Pourquoi la Définition de l’Antisémitisme importe ©

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Première parution : 30 août 2016


L’énorme importance de la récente définition de l’Antisémitisme adoptée par l’IHRA

 

Dans le combat contre l’antisémitisme, une définition adéquate des caractéristiques de cette incitation à la haine est cruciale. De trop nombreuses autorités, organisations et personnalités, dans les sociétés occidentales, ont un intérêt direct à la minoration et à la banalisation des actes antisémites. Dans ce cadre, l’adoption récente d’une définition de travail de l’antisémitisme par l’Alliance Internationale pour le Souvenir de la Shoah (IHRA) – un organisme dont l’objectif est de promouvoir l’enseignement, la recherche et le souvenir de la Shoah – prend une importance énorme. L’accord de la totalité des 31 pays-membres de l’IHRA était requise pour que cette définition soit approuvée.

On peut lire, dans cette définition de travail : “L’Antisémitisme correspond à une certaine perception négative des Juifs, qui peut s’exprimer en tant que haine envers les Juifs. Des manifestations rhétoriques et physiques d’antisémitisme sont dirigées envers des personnes juives et non-juives (mais prises pour) et/ou leurs biens, envers les institutions de la communauté juive et leurs établissements religieux”.

Ce texte résumé est accompagné par une explication plus développée. Un élément important de l’ensemble est qu’il comprend les manifestations discriminatoires prenant l’Etat Juif pour cible“, conçu comme collectivité juive”[1].

 Ce texte de la définition et son explication ne sont pas nouvelles. L’accroissement majeur des incidents antisémites au cours du siècle actuel et l’intensification des attaques verbales contre Israël ont créé un besoin croissant d’une mise à jour de la définition de l’antisémitisme, qui puisse aussi traiter de ses permutations et transformations anti-israéliennes. La définition – maintenant adoptée par l’IHRA – a été présentée en tant que définition de travail, il y a déjà plus de dix ans, par un organisme alors appelé le centre Européen d’Observation du Racisme et de la Xénophobie (EUMC)

La définition de l’EUMC a été progressivement acceptée par de nombreux cercles de réflexion. Par exemple, les délégués de la Conférence de Cordoue de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (l’OSCE) ont fréquemment fait référence à cette définition. Dans un autre exemple, en 2006, le  Rapport de la Commission d’Enquête transpartisane sur l’Antisémitisme avait recommandé l’adoption et la promotion de cette définition de l’EUCM par le Gouvernement britannique et les services du maintien de l’ordre[2]“. Constatant l’explosion actuelle de l’antisémitisme au sein du parti travailliste britannique, cela vaut la peine de mentionner que ce rapport était à l’initiative d’un député du parti travailliste et que l’enquête elle-même était dirigée par un autre député du parti travailliste, alors que 6 de ses 14 membres étaient députés du toujours même Parti Travailliste.

L’Agence pour les Droits Fondamentaux de l’Union Européenne (FRA) a succédé à l’EUMC. Le texte a, sur ce point, servi de définition de travail de l’Antisémitisme pour la FRA ; En 2013, la FRA a brusquement supprimé cette définition de son site internet. Cela peut très bien être dû au fait que si on avait voulu réellement appliquer cette définition d’une Agence de l’Union Européenne, cela aurait immédiatement révélé que l’Union Européenne elle-même commet des actes antisémites, de temps à autre[3]. Bien qu’il n’ait pas de définition officielle de travail sur l’antisémitisme, le Département d’Etat américain a publié une fiche descriptive, qui mentionne certains exemples supplémentaires d’antisémitisme, en plus de ceux soulignés par le document du FRA[4].

Si on utilise la définition de l’IHRA, il devient évident que les activités de BDS sont antisémites, du seul fait qu’elles ne s’appliquent qu’à Israël. La même chose est vraie pour les diverses règles de l’Union Européenne concernant la Judée-Samarie, territoire disputé, ainsi que le Golan, qui, là encore, ne s’appliquent qu’à Israël[5] [et non à la Turquie occupant Chypre, par exemple].  C’est d’autant plus intéressant que l’IHRA comporte 24 pays de l’UE parmi ses membres.

Le Centre Simon Wiesenthal a situé le comportement stigmatisant de l’Union Européenne comme le troisième incident antisémite/anti-israélien le plus grave de l’année 2015, notant que “L’Union Européenne a choisi de ne labelliser que les produits israéliens des Hauteurs du Golan et des territoires disputés en Judée-Samarie, ignorant les produits des autres territoires disputés dans le monde, tels que le Sahara Occident, le Cachemire, le Tibet et les produits des zones contrôlées par le Hamas et le Hezbollah terroriste. Cet usage de normes à deux vitesses contre Israël uniquement est absolument typique de l’anti-israélisme moderne et ces pratiques ont été au cœur de l’antisémitisme depuis des siècles[6]“.

