconnaître un Kurdistan à l’ONU ?
Le peuple américain y semble favorable..