L’ÉCONOMIE MONDIALE À L’ÉCOUTE DE LA CHINE

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Dans ma dernière chronique sur « le grand chambardement économique », j’ai rapporté les dernières prévisions économiques de l’OCDE. L’institution sise au château de la Muette a revu à la baisse les perspectives de croissance ; elle passerait pour la zone de l’organisation de 2,7 en 2022 à 1,6 % en 2023, et pour le Monde de 3 à 2,8 %.
Dans ce contexte de ralentissement économique, les opérateurs économiques ont les yeux rivés sur l’économie chinoise. Le PIB de l’Empire du Milieu se distinguerait en augmentant de 4,6 en 2022 et de 4,9 % en 2023. Cette performance appelle certains commentaires :
  • Nonobstant une gestion très stricte de « zéro COVID », l’économie chinoise a mieux résisté aux conséquences de la pandémie. La croissance a été en 2020 de 2,3 %, positive même si c’est en retrait des 5,8 % initialement attendus ; elle s’est située à 8 % en 2021. Malgré son rôle dans le déclenchement et la propagation de la pandémie, la Chine s’en sort mieux que ses concurrents.
  • Pour l’économiste de l’OCDE, Mme. Laurence BOONE, « la Chine est passée du rôle de moteur de l’économie mondiale à celui de moteur de la volatilité mondiale. » C’est un signe supplémentaire de la dépendance du Monde vis-à-vis de la Chine.
  • Pékin ferme la parenthèse de la politique de « zéro COVID ». Néanmoins, quel que soit l’importance de ce niveau, il n’est pas suffisant pour satisfaire les besoins de la population chinoise et éviter un « chômage de masse ». Cela a conduit le Premier ministre Li KEQIANG n’a pas hésité à qualifier la situation de l’emploi « complexe et grave ». Au-delà d’un taux de chômage de 6 %, plus préoccupant est celui des 16-24 ans qui concerne 18,4 %. N’oublions pas que la croissance chinoise ne doit pas aller en deçà des 5 % sous peine de créer de fortes tensions sociales.
  • La Chine semble avoir dépassé l’effervescence des marchés boursiers chinois ainsi que la suspicion sur le secteur immobilier. La crise immobilière, et notamment les difficultés du promoteur immobilier de Shenzhen, Evergrande, paraissent appartenir au passé.
  • Ce lent redémarrage de l’économie chinoise va accroître la pression sur les matières premières. Tant comme consommateur que comme producteur, le secteur productif chinois a un rôle essentiel pour de nombreux produits, aluminium, cuivre, étain, pétrole, zinc…
  • La Chine continue de creuser l’écart avec l’Occident. En effet, la situation économique de la zone euro et des États-Unis ne s’améliorerait pas ; le taux de croissance chuterait respectivement de 2,6 à 1,6 % pour le Vieux Continent, et de 2,5 à 1,2 % pour le Nouveau.
Au-delà de ces considérations conjoncturelles, l’invasion russe de l’Ukraine a entrainé une mobilisation de l’Occident face aux dictatures, aux totalitarismes. Ce nouveau contexte a donné une actualité aux tentatives américaines de contenir l’impérialisme chinois. Depuis 40 ans, la Chine n’a cessé d’affirmer et d’accroître sa puissance. Pourtant, malgré la peur suscitée par la Chine, n’ont pas été contestés les méthodes chinoises et notamment les trois dumpings :
  • Social. Plus que la faiblesse du coût salarial, c’est le non-respect des règles du Bureau international du travail (BIT) qui est problématique.
  • Environnemental. Nonobstant la signature des Accords de Paris en 2016, le modèle économique de la Chine interpelle.
  • Et surtout monétaire. Depuis plus de deux siècles et Adam SMITH, le père de l’économie politique, tous s’accordent à considérer que l’échange international est profitable à tous sous réserve que certaines règles soient respectées dont le retour à l’équilibre par la modification des taux de change.
Un pays en déficit structurel doit déprécier sa monnaie pour que la modification des prix relatifs lui permette de retrouver de la compétitivité. En sens inverse, un pays en excédent structurel doit apprécier sa monnaie pour écorner sa compétitivité et permettre le retour à l’équilibre. Á défaut l’échange n’est pas équitable.
