Le Golfe, entre normalisation avec Israël et caprices palestiniens

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Le Golfe dissocie normalisation avec Israël et « caprices palestiniens »

Le 25 juin 2019, Jared Kushner a présenté à Bareïn le volet économique du « deal du siècle » de Donal Trump, (intitulé « de la paix à la prospérité »), visant à régler (ce qui est couramment appelé) le conflit israélo palestinien. En s’adressant aux palestiniens, il a entendu les rassurer : « L’Amérique ne vous a pas abandonnés ». La politique des grands travaux et le développement du tourisme devrait, selon lui, créer un millions d’emplois au sein de la société palestinienne.
Si le développement économique reste un préalable qui débouchera sur un règlement politique du différend : « accepter une voie de développement économique est une condition préalable afin de parvenir à régler ce problème politique auparavant insoluble », il n’en demeura pas moins qu’une solution équitable doit impérativement être trouvée : « La croissance économique et la prospérité pour le peuple palestinien ne pourront être atteintes sans une solution politique juste et durable, qui garantisse la sécurité d’Israël et respecte dignité du peuple palestinien».
En tout état de cause, le plan devrait s’accompagner d’une normalisation des relations entre Israël et les pays arabes du Golfe qui la dissocient, désormais, d’un règlement du conflit entre Israël et les palestiniens.
Lorsque le chef de la diplomatie au Bareïn, Cheikh Khaled ben Ahmed Al-Khalifa, a été interviewé par la chaîne de télévision israélienne « Channel 13 », il a introduit son propos en reconnaissant la place et le rôle d’Israël dans la région : « C’est ma première interview avec un média israélien et j’espère pouvoir faire passer le message ». Il a alors poursuivi en reconnaissant : « Israël fait partie de l’héritage de cette région. Historiquement, le peuple juif a une place parmi nous et c’est la raison pour laquelle, je veux dire aux Israéliens : nous devrions parler».
Il est vrai qu’Israël et le Bareïn entretiennent des relations, informelles, de plus en plus régulières, prélude à cette normalisation. En juin 2018, un officiel bahreïni avait déclaré à un quotidien israélien que « Bahreïn ne considère pas Israël comme un ennemi », et que « son pays deviendrait certainement le premier État du Golfe à établir des liens diplomatiques officiels avec l’État hébreu ».
Pour sa part, le Sultanat d’Oman envisage, également, une normalisation de ses relations avec l’Etat juif : en avril 2019, le chef de la diplomatie omanaise, Youssef ben Alaoui ben Abdallah, a invité les pays arabes à prendre des « initiatives » afin « d’apaiser les craintes » d’Israëlconcernant son avenir au Moyen-Orient. Rappelons qu’en octobre 2018, le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, s’était rendu à Mascate (la capitale) pour y rencontrer le sultan Qabous

 

Extrait l’Orient-le-Jour :

Le chef de la diplomatie omanaise, Youssef ben Alaoui ben Abdallah, lors du Forum économique mondial sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord, en Jordanie, le 6 avril 2019. AFP / Khalil MAZRAAWI Le chef de la diplomatie omanaise, Youssef ben Alaoui ben Abdallah, lors du Forum économique mondial sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, en Jordanie, le 6 avril 2019. AFP / Khalil MAZRAAWI

NORMALISATION“Le problème n’est pas que les Arabes doivent donner des garanties (…), c’est qu’Israël doit faire ce qu’il faut pour la paix”, a affirmé le chef de la diplomatie jordanienne.

