L’Union européenne sanctionne des personnes et des sociétés liées au groupe militaire privé russe Wagner.

Dans un entretien donné à l’AFP, ce 13 décembre, le général Laurent Michon, le commandant de la force Barkhane, a fait le point sur la menace jihadiste au Sahel. Ainsi, et malgré les coups durs qui lui ont été portés au cours de ces derniers mois, avec l’élimination de ses principaux responsables, dont Abou Walid al Sahraoui, son fondateur, l’État islamique au grand Sahara [EIGS] chercherait actuellement à se restructurer.

« Les chefs subalternes sont en train de discuter pour rebâtir une hiérarchie. C’est du temps gagné pour les forces maliennes et nigériennes. On peut espérer qu’il ne se recompose pas aussi facilement que cela même si je suis persuadé qu’il y arrivera. Le risque dans cette phase, c’est encore plus de violence de la part de ces petits chefs », a en effet expliqué le général Michon. Cela étant, il avait peu ou prou livré la même évaluation en septembre dernier, à l’issue d’un entretien avec Roch Marc Christian Kaboré, le président burkinabé. « L’EIGS va être capable, même s’il est très désorganisé, de se reconstituer peu à peu, et n’abandonnera pas sa lutte de prédation, d’exactions et de totalitarisme terroriste et de semer la terreur », avait-il alors affirmé.

Cela étant, la menace la plus dangereuse vient toujours du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans [GSIM], lié à al-Qaïda. Cette organisation est « capable d’imposer une solution acceptable pour les populations dans le centre du Mali. Son enracinement durable, son recrutement endogène dans les zones délaissées est une stratégie qui fonctionne et qui descend vers le sud, dans le nord de la Côte d’Ivoire, le nord du Bénin, le nord du Ghana », a relevé le commandant de Barkhane.

C’est d’ailleurs cette influence grandissante vers les pays du golfe de Guinée qui a conduit à la réorganisation du dispositif militaire français au Sahel, rendue possible par les progrès des forces armées locales, dont certaines unités, notamment maliennes, sont désormais accompagnées au combat par le groupement européen de forces spéciales Takuba.

Seulement, la situation risque de se compliquer si les autorités de transition maliennes [issues d’un coup d’État exécuté en deux temps, ndlr] reportent les élections prévues en février prochain et si, surtout, les contacts qu’elles sont soupçonnées d’avoir établis avec la société militaire privée [SMP] russe Wagner se concrétisent.

« Concernant Wagner, c’est un point d’inquiétude pour nous et nos alliés européens, qui peut avoir des répercussions majeures sur le dispositif militaire. Il y a des choses qui ne pourraient plus être faites si Wagner venait à se déployer. Il ne faut pas tomber dans la situation qu’on a connue en République centrafricaine, où l’EUTM RCA [mission de formation européenne] formait des forces armées qui étaient ensuite employées par Wagner, avec le mode d’action que l’on connaît et son lot d’exactions », a fait valoir le général Michon.

En attendant, le Conseil de l’Union européenne a décidé de sanctionner la SMP Wagner. Du moins indirectement étant donné que, officiellement, celle-ci n’a pas d’existence légale.

Ainsi, ce 13 décembre, les ministres des Affaires étrangères des 27 États membre ont pris des mesures à l’encontre de huit personnes liées à Wagner, dont son fondateur présumé, Dimitri Outkine, un ancien officier du renseignement militaire russe [GRU], et Valery Zakharov, qui est l’actuel conseiller pour la sécurité du président centrafricain.

Selon le Journal Officiel de l’UE, le premier est accusé d’être « responsable de graves atteintes aux droits de l’homme commises par le groupe, dont des actes de torture ainsi que des exécutions et assassinats extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires ». Quant au second, il est tenu pour responsable « de graves atteintes aux droits de l’homme commises par le groupe Wagner en République centrafricaine, dont des exécutions et assassinats extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires ».

Les six autres individus ont été sanctionnés pour leurs actions en Libye, en Syrie et en Ukraine. Il leur est ainsi reproché d’être impliqué dans de « graves violations des droits de l’homme, notamment des actes de torture et des exécutions et meurtres extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, ou dans des activités de déstabilisation dans certains des pays où [ils] opèrent ».

En outre, trois sociétés liées à Wagner, à savoir Evro Polis, Mercury et Velada, toutes impliquées dans l’exploitation d’hydrocarbures en Syrie, ont également été sanctionnées par le Conseil de l »UE.

Le groupe Wagner est accusé par celui-ci d’avoir « recruté, formé et envoyé des agents militaires privés dans des zones de conflit du monde entier afin d’alimenter la violence, de piller les ressources naturelles et d’intimider les civils en violation du droit international, notamment du droit international des droits humains ».

Dénonçant son influence « malveillante ailleurs, notamment dans la région du Sahel », le Conseil de l’UE estime que Wagner « constitue une menace pour les habitants des pays où ils sont présents, la région au sens large et pour l’Union européenne »

« La décision prise aujourd’hui a pour but de mettre un terme aux activités subversives du groupe Wagner. Elle témoigne de la ferme détermination de l’UE à défendre ses intérêts et ses valeurs dans son voisinage et au-delà, et à prendre des mesures concrètes contre ceux qui menacent la paix et la sécurité internationales et violent le droit international », conclut le Conseil de l’UE.

OPEX

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