LES MÉCANISMES DE LA HAINE

Bernard-Henri Lévy est courageux.
Depuis 50 ans, il court le monde, lucide sur le déterminisme des assassins de masse et de l’indifférence polie des démocrates.
Depuis 50 ans, il a pris tous les risques. Il ne s’est presque pas trompé, du Bangladesh, au boat people, aux printemps d’Europe de l’Est, à la protection de la Bosnie, des cris pour la région des grands lacs, des condamnations des criminels de masse russes, chinois, turcs, libyens, syriens, islamistes. ..
Et pour tout cela, il est la cible d’une meute haineuse qui veut sa mort. Lisez ci/dessous son billet du jour publié dans le Point.
Il décrit toute la meute à ses trousses. Et toujours courageux, il la dénonce, l’affronte. Et vous verrez les nouveaux mécanismes des fakenews et du complotisme si peu et si mal condamnés par la justice française.
A lire ci-dessous en intégralité. Passionnant.
Solidaire de BHL toujours.   Francois Heilbronn

DISCOURS DE LA MEUTE

« J’avais déjà eu droit à Erdogan m’imputant la responsabilité du complot qui aboutit au renversement, en 2013, en Égypte, du président Morsi par le maréchal Al-Sissi. À l’un des idéologues de la guerre ukrainienne de Poutine donnant à un magazine français une interview intitulée « Ce n’est pas une guerre contre l’Ukraine mais contre BHL ».
J’ai vu mon nom conspué dans une manifestation de rue parisienne où l’on vociféra que j’étais un « milliardaire talmudiste » qui emmenait « nos armées faire la guerre pour Israël » et devait être « déchu de la nationalité française ».
On a dit que j’étais trop juif, pas assez, agent du Mossad et de la CIA, engageant la responsabilité de mon pays sans en avoir le mandat, traître à la France, coupable de « trois génocides ».
Des « patriotes russes » ont mis ma tête à prix.
Des Gardiens de la révolution iraniens ont, d’après le Wall Street Journal, projeté de me faire assassiner.
Des barbouzes à plume ont, au début des années 2000, écrit des livres salissant la mémoire d’êtres chers et d’autres feraient, aux dernières nouvelles, le tour des éditeurs étran- gers pour vendre un Wikileaks multilingue, mais à électroencéphalogramme plat, consacré à mes forfaits.
Mais je dois dire que, dans cette course au complotisme le plus bête du monde, c’est un média en ligne français, Blast, qui aura remporté la palme.
Il a commencé, en avril 2021, avec une grotesque histoire d’émir ordonnant à sa Banque centrale de me donner 9 millions d’euros en reconnaissance de mon implication dans la révolution libyenne.
Le clou de cette « enquête » fut la consultation d’une « consœur » qui « parle et lit couramment l’arabe » et qui, après investigation, conclut que les « documents » produits « ressemblent beaucoup à des documents officiels » et que « les chiffres » y sont « correctement écrits en arabe ».
Hésitant entre l’hilarité (d’agent du sionisme, je deviens suppôt de l’islamisme), la stupeur devant la cocasserie de la situation (un islamiste commandant une révolution à un intellectuel juif comme on commande des sushis sur Deliveroo) et la nausée (« le faux Henry de 1896 est un vrai ! les chiffres sont correctement écrits en allemand ! »), j’ai, une fois n’est pas coutume, décidé de porter plainte.
Ces Rouletabille, dont le grand fait d’armes est d’avoir été manipulés, lors de l’affaire Clearstream, par un espion graphomane et un mathématicien désœuvré, récidivent d’ailleurs, peu après, en publiant un nouveau faux qui ne provoque qu’un haussement d’épaules amusé chez les spécialistes du Proche-Orient : j’y apparais tel un diable offrant à un autre émir un plan de soulèvement censé, en provoquant une hécatombe de femmes et enfants syriens, précipiter la chute du régime de Bachar el-Asad.
Bref, je charge mon avocat, Me Alain Jakubowicz, de poursuivre.
La cour constate, en deuxième instance, dans son arrêt du 29 juin, l’« atteinte à l’honneur ou à la considération », c’est-à-dire, en droit, la diffamation.
Mais comme la justice française a besoin, pour conclure, de constater aussi la mauvaise foi du diffamateur et excuse ainsi le désinvolte, le manipulé, l’incompétent ou, simplement, le nul qui a publié « de bonne foi » sa faribole, le média en ligne est épargné.
Et voilà tout ce que la fachosphère compte de grandes et petites gueules qui s’emballe et, ne s’embarrassant plus d’aucune précaution, affirme ce que le média source entourait d’un luxe prudent de conditionnels (« peut-être »… « éventuellement »… « si tout cela est vrai »…).
« Soral avait raison », tweete l’un.
« Devrait être pendu haut et court », gronde l’autre.
« Devrait disparaître, mais pas que des antennes », me-nace le troisième.
« BHL en prison », hashtague le quatrième.
Le tout agrémenté de considérations où je suis présenté, caricatures à l’appui, comme un « déchet de la société », un « sataniste » aux mains ruisselant de sang, un « Rothschild » par alliance, un « usurier par ADN », j’en passe et des pires, ce déferlement est documenté, constaté, on ne sait jamais.
Inutile de préciser que tout est, dans cette affaire, sans queue ni tête.
Et les lecteurs du Bloc-notes savent que je n’ai, depuis trente ans, guère ménagé cette base arrière de l’islamisme qu’est le Qatar.
Mais c’est un cas d’école pour le fonctionnement d’une twittosphère où Tariq Ramadan s’accorde avec les fans de Dieudonné, l’ancien candidat complotiste à la présidence de la République Asselineau avec les plus excités des Insoumis et ce qui reste de Russia Today.
Et je profite de cette fable, somme toute assez lamen- table, pour mettre une nouvelle fois en garde contre les cor- beaux qui croient qu’il suffit de croasser pour être fidèle à Albert Londres ; contre la marée montante de vociférations, d’ordures, dont la Toile est le déversoir ; et contre notre ac- coutumance aux hallalis par gazouillis électroniques dont chacun peut être, un jour ou l’autre, la cible.
C’est dit.
Et je rassure mes lecteurs qui préfèrent me lire sur l’Ukraine, le règne des talibans ou un beau livre de philosophie : la prochaine fois où un corniaud ayant ligne ouverte sur les réseaux s’affirmera convaincu de mon rôle coupable dans l’apparition d’une pandémie, la mort de la princesse Diana ou la constitution, dans le ciel, d’un nuage en forme de traînée de soucoupe volante, je m’efforcerai de laisser passer. »

 

Le bloc-notes de Bernard-Henri Lévy
Discours de la meute
Le Point 2604

1 COMMENTAIRE

  1. On peut aimer BHL ou aimer le néant ; ce n’est pas mon cas.
    C’est le libre choix de chacun, et il n’est pas interdit d’être fan de baudruches inconsistantes qui passent leur vie sur les plateaux télé à parler d’eux mêmes. Heureusement, la vie nous donne à admirer de vrais belles choses et nous propose de vrais combats à mener.

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