Lisant la définition de l’IHRA d’un œil critique, un inconvénient important apparaît. son texte d’explication dit que c’est un acte antisémite d’appliquer des double-standards en requérant d’Israël un comportement qui n’est ni attendu ni exigé d’un autre pays démocratique.

En discutant avec certains de ceux qui ont élaboré la définition originale de l’EUMC, aucun d’entre eux n’est en mesure d’expliquer pourquoi ce mot “démocratique” a été introduit dans cette phrase. En effet, pourquoi devrait-on uniquement considérer le comportement des pays démocratiques? En fait, puisqu’ils ne constituent même pas un pays, cette notion offre aux Palestiniens un bon moyen de s’en sortir indemnes. Les cercles dirigeants de l’AP glorifient fréquemment ceux qui ont assassiné des civils israéliens ou d’autres nationalités.

Ils ne peuvent pas démentir ce point, alors que c’est tellement évident. Cependant, puisque l’AP n’est pas démocratique, elle semble donc habilitée à bénéficier d’une norme moindre. Par déduction, cela pourrait vouloir dire que les Palestiniens sont un peuple inférieur. Pourtant la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme considère tous les peuples comme égaux et responsables de leurs actes[7].  La même chose devrait être vraie pour tous les pays et entités indépendamment constituées, démocratiques ou non.

On n’insistera jamais assez sur l’importance de la définition de l’IHRA. C’est actuellement très clair, si on envisage les nombreux milieux qui minorisent et banalisent l’antisémitisme au sein du Parti Travailliste britannique. Le phénomène n’est pas nouveau. Il y a plus de dix ans, le Sociologue français Shmuel Trigano avait révélé les mécanismes employés par le gouvernement socialiste de Jospin, à l’époque, pour manipuler et minorer l’importance de nombreux actes antisémites, en France, au début de la Seconde Intifada.

Il disait alors que les “socialistes se préparaient aux élections de 2002 et qu’ils devaient montrer leurs réalisations. Donner trop de publicité aux incidents antisémites ne leur aurait pas convenu pour atteindre cet objectif. On a fini par découvrir que les rapports de police sur ces incidents au Ministère de l’Intérieur étaient souvent incomplets[8].

Il est pratique de disposer d’une définition sous la main. Cependant, la définition de l’IHRA, même si elle n’est pas contraignante sur le plan juridique, ouvre aussi de nombreuses opportunités dans le combat contre l’antisémitisme. Il peut être difficile de convaincre, ne serait-ce qu’un seul des trente et un pays membres d’adopter cette définition comme juridiquement contraignante au niveau national. Pourtant, on peut analyser des cas d’antisémitisme dans divers pays et envoyer à leurs gouvernements la question logique qu’on en déduit : “Vous avez voté pour la définition de l’IHRA, pourquoi ne l’appliquez-vous pas à ces incidents qui se déroulent dans votre propre pays?”

Un exemple de la façon dont cela peut se faire concerne les Pays-Bas. Récemment, le Ministre des Affaires étrangères Bert Koenders a expliqué que la Hollande autorise la promotion de BDS selon ses lois concernant la liberté d’expression, pourtant le gouvernement lui-même s’oppose à BDS. Mais, même cette dernière proposition est fausse, de manière flagrante, parce qu’il donne de vastes sommes d’argent à plusieurs ONG faisant la promotion de BDS. L’une d’entre elles, Cordaid, a reçu presque un demi-milliard d’Euros de subventions de la part du gouvernement hollandais, entre 2007 et 2011[9]. Des subventions gouvernementales supplémentaires ont été versées ces dernières années.

Koenders s’est aussi exprimé en faveur de la labellisation des produits israéliens, sans jamais proposer un tel marquage dans aucun autre cas[10]. Sa posture tombe sous le coup de la définition de l’Antisémitisme selon l’IHRA. Ce n’est que l’un des centaines de cas que l’on peut dévoiler en tant qu’acte antisémite dans de nombreux autres pays membres de l’IHRA. 

 

 

Par Manfred Gerstenfeld 

Dr.Manfred-Gerstenfeld

Le Dr. Manfred Gerstenfeld a présidé pendant 12 ans le Conseil d’Administration du Centre des Affaires Publiques de Jérusalem (2000-2012). Il a publié plus de 20 ouvrages. Plusieurs d’entre eux traitent d’anti-israélisme et d’antisémitisme.

Adaptation : Marc Brzustowski.


[1] www.holocaustremembrance.com/sites/default/files/press_release_document_antisemitism.pdf

[2] Report of the British All-Party Parliamentary Inquiry into Antisemitism (London: Stationery Office Ltd, September 2006), para. 26.

