Le discours d’annexion de Netanyahu renverse la table

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LE DISCOURS D’ANNEXION DE NETANYAHU RENVERSE LES DÉCENNIES DE POLITIQUE DIPLOMATIQUE

Dans les derniers jours des élections, cependant, alors que Netanyahu s’efforce de recueillir les votes pour le Likoud auprès des plus petits partis de droite, il a finalement proposé un programme favorable à l’annexion des implantations de Judée-Samarie.

LA communauté juive de Mitspe Kramim à l'est de la ville de Ramallah en Cisjordanie en 2015

La communauté juive de Mitspé Kramim à l’est de la ville de Ramallah en Cisjordanie en 2015. (crédit photo: REUTERS)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a brisé un tabou diplomatique samedi soir en promettant d’annexer des portions du territoire de Judée-Samarie dans la zone C, dans laquelle se trouvent toutes les implantations de peuplement israéliennes.

«Je vais appliquer la souveraineté», a déclaré Netanyahu . C’est la première fois depuis son entrée en fonction en 2009 qu’il utilise le mot «souveraineté» lorsqu’il parle de Judée-Samarie.

Netanyahu l’a fait lors d’une interview avec Rina Matzliach sur Channel 12, trois jours seulement avant les élections du 9 avril. Matzliach l’a poussé à se prononcer sur la question, en demandant pourquoi, en tant que chef d’un gouvernement de droite, il n’avait pas annexé les implantations de peuplement au cours de ses quatre dernières années au pouvoir. 

«Qu’avez-vous réellement accompli? Pourquoi n’avez-vous pas annexé le Gush Etzion [bloc]? Pourquoi n’avez-vous pas appliqué la souveraineté sur Ma’aleh Adumim? 

Netanyahu a répondu : «Qui a dit que nous n’allions pas le faire? Nous sommes en train de le faire. Nous sommes en discussion. Nous discutons de cela et d’autres choses. » 

Jusqu’à cette interview, Netanyahu était resté pratiquement le seul homme politique à la droite de la sphère politique d’Israël à ne pas avoir juré son soutien à cette mesure unilatérale.

Même avant l’annonce de nouvelles élections par Netanyahu, son principal rival à droite, le ministre de l’Education, Naftali Bennett, qui dirige désormais le parti de la nouvelle droite, a souligné la faiblesse de Netanyahu sur ce problème et l’a attaqué de ne pas avoir annexé la zone C. Ceux qui veulent que le gouvernement israélien prenne une telle mesure devrait renforcer les partis à la droite du Likoud, tels que le sien, a déclaré Bennett. 

L’annexion est le genre de démarche unilatérale qui n’aurait pas pu se produire après les Accords d’Oslo de 1993 et ​​sous le mandat de l’ancien président des États-Unis, Bill Clinton.  

Il était présumé que toute modification du statut territorial de la Cisjordanie, conquise par Israël à la Jordanie pendant la guerre défensive des Six jours en 1967, ne pourrait intervenir que dans le cadre d’un accord définitif pour une solution à deux États comme résolution du conflit, avec les Palestiniens posant les limites d’un État palestinien en Cisjordanie. 

Il aurait été tout aussi difficile de parler d’annexion lorsque les anciens présidents américains George Bush et Barack Obama étaient au pouvoir, les deux hommes estimant que les implantations de peuplement constituaient une pierre d’achoppement pour le processus de paix et estimaient qu’elles devraient être gelées.

Mais à partir du moment où le président américain Donald Trump a été investi en janvier 2017, les politiciens de droite de son parti et du parti Bayit Yehudi ont intensifié les pressions sur Netanyahu pour appliquer sa souveraineté en la fondant sur la conviction de l’absence d’un processus de paix et de la rupture du passé avec Trump. La politique américaine sur le conflit israélo-palestinien a offert une fenêtre d’opportunité unique. 

Au lieu de foncer droit devant en s’emaprant d’une telle initiative, toutefois, Netanyahu a déjoué les tentatives législatives, y compris les tentatives d’annexion de la Cisjordanie ou de parties de celle-ci.

Au cours du week-end, le groupe de gauche Yesh Din a publié une base de données contenant 60 tentatives législatives d’appliquer la souveraineté à la Knesset ou une forme initiale d’annexion de facto lors du dernier gouvernement. Vingt-cinq de ces initiatives étaient des tentatives directes d’imposition de la souveraineté sur le territoire de la Cisjordanie, y compris l’implantation de Ma’aleh Adumim, la vallée du Jourdain et le bloc de Gush Etzion. 

