L’Iran prend le dessus dans la crise des pétroliers d’Ormuz

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L’IRAN L’EMPORTE SUR LE ROYAUME-UNI DANS LE BRAS DE FER DES PÉTROLIERS DANS LE GOLFE – ANALYSE

Les Etats-Unis ont averti début mai que l’Iran ou ses supplétifs menaçaient les Etats-Unis et leurs alliés. Des ressources navales américaines ont été envoyées dans le Golfe et des avions de guerre ont suivi. Et pourtant…

Stena Impero, un navire battant pavillon britannique appartenant à Stena Bulk, est vu au port de Bandar Abbas

Stena Impero, un navire battant pavillon britannique appartenant à Stena Bulk, est vu au port de Bandar Abbas. (crédit photo: REUTERS)

Le 19 juillet, il est devenu parfaitement évident que l’Iran sse montre à la hauteur du bras de fer engagé dans le Golfe, en s’emparant du Stena Impero sous pavillon britannique dans le détroit d’Ormuz. L’Iran avait déjà tenté d’empêcher le mouvement du pétrolier britannique Heritage le 11 juillet, et  Téhéran avait prévenu de ses intentions, après la saisie par le Royaume-Uni, d’un pétrolier iranien transportant du pétrole en Syrie.

Revenons au mois de mai, lorsque les tensions américano-iraniennes ont commencé à s’intensifier. Les Etats-Unis ont averti, début mai, que l’Iran ou ses supplétifs menaçaient les Etats-Unis et leurs alliés. Des ressources navales américaines ont été envoyées dans le Golfe et des avions de guerre ont suivi. Le 12 mai, quatre pétroliers ont été sabotés au large du port émirati de Fujairah. Le lendemain, un drone, qui se serait envolé d’Irak, lancé par des milices chiites pro-iraniennes, a attaqué l’infrastructure pétrolière saoudienne. Ensuite, des attaques à la roquette ont eu lieu près de l’ambassade des États-Unis et des bases militaires américaines entre le 19 mai et le 19 juin. Deux autres pétroliers ont également été attaqués, le 13 juin. Un drone américain a été abattu, le 20 juin et Washington était sur le point de lancer des frappes de représailles, avant un revirement de dernière minute, voulu par Trump.
Lorsque les Britanniques ont décidé d’arrêter le pétrolier iranien à Gibraltar, ils ont compris que cela ferait partie du contexte de tensions croissantes entre l’Iran, les États-Unis et les alliés des deux pays. L’Iran exerce une pression maximale sur le terrain. Il ne vise pas seulement à aggraver les tensions dans le Golfe ou à se battre diplomatiquement, il cherche également à jouer à fond sur le dossier nucléaire, en annonçant le 7 juillet qu’il augmenterait l’enrichissement d’uranium au-delà des limites fixées dans l’accord de 2015.
Le Royaume-Uni a semblé comprendre initialement ce calcul après l’envoi des Royal Marines à bord du pétrolier iranien Grace 1, le 4 juillet au large de Gibraltar. Ainsi, le 11 juillet, trois bateaux rapides iraniens pilotés par le corps des gardes de la révolution iraniens ont harcelé un pétrolier britannique transitant par le détroit d’Ormuz. Le HMS Montrose britannique était sur place pour les observer et les avertir. Mais ce harcèlement effronté était la manière dont l’Iran expliquait clairement qu’il continuerait d’essayer d’interdire la navigation des navires britanniques. Le vendredi 19 juillet, Gibraltar a annoncé qu’il détiendrait le pétrolier pendant un mois supplémentaire. Le même jour, les États-Unis ont déclaré avoir abattu un drone iranien qui harcelait l’USS Boxer, un navire de guerre américain dans le détroit d’Hormuz.
Nous savons maintenant que  les gardiens de la révolution iranienne sont montés à bord d’un pétrolier battant pavillon britannique, le Stena Impero, sous prétexte qu’il ne se conformait pas aux règlements de la marine. Le Montrose était trop éloigné pour apporter son aide. Le gouvernement du Royaume-Uni a tenu une réunion d’urgence de sa cellule de crise Cobra, ou réunion de sécurité de haut niveau, lorsque des questions d’importance nationale doivent être abordées. Mais à ce moment-là, il était trop tard, en ce sens que l’Iran avait ce qu’il voulait : un moyen de négocier avec le Royaume-Uni et de donner à Londres l’impression que la Grande-Bretagne est incapable de défendre ses navires. C’est un message important que Téhéran doit envoyer à une grande puissance occidentale, en particulier à une puissance historiquement fière de sa puissance navale. L’Iran se présente comme une puissance mondiale capable de faire ce qu’il veut dans le détroit d’Ormuz, une voie navigable stratégique.
L’incident intervient également alors que des images montrent le Montrose essayant de protéger le pétrolier Britannique Heritage il y a une semaine. L’Iran a également choisi de monter à bord du pétrolier avec un hélicoptère, ce qui semble être un moyen de montrer qu’il peut faire ce qu’il veut et qu’il est capable de mener des raids maritimes aussi audacieux que les Royal Marines. Le Stena Impero est maintenant au port de Bandar Abbas. L’Iran a déclaré que le Royaume-Uni avait mené une action de «piraterie» à Gibraltar et que l’Iran ne faisait que suivre les règles qui lui sont imposées. L’Iran veut embarrasser le Royaume-Uni en publiant des images du raid sur ses médias. Le Royaume-Uni dit maintenant qu’il veut «désamorcer» les crises tout en condamnant l’Iran, mais en admettant qu’il s’agit d’une situation «d’égal à égal».
Cela ressemble maintenant à l’histoire typique de l’Iran face à l’Occident, où l’Iran bloque et menace et où les puissances occidentales finissent par le supplier de mettre fin à l’impasse alors que tout le monde prétend avoir sauvé la face, mais il est clair que l’Iran semble s’en sortir le mieux. Mais la plus grande leçon d’histoire est à double-tranchant. L’Iran veut montrer qu’il continue de faire ce qu’il veut dans le Golfe et, depuis mai, il fait essentiellement ce qu’il veut. Les navires de guerre occidentaux ont tendance à être sur la défensive, attendant le prochain mouvement de l’Iran. Ils ne harcèlent pas la navigation iranienne. Ils ne font qu’abattre des drones ou avertir les bateaux rapides de l’IRGC lorsque ceux-ci se trouvent trop près. L’Iran choisit l’heure et le lieu.