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Cette dynamique de la normalisation est également palpable (depuis de nombreux mois), avec d’autres pays arabes de la région. Des officiels israéliens multiplient les déplacements dans la région comme en octobre 2018, lorsque la ministre israélienne de la Culture et des Sport, Miri Regev, s’est rendue à Abou Dhabi, pour les championnats de judo. Elle s’est montré dans une vidéo à la mosquée Cheikh Zayed, rappelant qu’il s’agissait de « première visite d’un ministre israélien » dans ces lieux. De même, le Ministre des Communications israélien Ayoub Kara, a assisté, à Dubaï à une conférence internationale sur la cybersécurité.
Certes, les pays arabes et Israël ont un ennemi commun, l’Iran, ce qui motive, naturellement, les perspectives d’un rapprochement. Sur ce point, le chef de la diplomatie bahreïnie s’est, officiellement, dit proche des positions israéliennes, en accusant la République islamique (d’obédience chiite et rivale historique), d’être « la principale menace pour la stabilité et la sécurité de la région ».
Si, les pays arabes du Golfe ont toujours, historiquement, conditionné la normalisation de leurs relations diplomatiques avec Israël au règlement de ce qui est classiquement appelé « la question palestinienne », ils devraient donc, prochainement, cesser de lier ces deux évènements.
Pour leur part, les responsables palestiniens (qui ne s’intéressent pas vraiment au sort de la population palestinienne) n’en veulent pas. Aussi, ont-ils boycotté l’évènement. Ils reprochent au projet du Président américain de n’avoir pas évoqué « l’occupation de la Palestine » et « la colonisation » israélienne, bien qu’il n’y ait, en droit international, aucune entité étatique souveraine et autonome qui se nomme « Palestine », ni même de région qui porte ce nom. (tout au moins sur les cartes occidentales). La Palestine n’est donc ni occupée, ni colonisée, ce qui interdit les palestiniens de réclamer «la fin de l’occupation afin de constituer un État indépendant ».
Pire, comme les responsables palestiniens sont persuadés que le Président Trump veut brader la cause palestinienne, ils préfèrent s’attacher au principe de la Charte du Hamas selon lequel « personne n’est en droit d’abandonner le moindre grain de poussière de la Palestine ». Ils refusent donc de négocier le terre de Palestine.
D’ailleurs, des palestiniens ont même comparé le « Deal » de Trump à l’accord « Sykes Picot » de 1916, lorsque les arabes de Palestine ont été abusés par les anglais qui leur avait demandé de l’aide pour chasser les ottomans (qui contrôlaient la Palestine depuis 400 ans), et promis, en échange, la création d’un Etat arabe sur le pourtour méditerranéen. Anglais et Français étaient, en fait, engagés dans un plan de partage du Moyen Orient. Les palestiniens considèrent donc : « Depuis l’accord Sykes-Picot jusqu’à ce jour, nous, Palestiniens, avons été soumis à des politiques politiciennes similaires ». Les palestiniens restent donc déterminés « notre ténacité à rester sur notre terre et notre existence continue déjoueront toutes les conspirations qui ont été tramées contre nous et contre notre cause» (sans qu’on sache laquelle).
En fait non seulement les palestiniens ont toujours été à contre sens de l’histoire, du bons sens, de la mesure, de la fraternité, de la paix entre les peuples mais en outre, ils persistent en menaçant de poursuivre les conférenciers présent à Manama. L’Association du Barreau palestinien a annoncé son intention de poursuivre les participants à la conférence de Bareïn « pour atteinte à la sûreté de l’Etat », ce qui est parfaitement absurde puisqu’ils déplorent, dans un temps, l’absence d’Etat palestiniens, tout en condamnent, dans l’autre, les atteintes à sa sûreté…
Bien évidemment, Israël a critiqué les dirigeants palestiniens. Benjamin Netanyahu  a dit ne pas comprendre pourquoi les Palestiniens ont rejeté le plan avant même de savoir ce qu’il contenait. De même, Danny Danon, ambassadeur israélien à l’ONU a publié une tribune lundi dans le New York Times, dans laquelle il appelle les Palestiniens à se faire une raison : « Capituler c’est reconnaître que, dans une lutte, continuer se révélera plus coûteux que se rendre ». Le diplomate israélien a de même dénoncé la « position absurde » de Saëb Erekat, le secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP).
Pour l’heure, il convient donc de se féliciter des déclarations officielles du Bareïen qui confirme la voie d’une normalisation des relations diplomatiques généralisées, entre Israël et ceux qui pensaient que l’Etat juif était leur ennemi juré, jusqu’à la fin des temps. Après la neutralisation de l’Iran, juifs et musulmans seront en paix à jamais.

 

Par Maître Bertrand Ramas-Muhlbach

3 COMMENTS

  1. @ Cheikh Khaled ben Ahmed Al-Khalifa :
    « Israël fait partie de l’héritage de cette région. Historiquement, le peuple juif a une place parmi nous et c’est la raison pour laquelle, je veux dire aux Israéliens : nous devrions parler».

    Les arabes commencent ils à retrouver la mémoire ?

    C’est exactement ce que les israéliens se tuent à leur faire comprendre depuis des lustres .

    Malheureusement d’autres en plus , sont sourds et muets .

    Il y a encore beaucoup de boulot au point qu’ils n’ont même pas remarquer qu’ils sont allés sur la Lune et ferment les yeux quand ils sont soignés dans des hôpitaux israéliens .

    il était temps que nous ayons enfin un toit surtout quand on nous annonce une mauvaise météo .

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