Lekh Lekha: Les épreuves d’Avraham (Rav Y. Jessurun)

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RAV YITSHAK JESSURUN PARACHAT LEKH LEKHA LES EPREUVES D’AVRAHAM

Avraham arrive en terre d’Israël, il y construit un mizbea’h, un autel, et invoque le nom d’Hachem (12/8).

A cause de la famine, il doit partir en Egypte (12/9) où a lieu l’épreuve de sa femme Sarah qui est prise par Par’o. Il retourne en terre d’Israël à l’endroit du mizbea’h et invoque le nom d’Hachem.

 

Rachi propose deux commentaires : 1) toute la phrase est la précision de lieu, il retourne à l’autel où il avait invoqué le nom d’Hachem (13/8). 2)  Il invoque maintenant en ce même lieu à nouveau le nom d’Hachem.

La question est donc à savoir quel est le doute de Rachi qui l’amène à présenter deux explications.

Plus tard Avraham est confronté à l’épreuve douloureuse de Sarah (12/11), qui est arrachée à son marié, de surcroît cette épreuve se répète chez Abimelekh (20/1-2), mais, contrairement à la première fois, cette fois-ci D. ordonne à Avraham de prier pour la guérison du roi (20/7 et 20/17).

Pour les deux fois que les rois « se prennent » la femme d’Avraham, D. intervient auprès d’eux, de manière que l’histoire prend une ampleur impérieuse : la première fois Hachem frappe aussi bien Par’o que tout son entourage de lèpre de manière à le faire comprendre que des rapports avec cette femme sont interdits et impossibles et la deuxième fois Hachem avertit Par’o – Avimelekh – qu’il mourra à cause de la femme qu’il a prise, puisqu’elle est déjà mariée ! Alors quelle est d’abord la nécessité pour l’épreuve initiale et ensuite pourquoi encore la répétition ?

En effet, nous savons que toute la vie d’Avraham est marquée par des épreuves. Nous savons aussi qu’une épreuve doit nécessairement conduire quelque part, elle doit permettre un changement dans la vie, un progrès.

L’épreuve antérieure, consistante à quitter ‘Haran, était déjà énorme, mais une fois arrivée en terre d’Israël, Avraham en ressent pleinement le sens, c’est qu’il se sait maintenant capable de faire des choses qu’auparavant à ‘Haran il n’était pas encore en mesure d’affronter, alors il comprend que c’est pour cela que la séparation s’imposait.

En revanche, ici, à première vue, l’épreuve de Sarah n’a aucun sens, la doléance semble une souffrance, sans sens. Pourquoi alors cela doit arriver à sa femme, et pourquoi à lui ?

Et après avoir surmonté cette épreuve, qu’avait-il acquis dans sa spiritualité de plus qu’avant ; Avraham a l’impression que strictement rien n’a changé dans sa vie, alors l’épreuve aurait été en vain ?

Il retourne alors « frustré » au même endroit où il avait prié la première fois, sans ajout véritable dans sa vie et c’est ce que semble vouloir dire Rachi dans son premier commentaire ; il a fallu retourner par la « mission » n’était pas achevée, il retourne pour trouver ce qu’il manque. Par contre, dans son deuxième commentaire, Rachi propose que, tout de même, sa vie a connu un véritable enrichissement, ce qui donne alors raison à une nouvelle tefila et une nouvelle intimité avec Hachem. A nous donc de comprendre quelle est cette nouvelle chose.

Serait-ce l’épreuve du fils Yichmaël qui n’évolue pas comme il devrait. Ensuite, Sarah se montre en colère contre Avraham, (16/5). Elle l’accuse d’être responsable de la situation de son couple ! Lorsque tu as prié pour un enfant, tu n’as prié que pour toi-même, si tu avais aussi prié pour moi on aurait eu un enfant ensemble et l’on n’en serait pas là ! ( C’est à cela que fait allusion Rachi, dans sa première explication).

Alors Avraham ne répond pas ! Est-ce vraiment concevable qu’égoïstement Avraham n’ait prié que pour lui-même laissant Sarah de côté ? Cela ne semble guère pensable.

Selon nos maîtres, lorsque quelqu’un implore en faveur de son prochain pour un bienfait dont il a lui-même besoin, D. accorde d’abord cette chose à celui qui a prié. (Enseignement de Raba – Bava Kama, 92a) Il s’agit du principe de mida keneged mida – que D. se conduit avec nous à l’instar de notre propre conduite.