[3] Sam Sokol, “Israel Urges EU Human Rights Body to Return ‘Anti-Semitism’ Definition to Website,” Jerusalem Post, 6 December 2013

[4] Special envoy to monitor and combat anti-Semitism, “Defining Anti-Semitism: Fact Sheet,” U.S. Department of State, 8 June 2010.

[5] www.nytimes.com/2015/11/13/opinion/europe-mislabels-israel.html?_r=0

[6] www.wiesenthal.com/atf/cf/%7B54d385e6-f1b9-4e9f-8e94-890c3e6dd277%7D/TT_2015.PDF

[7] www.un.org/en/universal-declaration-human-rights/

[8] www.jcpa.org/phas/phas-26.htm

[9] www.israelnationalnews.com/Articles/Article.aspx/14266#.V0vs0_l967Q

[10] “Koenders zet etikettering weer op agenda,” Telegraaf, 20 November 2014.

12 COMMENTS

  1. @viviane lee
    Les arabes ne sont pas des sémites ! C’est leur langue qui est sémite.
    Ne jouons pas sur les mots pour exonérer les musulmans de leurs responsablités.

  2. Tout a fait d’accord pour ce qui est de l’origine du mot sémite.
    Mais l’ajout de “pays démocratique”, est une stupidité.
    Car l’Angleterre et l’Espagne et d’autre sont des monarchies constitutionnelles.
    La Syrie une dictature.
    A Tient l’Iran est bien une démocratie.

    Il serais plus logique de dire “pays” tout simplement.

    • Falb je voulais simplement observer qu’ Israël est une démocratie , imparfaite et critiquable , mais enfin une démocratie . Dans cette région du monde et dans d’autres , c’ est assez original

  3. Les Juifs ne sont pas des sémites . Les Arabes ne sont pas des sémites . Il y a des langues sémitiques , il n’ existe pas de sémites .

    Le mot sémite , fabriqué à la fin du 18ème siècle , désigne les Européens juifs , le mot aryen désignait les Européens chrétiens . Basques Hongrois Finlandais étaient des aryens , les Bengalais et les Iraniens ne l’ étaient pas . Un antisémite , c’ était un ennemi des juifs . Le mot étant devenu gênant depuis 1945 , on a vite trouvé un autre mot . Dès 1952 les ennemis des juifs se disaient antisionistes . Il en est de même en 2016 .

    Quant aux causes de la haine anti juive , elles me semblent évidentes . Les juifs , habituellement , ont de la tenue et ne font pas n’ importe quoi . La criminalité chez les juifs est très faible . L’ état des juifs est une démocratie parlementaire , qui a réussi son développement économique , n’ extermine pas ses minorités , ne vit pas en guerre civile , ne détruit pas les mosquées , ne viole pas , ne mutile pas , ne massacre pas . Tout ceci , pour l’ humanité qui ne se tient pas , c’est une énorme insolence .

    Trop de Nobels , pas assez d’assassins . C’est mon diagnostic . De quoi faire enrager beaucoup de monde , y compris des juifs .

  4. Depuis quand englobe-t-on le terme ‘antisémitisme’ envers les arabes ? Encore une manipulation de nos ‘bien-pensants’ et ‘droitdel’hommistes’ qui se sont faits piégés comme des idiots utiles, c’est comme dire que le burkini n’est pas un marqueur identitaire et une pure provocation.

    SVP, arrêtez de tout gober!

    • aucun pays democratique n’est “parfait”. tous les pays du monde sont criticables y compris les pays democratiques.En France par exemple, la discution sur le port du burkini est la preuve que la diecision de l’interdiction de porter un burkini est une loi pas demcratique du tout.

  5. Enseignement de notre histoire :
    Retour de l’exil en d’Egypte vers Israël … Amalek
    Retour de l’exil de Perse vers Israël grâce à Cirius … Aman
    Retour contemporain de l’exil de Rome vers Israël initié au départ et au même moment par le Bal Chem Tov et le Gaon de Vilna … Hitler et la Shoah puis haine et diabolisation actuelle …
    Tout ceci montre que l’antisémitisme le plus virulent contre les Juifs se passent quand il y a une tentative de retour vers la terre d’Israël !
    L’autre antisémitisme en dehors de ces périodes de retour n’est finalement que le résultat appliqué aux Juifs de la haine de l’autre et de l’étranger, en général associée à l’appât de gains faciles comme il s’en est passé et s’en passe quasiment partout ailleurs dans le monde …

    Le vrai antisémitisme actuel c’est de vouloir empêcher par tous les moyens le renouveau de la nation d’Israël seule à pouvoir être le laboratoire d’une future ère messianiste.

  6. je préfère que l’on dise franchement acte anti-juif plutôt que “acte antisémite” parce que les arabes musullmans sont aussi des sémites et que 99 fois sur 100 des actes violents sont dirigés contre des juifs et non pas contre des arabes musulmans .

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