La rafle du Vel d’Hiv sous les crayons de Cabu au Mémorial de la Shoah

Vingt-cinq ans après la rafle, Cabu avait illustré cet épisode noir pour le journal Le Nouveau Candide.

Vingt-cinq ans après la rafle, Cabu avait illustré cet épisode noir pour le journal Le Nouveau Candide. V. Cabut, AFP / JOEL SAGET
Le dessinateur avait donné à voir, en 1967, cette «opération policière» qui a conduit à l’arrestation de 12.884 Juifs, et dont il ne reste quasiment aucune image.

Il existe une seule photo connue de la rafle du Vel d’Hiv. Quatre-vingts ans après, le Mémorial de la Shoah fait revivre cette page sombre de l’histoire française à travers 16 dessins de Cabu, datant de 1967. Le dessinateur -assassiné lors de l’attentat contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015- avait 29 ans quand le journal Le Nouveau Candide lui demande d’illustrer cette «opération policière», au cours de laquelle 12.884 Juifs furent arrêtés entre le 16 et 17 juillet 1942 pour être exterminés à Auschwitz.

«En faisant ces illustrations, il fera des cauchemars et il en restera marqué pour toute sa vie, comme pour son service militaire de 24 mois pendant la guerre d’Algérie», raconte son épouse Véronique Cabut, en présentant l’exposition qui court de vendredi au 7 novembre à Paris. En 1967, l’opinion publique française prend conscience pour la première fois de l’implication du gouvernement de Vichy et du rôle de la police française dans cette rafle grâce au livre choc de deux anciens résistants communistes, Claude Lévy et Paul Tillard.

«Cabu a ressenti cette révélation, comme les autres Français (…) Il se substitue aux photos, on voit les victimes, les forces de l’ordre», estime l’historien Laurent Joly. V. Cabut

«Cabu a ressenti cette révélation, comme les autres Français (…) Il se substitue aux photos, on voit les victimes, les forces de l’ordre», constate l’historien Laurent Joly, commissaire de l’exposition et auteur d’un livre sorti cette année sur la rafle. Les dessins en noir et blanc donnent à voir le ressenti des Juifs face à leurs bourreaux: sur l’un d’eux, un homme portant l’étoile jaune marche seul dans une rue au bout de laquelle cinq agents lui barrent le passage.

Une seule photo, censurée

Sur un autre, une famille juive s’échappe par les toits, tandis qu’à l’étage en dessous, on voit les équipes d’arrestation tambouriner à leur porte. Une image qui correspond à la réalité, souligne Laurent Joly: la majorité des victimes n’ont pas attendu sagement chez elles que l’on vienne les arrêter. La plupart du temps -plus de deux fois sur trois-, les policiers ont trouvé portes closes.

Sur un troisième, un autobus plein à craquer et gardé par des policiers transporte hommes, femmes, enfants vers le Vel d’Hiv. La seule photo connue de cette rafle, interdite de publication par la censure allemande, montre justement les autobus et véhicules de police ayant servi à transporter les Juifs. Selon Laurent Joly, les Allemands ont senti que l’opinion française n’adhérait pas à cette opération, «il n’y a pas un mot dans le journal de l’époque». «Peu de gens avaient des appareils photo alors et ils avaient peur», ce qui explique l’absence de clichés, dit-il.

La seule photo conservée de l’opération montre autobus et véhicules de police garés devant le Vel d’Hiv. Cabu en ignorait l’existence en 1967, quand il a illustré la journée du 16 juillet 1942. Mémorial de la Shoah/ Bibliothèque historique de Paris Archives Paris-Soir

» L’exposition Cabu, dessins de la rafle du Vel d’Hiv se tient jusqu’au 7 novembre au Mémorial de la Shoah, à Paris. Entrée gratuite. Le catalogue de l’exposition a été édité par Taillandier, avec un texte de Laurent Joly et une préface de Véronique Cabut. 18 euros.

La France et la déportation des Juifs (vidéo)

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, plus de 75 000 Juifs ont été arrêtés en France pour être déportés dans des camps de concentration et d’extermination. La reconnaissance de la responsabilité de la France dans la déportation des Juifs a longtemps été occultée avant le discours de Jacques Chirac du 16 juillet 1995. Le point en vidéo.

La rafle du Vél’ d’Hiv a eu lieu il y a 80 ans, les 16 et 17 juillet 1942. Pourquoi la commémorer ? Outre le rappel de la responsabilité de l’État français dans la déportation des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale, reconnue depuis le discours du président Jacques Chirac en 1995, la journée du 18 juillet (« Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux « Justes » de France ») permet également d’exprimer un hommage aux Français qui ont protégé les Juifs.

Jforum avec  Par Le Figaro avec AFP et  www.vie-publique.fr

1 COMMENTAIRE

  1. Effectivement, à quoi sert de commémorer ce crime contre l’humanité ?
    A quoi bon ce devoir de mémoire ?
    Pourquoi les larmes sur les photos jaunies de trois de mes grands parents, de mes oncles et tantes, sur les photos des vôtres ?
    Pourquoi ? Si notre devoir de mémoire n’interpelle pas les donneurs d’ordres criminels, et les petites mains qui ont obéi ?
    Gloire et reconnaissance néanmoins à ceux, aux exécutants peu nombreux, mais qui ont agi, en prévenant nos familles de l’imminence du crime !
    Ils sont aujourd’hui les Justes parmi les Justes.
    Mais à quoi tout cela sert-il, si notre devoir de mémoire ne fait pas réfléchir nos donneurs d’ordres, nos fonctionnaires et exécutants d’aujourd’hui…
    A chacun d’entre nous, une mission s’impose, le questionnement de leurs consciences, obéiriez vous toujours aujourd’hui, demain, seriez vous un héros, un juste, ou autre chose d’innommable ..?
    Juste cela, rien que cela…
    Merci.

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