Aucun de ces 25 projets de loi n’a été soumis au vote final. Sur toutes ces 60 initiatives, les huit seules qui ont abouti sont celles qui sont considérées comme des étapes initiales vers une annexion de facto et traitent de l’application de la loi israélienne aux territoires. 

Dans les derniers jours des élections, cependant, alors que Netanyahu s’efforce de recueillir plus de votes pour Likoud auprès des plus petits partis de droite, il a finalement proposé un programme favorable à l’annexion.

S’il était réélu, Netanyahu a déclaré à Matzliach : «Je ne vais pas déraciner une seule implantation. Je veillerai à ce que nous continuions à régner sur le territoire situé à l’ouest du Jourdain. » 

C’est une ligne que Netanyahu a souvent utilisée ces dernières années. Mais samedi, il a pris une nouvelle tournure. «Là, vous posez une question intéressante. Allons-nous poursuivre la prochaine phase? La réponse est oui. Nous poursuivrons la prochaine phase, jusqu’à l’application de la souveraineté pleine et entière. » 

Netanyahu a pris soin de se distinguer du parti centriste bleu et blanc dirigé par l’ancien chef d’état-major des FDI, Benny Gantz, dont la plate-forme laisse aussi entrevoir l’application de la souveraineté aux blocs d’implantation. Le parti bleu et blanc a également promis de ne pas évacuer les implantations isolées à moins d’un référendum ou de l’approbation d’une majorité spéciale de la Knesset.  

«Je vais appliquer la souveraineté, mais je ne ferai pas la distinction entre les blocs d’implantation et les implantations isolées. De mon point de vue, chaque point de peuplement est israélien. Nous avons une obligation en tant que gouvernement d’Israël. Je ne déracinerai pas une seule personne de son lieu d’implantation. Je ne les transférerai pas sous la souveraineté palestinienne », a déclaré Netanyahu. Il a ajouté qu’il n’avait aucune intention de donner le “cœur” d’Israël au peuple palestinien. 

Le président américain Donald Trump n’a pas réagi dans l’immédiat . Il a prononcé samedi un discours très favorable à Israël devant la Coalition républicaine juive, dans le but de renforcer son soutien. pour sa propre campagne de réélection en 2020.

Le groupe américain juif de gauche, J Street, a dénoncé la déclaration de Netanyahu, prévenant que cela conduirait à une occupation permanente et au cauchemar d’un seul État binational. 

«Tandis que l’administration Trump a activement permis et renforcé Netanyahu et le mouvement d’implantation, tous les responsables américains élus et les candidats à la présidentielle doivent préciser que la déclaration de Netanyahu est dangereuse et inacceptable – et que toute annexion en Cisjordanie provoquerait une crise majeure dans les relations États-Unis -Israël », a déclaré J Street. 

Mais les chefs de Yesha qui ont plaidé, fait pression et rêvé du moment où Netanyahu parlerait avec courage d’une annexion, sont restés étrangement silencieux. 

Yohai Damri, président du conseil régional de Collines du Sud d’Hébron, est le seul à avoir publié une déclaration de manière proactive.

«Nous attendons depuis de longues années que le gouvernement israélien prenne cette décision morale et juste. Nous sommes heureux que ce jour soit arrivé », a déclaré Damri. 

“Nous appelons le Premier ministre Netanyahu à appliquer la souveraineté comme sa première mesure après la mise en place d’un nouveau gouvernement”, a déclaré M. Damri. Il l’a également exhorté à rester ferme contre toute pression de l’administration Trump, en particulier à la lumière du déploiement prévu par Trump d’un plan de paix pour résoudre le conflit israélo-palestinien. 

«C’est le moment de nous engager envers la souveraineté», a déclaré Damri. 

Le Mouvement pour la souveraineté a déclaré qu’il accueillait avec prudence les propos de Netanyahu, soulignant l’incertitude d’une telle déclaration au cœur d’une bataille électorale.

«C’est un moment historique, même s’il s’agissait d’une promesse faite lors des élections, c’est encore la première fois qu’un Premier ministre israélien considère la souveraineté israélienne en Judée-Samarie comme un plan diplomatique viable qui peut être mis en œuvre» a déclaré le Mouvement Souveraineté. 

Il a noté que les déclarations de Netanyahu correspondaient aux premières indications de ce que pourrait être le plan de paix très attendu de Trump. Cela inclurait un État palestinien en Judée-Samarie en même temps que la déclaration de souveraineté sur les implantations. 

La semaine dernière, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, a déclaré à la Ligue arabe en Tunisie qu’il croyait que Trump autoriserait Israël à annexer des parties de la Cisjordanie.