 

L’Iran pourrait dire que ce sont les puissances occidentales qui ne devraient pas avoir de navires de guerre à quelques kilomètres des eaux iraniennes. L’Iran dirait également que ce sont les États-Unis qui ont renforcé les sanctions l’année dernière, qui ont quitté le cadre de l’acccord avec l’Iran et qui ont qualifié le CGRI d’organisation terroriste. Il reproche au Royaume-Uni de s’être emparé de son pétrolier.
Le narratif iranien a tendance à bien jouer dans les médias et aussi auprès des publics occidentaux qui se méfient des conflits. L’Iran le sait. En tant que tel, il aurait été du devoir des puissances occidentales de ne pas se retrouver dans une situation embarrassante vis-à-vis de laquelle elles ne seraient pas disposées à aller plus loin.
Par exemple, les États-Unis ont menacé d’exercer des représailles, mais ont ensuite semblé renoncer et se coucher, en mai et en juin. Le Royaume-Uni semble incapable de protéger ses navires tandis que les États-Unis continuent de se démener pour sécuriser les couloirs de navigation.
C’est une position peu enviable pour les puissants pays occidentaux, apparaissant constamment menés sur l’échiquier du grand maître iranien. Mais c’est précisément dans ce jeu que l’Iran joue bien, combinant diplomatie et affaires militaires dans une stratégie Clausewitzienne de la guerre par d’autres moyens. Même lorsque cela échoue, l’Iran utilise ses supplétifs et ses alliés tels que les rebelles houthis au Yémen ou des groupes en Irak, en Syrie et au Liban pour menacer où bon lui semble. La balle apparaît maintenant dans le camp de Londres pour indiquer ce qu’elle fera à propos de ce pétrolier pour le sortir d’affaire. Compte tenu de la réticence à accroître les tensions, les options pour le Royaume-Uni sont limitées.
PAR SETH J. FRANTZMAN
 21 JUILLET 2019 01:09

7 COMMENTS

  1. C’est qui les pirates ?
    L’Iran doit profiter pleinement de sa “supériorité” navale parce que cela ne va pas durer.
    L’Iran est aux abois, et plus il aboie plus il se décrédibilise.
    La fin des Mollahs est proche, mais ils ne sont pas au courant…
    Comme toute dictature, ils s’imaginent détenir la solution.
    La fin du programme nucléaire iranien est proche et cela passe par la destruction de leurs installations…

  2. Patience , nous connaissons le courage et la capacité des anglais à résister et gagner .

    Ils ne laisseront pas passer l’affront .

    Les iraniens paieront le prix fort leurs provocations .

    Ils le regretteront amérement .

  3. Heu… c’est peut être vrai concernant l’Europe peureuse et Làche en voie de dhimmisation.
    Mais pas quand il s’agit des usa et de l’Angleterre qui a montré qu’elle etait capable d’engager une guerre à des milliers de km (Argentine/falklands) et de la gagner.
    Le risque qui empêche les usa et l’Angleterre d’attaquer l’Iran est celui du blocage du détroit d’ormuz douce de transit pétrolier du monde occidental et donc de flambée des prix.
    Contrairement aux européens, les anglo-saxons n’aiment pas être en situation de risque permanente. L’Iran va payer le prix fort de ses agressions et menaces permanentes.

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