Le PS devrait présenter des excuses plutôt que des candidats

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Maurice-Ruben HAYOUN
Le philosophe qui n’a pas fait de la philosophie politique sa spécialité ne devrait pas se voir interdire de porter un jugement, parfois sévère, sur les événements qui émaillent son quotidien. Quels que soient son statut et son niveau de pénétration du réel, il est comme tout le monde, et subit à part égale les effets, bénéfiques ou délétères de la politique suivie par ceux qui gouvernent la cité.
Il peut donc soit se taire, considérant que les sociétés humaines se caractérisent surtout par leurs multiples imperfections, ou saisir la plume pour instiller à doses homéopathiques ses sombres pensées.

Hier soir, après 21 heures, le Parti Socialiste a franchi toutes les limites le séparant de la décomposition, voire de la mort pure et simple. Et l’on se demande même si la méchante remarque de Jean-Luc Mélenchon n’est pas appropriée en dépit de sa virulence :

“Le parti socialiste ne devrait pas présenter des candidats, mais des excuses… “

Et en effet, la manière dont ce parti gère son inexorable descente aux enfers passe tout ce qu’on pouvait imaginer.

Inacceptable est l’incertitude – pour ne pas dire le mensonge – qu’on a laissée planer (volontairement ?) sur le taux de participation à cette primaire… Tous les instituts de sondages, tous les commentateurs politiques de ce pays, le savaient et le prévoyaient : ce serait la déconfiture, le désaveu, pire l’humiliation publique du parti de Jaurès !

Devons-nous insister sur l’humiliation de celui qui est placé en seconde position, loin derrière le vainqueur, alors qu’il y a tout juste quelques semaines il dirigeait tout le pays en qualité de Premier Ministre ? Et le voici devancé par l’un de ses anciens ministres qu’il avait contribué à chasser du gouvernement…

Et ce n’est pas fini : alors qu’il avait promis de soutenir, comme tous les autres candidats, le vainqueur de la primaire, le voilà qui dénonce, furieusement, toutes les propositions de son rival plus heureux.

Comment, dès lors, envisager un soutien à Benoît Hamon dimanche soir 29 janvier, lorsqu’il sera proclamé candidat du PS ?  Décidément, comme le disait Socrate, nul ne peut échapper à son daïmon, son être, sa nature profonde !

L’ancien Premier Ministre n’est pas étranger à la renonciation du président François Hollande, lequel paie à son tour son incapacité à décider et sa confusion constantes entre la tactique et la stratégie.

Une approche, non plus politique mais éthique, conduit à dire qu’il existe une sorte de justice immanente, un ordre éthique universel qui fait payer à chacun d’entre nous ce qu’il fait : on est d’abord jugé par ses actes.

Or, l’ancien Premier Ministre n’est pas étranger à la renonciation du président François Hollande, lequel paie à son tour son incapacité à décider et sa confusion constantes entre la tactique et la stratégie. Quand on devient président de la République Française, on voit les choses en grand. L’homme n’est pas antipathique, loin de là, et je dirais même que la grâce immédiate accordée à une femme auteur du meurtre d’un mari violent a illuminé la fin de son quinquennat. Mais voilà, ce n’est pas suffisant. On attend plus en France d’un chef de l’Etat.

Procrastination désigne une tendance pathologique consistant à toujours remettre à plus tard ce qu’on devrait réaliser de suite ou très vite. Or, si vous analysez bien les questions posées aux Français et les réponses fournies, vous verrez que ce fut le péché capital de ce quinquennat.

Et je passe charitablement sur deux actions aberrantes (révérence gardée) : la sortie au théâtre la semaine dernière et le séjour au Chili (dans le désert !!) hier… Les méchants dont je ne suis pas se demandent ce qu’il va bien pouvoir trouver le 29 janvier…

Le salut du PS est dans une refondation totale, de la cave au grenier, comme on dit en allemand. Le programme de Benoît Hamon est plus celui d’un futur candidat à la tête de rue de Solférino qu’à l’Elysée.

Aucun sondage, je dis bien aucun sondage, n’a placé le candidat du PS au second tour ; même Manuel Valls, s’il échappait miraculeusement à la défaite dimanche soir prochain, ne dépasse pas les 8-9%.

Ce n’est pas un politologue mais un métaphysicien qu’il nous faudrait pour comprendre (je ne dis pas expliquer, c’est impossible) cette suite ininterrompue d’échecs et de mauvaises mesures.

Oui, comment concevoir par le logos – l’approche rationnelle des choses et des hommes – ce qui s’est passé ?

Attendons les Mémoires de François Hollande qui ne devraient pas manquer d’être éclairantes sur tous ces points.

Maurice-Ruben HAYOUN in Tribune de Genève du 23 janvier 2017

Le professeur Maurice-Ruben Hayoun, né en 1951 à Agadir, est un philosophe (spécialisé dans la philosophie juive), exégète et historien français.

 

 

3 COMMENTS

  1. Le Ps devrait présenter plutôt des excuses que des candidats et je suis tout à fait d’accords avec ce titre, parce regarder l’affaire Fillon comme il l’appel Donc : hier sa femme, aujourd’hui sa secrétaire, alors demain ce sera qui ??? SON CHIEN, OU SON POISSON ROUGE ?????

  2. Ne tirez pas sur l’ambulance ! Bien qu’Hollande ait cru comme quelques autres de son espèce, que s’il se montre antisémite en attaquant Israël, il pourra se sauver du désastre, mais même son racisme, antisémitisme, fascisme lui ont été vaines. l’auteur de l’article parle déjà de ses mémoires ! Mais qui en a besoin ? – car son quinquennat et son action politique en général ont été d’une nullité écrasante.

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