Sous l’ancien Premier ministre du Likoud, Menachem Begin, Israël a déjà annexé le territoire que Tsahal avait conquis pendant la guerre des Six jours, Jérusalem-Est en 1980 et les hauteurs du Golan en 1981. 

Le mois dernier, Trump a reconnu l’annexion des hauteurs du Golan par Israël, ce qui a laissé présumer qu’il pourrait également soutenir l’annexion de tout ou partie des implantations en Cisjordanie.

Netanyahu a l’habitude de prendre des engagements de campagne de dernière minute sur lesquelles il revient une fois les élections terminées et qu’il est solidement à la barre du pays. Après les élections de 2015, Netanyahu a pu rassurer Obama sur le fait que sa déclaration préélectorale, dans laquelle il semblait rejeter la possibilité de voir se créer un État palestinien, avait été mal comprise. Netanyahu a expliqué qu’il avait simplement fourni une évaluation de ce qui était diplomatiquement possible et qu’il n’avait pas rejeté l’idée d’un État palestinien.

En ce qui concerne l’engagement d’annexion, la possibilité que Netanyahu applique réellement la souveraineté lors du prochain gouvernement dépend en partie de l’identité de ses partenaires de la coalition et de la rigidité de l’opposition, le cas échéant, de l’administration Trump. Il est probable que les partis de droite imposeront la souveraineté à tout accord de coalition conclu avec Netanyahu. 

Mais même si Netanyahu avait prononcé le mot souveraineté comme un simple stratagème pré-électoral, sachant qu’il serait diplomatiquement impossible à défendre, le fait qu’il ait dit tout cela témoigne d’un changement radical dans le dialogue autour du conflit israélo-palestinien, passant de l’évacuation des blocs à l’acquisition du territoire sur lequel ils reposent. Dans cette conversation, la demande palestinienne pour un retrait de la ligne d’avant 1967 semble totalement dénuée de pertinence.  

En 2005, lorsque l’ancien Premier ministre du Likoud, Ariel Sharon, a voulu imposer sa marque sur le conflit israélo-palestinien, il a détruit 25 implantations de peuplement. Quatorze ans plus tard à peine, le spectre d’un accord de paix israélo-palestinien semble tellement lointain que Netanyahu se sent enhardi, non seulement à conserver les implantations, mais à parler unilatéralement de redessiner la carte d’Israël souverain pour les inclure toutes. 

Si les paroles de Netanyahu laissaient présager l’avenir, que ce soit dans le prochain gouvernement ou dans le futur, cette interview de Channel 12 deviendra un tournant décisif pour ce qui est des contours de la souveraineté israélienne. 

jpost.com

14 COMMENTS

  1. Le temps est venu pour les Juifs du monde entier, y compris d’Israël, d’étouffer définitivement les voix débilitantes des tordus de gauche qui se croient “réalistes”.

    Quant à l’opinion de ces tordus, elle nous indiffère, quand elle ne nous agace pas.

  2. La véritable occupation est celle des arabo-musulmans, appelés palestiniens pour mieux servir la propagande venant remettre en cause la légitimité de la présence juive en terre d’Israël. Il faut un véritable processus de paix qui vise à déplacer les populations hostiles (coup de couteaux, voitures béliers, tirs etc. contre des Juifs innocents) vers des pays adéquats (langue et écriture arabe, islam etc). La Judée-Samarie représente le coeur de la terre d’Israël, et les Palestiniens ont toujours été les Juifs (banque de Palestine etc.)

  3. Bibi ne fait pas que parler , il agit .

    Le Peuple d’Israël adhére à la colonisation , seuls les ” bolchéviques ” comme les appelait son père s’y opposent .

    Israël n’a pas les moyens de se passer de ce chef exceptionnel .

    • Cette annexion va couter 2,5 milliards de US$ . C’est dans les moyens d’Israel ? Le deficit du bedget Israelien est deja trop eleve , ne pourra etre reduit que par des diminution des depenses et hausse des taxes / impots [ Globes ]

  4. jeremie et ses jeremiades Avr 7, 2019 at 19 h 34 min
    et si la cour suprême refuse cette annexion ?
    On annexera la cour suprême et o changera les juges politique pour des juges apolitiques et soumis a la Oi de la Knesset

    • La cour supreme defend la democratie . Dans les pays fascistes il n’y a pas de cour supreme . Les juges sont apolitiques a 100 % .

  5. OTZMA Yéhudit est un bon parti qui a toujours VOULU annexer les implantations et qui ne s’est pas réveillé 5 minutes AVANT les élections!!! La propagande ne les intéresse pas !!!!

    • Otsma Yehudit a ses origines chez kahana , un raciste extremiste . Nous avons assez souffert de ce genre de racisme

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