Le « Dégagisme » va-t-il touché Macron et Le Pen ?

Le premier tour des régionales a révélé son lot de surprises. La recomposition politique n’est pas achevée. Au risque de perturber le duel annoncé pour la prochaine présidentielle ? Pas impossible.

Sur fond d’abstention historique, la droite et, dans une moindre mesure, la gauche, ont fait de la résistance. De quoi semer le doute chez les stratèges. Revue des cinq leçons d’un premier tour riche d’enseignements.

1 – Deux France

Depuis 2017, le président Emmanuel Macron et la présidente du RN (Rassemblement National) Marine Le Pen n’ont de cesse de mettre en scène leur affrontement. En France, il n’y aurait plus qu’un clivage : celui qui oppose les bénéficiaires d’une « mondialisation heureuse » et les partisans de la fermeture des frontières. Or, le scrutin régional a montré leur même faiblesse au niveau territorial et la forte résistance de « l’ancien monde ». La prime aux sortants a bénéficié aux présidents de droite comme aux présidents de gauche. Gare aux certitudes sur le match retour de 2017 déjà si souvent annoncé pour 2022. Surtout que les électeurs ont toujours montré qu’ils ne voulaient pas d’une revanche Macron-Le Pen.

2 – A l’Elysée, Macron bien seul

Le macronisme ressemble de plus en plus à une pyramide inversée. Dans le sillage d’Emmanuel Macron, en quatre ans, cela reste le désert. Aucune figure locale n’émerge. Et les grognards de 2017 restent les mêmes : Richard Ferrand, François Bayrou. Même le dirigeant des Marcheurs, Stanislas Guérini, ne s’impose pas à la tête de son parti. Pénalisant pour la prochaine présidentielle ? Cela pourrait compliquer la donne. Mais Emmanuel Macron a démontré il y a quatre ans qu’il pouvait gagner seul. Et il reste populaire, comparativement à ses prédécesseurs. Malgré ces élections, il trace sa route en poursuivant son tour de France à la rencontre des habitants et surfe sur la sortie de la crise sanitaire. En reprenant le cours des réformes, il conserverait la main.

3 – Au RN, un vide abyssal

L’extrême droite arrive presque dix points derrière son score des dernières régionales de 2015. A l’époque, les attentats de masse du 13 novembre venaient de se produire. A l’époque aussi, deux locomotives se présentaient : Marine Le Pen dans les Hauts-de-France et Marion Maréchal en Paca. Cette fois, trois quarts des votants de Marine Le Pen à la dernière présidentielle ne se sont pas déplacés. Le parti comptait pourtant faire émerger quelques nouvelles figures. Thierry Mariani, bien sûr, transfuge de LR (Les Républicains), mais pas seulement. Il y avait aussi l’ex-magistrat Jean-Paul Garraud, en Occitanie et Hervé Juvin, le héraut du « localisme », dans les Pays de La Loire. Ces derniers ne percent pas. Même Jordan Bardella, la jeune étoile montante et numéro deux du parti, fait une mauvaise performance dans la région Ile-de-France. Marine Le Pen, même si elle peut encore gagner la région Paca la semaine prochaine, aura du mal à convaincre qu’elle peut disposer, dans moins d’un an, d’un casting à même de gouverner la France.

4 – A droite, le trop-plein

Xavier Bertrand (ex-LR) ne se tient plus. Lui qui rêvait de perturber la revanche annoncée l’an prochain entre Macron et Le Pen considère qu’il est mis sur orbite. Il a fait reculer le RN dans cette région où l’extrême droite est si implantée. Il a humilié cinq ministres, parmi lesquels le très médiatique ministre de la Justice, Eric Dupond-Moretti, et celui de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qui ne sont même pas qualifiés pour le second tour. Il n’aura besoin de personne pour triompher la semaine prochaine. Et en dramatisant l’enjeu (« je gagne ou je quitte la politique »), il a donné plus de poids à sa victoire. Mais le souci de la droite, qui arrive en tête au niveau national, c’est le trop-plein. Laurent Wauquiez aussi va faire un carton en Auvergne-Rhône-Alpes, Valérie Pécresse devrait l’emporter haut la main dans la région capitale. Une primaire va-t-elle dès lors s’imposer pour les départager ? A l’Elysée, c’est une consolation : la dispersion de la droite va servir Emmanuel Macron.

5 – A gauche, un manque d’incarnation

Non, la gauche n’est pas tout à fait effacée de l’échiquier. Additionnée, elle fait bien plus que le score des macronistes au niveau national. Mais si la droite souffre d’un trop-plein, la gauche pèche par un manque d’incarnation. Aucune figure n’émerge chez les socialistes. En Ile-de-France, Audrey Pulvar, qui était poussée par la maire de Paris, Anne Hidalgo, échoue à prendre la tête des listes de gauche. Même échec en Auvergne-Rhône-Alpes pour l’ex-figure du quinquennat Hollande, Najat Vallaud-Belkacem : elle termine derrière la candidate écologiste. Mais les Verts eux-mêmes, même s’ils progressent depuis les européennes de 2019 et les municipales de l’an dernier, n’imposent pas leur leadership. L’autorité du parti est même mise à rude épreuve pour exiger le retrait de son candidat en Paca au nom du barrage contre le RN.

Le Soir

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