Alors que l’Empire du Milieu ne cesse d’accumuler des excédents commerciaux et que ses partenaires cultivent les déficits, les autorités de Pékin continuent de manipuler leur monnaie en la dépréciant, au lieu de la réévaluer. En sous-estimant volontairement le yuan, malgré l’accumulation de 3 000 Md$ de réserves de change, elles peuvent continuer à inonder le Monde avec leurs produits.
Alors qu’en 1993, 1 dollar valait 8,77 yuans, il s’échange aujourd’hui à environ 6,70 yuans. Nombreux sont les observateurs qui considèrent que le point d’équilibre du dollar se situe entre 3,5 et 5 yuans.
Pour contester la prééminence du dollar, la Chine prévoit de libeller certains contrats dans sa monnaie. L’absence de convertibilité illimitée du yuan rend une telle perspective aléatoire. Néanmoins, elle dénote une volonté d’écorner l’hégémonie monétaire américaine.
Dans sa volonté de tout contrôler, XI JINPING a fait interdire les transactions en bitcoins y compris celles réalisées par des entreprises chinoises. La dictature chinoise ne peut accepter une monnaie sans contrôle ; par ailleurs, elle veut assurer le succès de sa propre monnaie numérique.
La Chine profite des blocages de fonctionnement de l’OMC pour surseoir la mise en place d’une véritable économie de marché et renforcer son statut d’« usine du monde » en continuant à subventionner secteurs et produits.
Parallèlement, malgré leur admission aux institutions de Bretton Woods, Banque mondiale et Fonds monétaire international, les Chinois ne s’inscrivent dans aucune démarche de gouvernance internationale :
  • Ils n’ont pas hésité à créer la Banque asiatique d’investissements concurrente directe de la Banque mondiale et de la banque asiatique de développement.
  • Ils ne respectent pas les décisions onusiennes de sanctions à l’égard de la Corée du Nord, de l’Iran ou de la Russie. Parallèlement, ils soutiennent la dictature de MADURO qui ne cesse d’enfoncer la Venezuela dans une crise humanitaire sans précédent.
  • La Chine fait aussi cavalier seul sur le sujet de la dette africaine ; elle a déjà annulé certaines dettes, mais elle l’a fait de manière bilatérale, en dehors des règles collectives du Club de Paris. La procédure multilatérale est essentielle pour empêcher qu’un créancier obtienne des contreparties dolosives.
À défaut de corriger tous les déséquilibres qu’elle occasionne, la Chine ne peut continuer à se développer et à s’affirmer au détriment de tous les autres pays de la planète. En ne respectant pas les règles de l’échange international, elle remet en cause la mondialisation et justifie toutes les oppositions au libre-échange.
Mais, Pékin ne se limite pas à utiliser le commerce international à son seul avantage, ni à saper la gouvernance internationale, il avance ses pions sur tout l’échiquier mondial :
  • Ses visions hégémoniques en mer de Chine qui compliquent les relations avec de nombreux pays asiatiques comme la Corée du Sud, le Japon, les Philippines, ou le Vietnam, sans oublier Taïwan.
Plus généralement, la Chine affirme sa puissance militaire pour reprendre de nombreux ilots en Mer de Chine. L’Empire du milieu inquiète tous ses voisins. Le développement de la marine chinoise est une des manifestations des ambitions de Pékin.
  • Ses prétentions sur de nombreux pays par l’intermédiaire des « routes de la soie »
  • Ses pratiques commerciales jugées déloyales, les déboires de Google, les ambitions de Huaweiconsidéré par Washington comme une organisation d’espionnage au service de Pékin…
Le dernier sommet de l’OTAN à Madrid constitue probablement un tournant et le signe d’un réveil de l’Occident. Alors qu’elle était « en état de mort cérébrale », elle apparaît aujourd’hui comme le seul bouclier face aux visées agressives de Vladimir POUTINE. Cela a conduit deux pays, la Finlande, la Suède, à renoncer à leur neutralité et à demander leur entrée dans l’Organisation. La mobilisation de l’organisation face à la Russie ne fait pas oublier la menace chinoise en mer de Chine et surtout vis-à-vis de Taïwan. Le monde a changé depuis le 24 février puisque le Président américain Joe BIDEN n’a pas hésité à déclarer que l’armée américaine interviendrait en cas d’attaque de Taïwan. En espérant qu’on n’arrive pas à une telle extrémité, le moment est venu d’essayer de faire respecte par la Chine les règles de l’échange international.
Dov ZERAH
N° 282: l’économie mondiale à l’écoute de la Chine

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