A priori, la souffrance de l’autre c’est le problème de l’autre et non pas la mienne. Chacun a des problèmes et on n’est pas forcément disponible pour l’autre. Refkétant cette attitude, D. non plus n’est pas disponible pour des demandes que l’on ne mérite pas. Par contre, celui qui se sensibilise pour l’autre et qui prie pour l’autre (tout ce qu’il peut faire) force D. à adopter cette même attitude. Et alors D. est « obligé » de se sentir concerné par mon problème même si dans l’absolu je ne suis pas méritant.

Si D. a répondu à Avraham en lui donnant un fils c’est qu’il a certainement prié pour Sarah et étant lui-même dans le même besoin D. lui a accordé un enfant. Quel est alors l’argument de Sarah lorsqu’elle fait des reproches à son mari ?

Rappelons-nous qu’Avraham est l’initiateur du monothéisme et Sarah l’a suivi inconditionnellement dans cette voie. Mais quelle part lui revient désormais à elle ? Quel est son besoin véritable de cette spiritualité ? Elle a peut-être agi uniquement pour l’harmonie du foyer, mais elle ne ressent pas forcément le même besoin spirituel que lui.

Dans l’absolu, on peut vivre en harmonie avec autrui, mais restant complètement en parallèle, évoluant dans des mondes totalement différents ; des proches, mais des étrangers tout de même !

Et Avraham reste en doute de la place qu’occupe sa femme dans sa vie (le doute de Rachi s’il a déjà compris suffisamment pour une prière toute nouvelle et pour avoir la conscience d’un ajout).

Le midrach explique donc le sens de l’épreuve de Sarah. Celle-ci se plaint devant D. :

Avraham par la promesse, moi par la émouna, la foi en D., pourquoi moi je reste dans la misère ?

D. répond (citation du verset) pour que tout le monde dise :

Vous voyez les miracles que D. a faits pour Sarah !
(Beréchit Raba, 41/2)

C’est donc que D. veut que tout le monde, c’est-à-dire y compris – et avant tout – le mari Avraham lui-même prenne conscience qu’Hachem intervient dans l’histoire rien que pour et par le mérite de la matriarche Sarah, qu’il est prêt de tuer le souverain égyptien ou de le frapper avec tout son entourage de lèpre juste pour le bien de cette Sarah !

Et alors suit une deuxième épreuve de Sarah. Apparament, puisqu’il le faut, puisqu’il y en a la nécessité, D. est prêt à répéter ce scénario impressionnant rien qu’en honneur de Sarah ! Une fois n’a pas encore suffi pour rendre Avraham pleinement conscient que seule Sarah, si proche de D. et si chère à D. peut lui donner un enfant successeur véritable et que pour cela D. est prêt à rendre le monde entier lépreux pour elle !

Après la deuxième épreuve de Sarah, D. lui ordonne de prier pour Abimelekh. Mais, peut-on prier pour son ennemi, pour un être immoral ? Même si le mal qu’il a intenté n’a pas réussi ?

Et cela nous rappelle l’histoire de l’hôpital Laniado dans la ville de Natania, construit par le rebbe de Klausenburg s’engageant entre la vie et la mort dans un camp d’extermination en Allemagne. Il y fait un vœu que si Hachem le fait sortir de là, il fasse un hôpital où l’on soignera Juifs et non-juifs. Mais, ayant subi toutes les souffrances inhumaines des Allemands, comment est-ce possible ?

Dans Chir Hachirim Raba, 1/13 (Cantique des Cantiques), on compare les ancêtres à tseror hamor, une concentration de myrte, plante qui dégage sa fine odeur uniquement par le feu, alors au midrach de nous expliquer que tout comme le feu fait sortir le parfum du tseror, la fournaise a fait sortir le parfum d’Avraham…

C’est donc que le cruel roi Nimrod qui avait jeté Avraham dans la fournaise pour le sanctionner de ne pas avoir voulu se prosterner devant les idoles n’est plus dans le tableau ; il n’est qu’un accessoire dans l’histoire, car, dans l’absolu, la fournaise est indispensable pour Avraham.

La fournaise a fait répandre la renommée du patriarche dans le monde ; c’est ce qui l’a rendu grand, alors Avraham n’éprouvait aucun besoin ou possibilité de rancœur envers ce roi vicieux Nimrod.

Pareillement, Avraham peut maintenant prier même pour Abimelekh, pour un ennemi, de moralité abjecte ben qu’il ait tenté de le dérober de son épouse, car Avimelekh dans l’histoire du Peple Juif n’est pas beaucoup plus qu’un pantin dans les mains de D. dont l’intérêt véritable était uniquement qu’il permit à Avraham de comprendre jusqu’où Sarah est véritablement sa femme, qu’elle est matriarche de façon complètement autonome, à titre égal à lui-même, et c’est seulement la pleine conscience de la sainteté de Sarah qui va donner un sens et qui va rendre possible la naissance du fils Yitshak.

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