L’agression de trop contre Alain Finkielkraut

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TRIBUNE. L’agression de trop, les insultes antisémites contre Alain Finkielkraut et les passions morbides Par Marc Knobel

Le philosophe Alain Finkielkraut sort de son taxi, il est aperçu par des gilets jaunes, près de Montparnasse. Lorsque subitement s’enchaînent les insultes :

– Palestine !

– La France est à nous

– Sale sioniste

– Sale race (…)

– Le peuple va te punir…

Quelle est donc cette petite “foule” haineuse qui a ainsi insulté le philosophe Alain Finkielkraut ?

Ces gens prétendent être le peuple alors qu’ils n’en sont ici qu’une petite caricature vulgaire et médiocre. Ce que nous voyons là, ce sont de petits agités qui vocifèrent des aboiements antisémites.

Le 7 janvier 2019, je rappelais dans une tribune de l’Obs, que depuis quelques années, cet antisémitisme (primaire) connaît un nouvel écho. La montée des préjugés et des stéréotypes est particulièrement alarmante.

Théories conspirationnistes, refus du système, puissants stéréotypes racistes et antisémites, propagande distillée par la nébuleuse complotiste, radicalisation et instrumentalisation diverse de l’ultra droite et/ou de l’ultra gauche, permettent à l’antisémitisme de se développer et de prospérer plus ouvertement depuis près de trois mois, dans une frange de ce mouvement.

Justement, lorsque l’on entend “La France est à nous”, nous nous souvenons d’autres vociférations, d’autres cris et stigmates.

Pour rappel, sous une pluie battante à Paris, dimanche 26 janvier 2014 et à l’appel du collectif “Jour de colère”, les fans probables de Dieudonné ou Alain Soral et/ou les habitués de la fachosphère ont (également) arpenté les rues, en chantant “Shoah nanas”, en reproduisant le geste de la quenelle ou même en scandant “Juif, la France n’est pas à toi” ou (autre variante) comme  “CRIF, la France n’est pas à toi”. En fin de manifestation, des heurts ont opposé les forces de l’ordre à des jeunes qui ont défilé dans l’après-midi.

Des centaines de manifestants, masqués pour une partie d’entre eux, ont lancé des projectiles, des bouteilles, des pétards, des barres de fer, des poubelles et des fumigènes contre les forces de l’ordre qui avaient répliqué par des tirs de gaz lacrymogènes.

Autre exemple, en 2016, en marge d’un défilé en l’honneur de Jeanne d’Arc, un cortège distinct d’une centaine de manifestants, emmenés par le Parti nationaliste français, avait déposé des fleurs, aux cris de “bleu blanc rouge, la France aux Français”. Des slogans/ralliements qui sont partagés et scandés par les identitaires du GUD, les catholiques traditionalistes, les royalistes de l’Action française, également.

Dans “La France aux Français”, histoire des haines nationalistes (Seuil, 2006) Pierre Birnbaum qui est professeur émérite à l’université Paris I, membre de l’Institut universitaire de France et professeur associé à l’université Columbia a rappelé à juste titre qu’au cri de “La France aux Français !”, les nationalistes dénoncent en un même mouvement tant cette République considérée comme étrangère à l’âme française que ses alliés de toujours que sont à leurs yeux les protestants, les juifs, les francs-maçons et les “métèques” de toutes sortes, y compris, de nos jours, les musulmans.

Au-delà, à ceux qui prétendent que la France serait à eux, comme s’il s’agissait d’une propriété privée, d’un bien mobilier ou immobilier, à ceux qui ont cette impudence caractérisée, je veux dire la chose suivante:

Les Juifs de France ont de la France une idée noble, haute et généreuse. La France, ils l’aiment tant qu’elle imprègne leur vie, qu’elle est l’aimée, et bénie dans leur prière. Et l’émotion nous étreint lorsque nous pensons à ce que les Juifs de France ont donné à ce pays : des artistes, des scientifiques de renommée internationale, des intellectuels de premier plan, de valeureux soldats et des travailleurs inlassables. Mais, ce qui caractérise les Juifs de France -avant tout- peut se définir ainsi : les Juifs portent l’étendard des valeurs républicaines, haut au cœur, d’une France dont l’identité est plurielle, d’une France qui doit être accueillante et fraternelle.

Comme beaucoup de nos compatriotes, nous sommes fermement attachés aux valeurs de liberté, de fraternité, d’égalité, du vivre ensemble et d’attachement à la Patrie. Les Juifs de France n’ont aucune leçon à recevoir en la matière.

 L’antisionisme obsessionnel

Et puis, hier, il y eut contre Alain Finkielkraut les insultes antisionistes et israélophobes habituelles. Elles proviennent surtout de l’extrême gauche.

Là encore, prenons un exemple. Les juifs de France et d’Europe savent que depuis l’année 2000 dans le domaine brûlant de l’antisémitisme, nous vivons au rythme des pitreries récidivistes de quelques illuminés.

Nous vivons également au rythme effréné des petits mots ou de slogans violents et orduriers qui ont été lancés, scandés ici ou là et/ou d’indignations sélectives. Il s’agit encore d’hurlements (lors de certaines manifestations propalestiniennes) et d’agressions caractérisées.

Les “Mort aux juifs !” sont devenus le seul dénominateur commun entre des extrêmes qui veulent seulement et simplement en découdre. Par ailleurs, ces gens ne sont-ils pas motivés par une haine implacable des juifs pour s’en prendre ainsi à des cibles juives (écoles, lieux de culte, magasins, particuliers, etc.), tout simplement ? Et, n’y a-t-il pas finalement dans cette rage anti-juive pour prétendument défendre la cause palestinienne qui doit être défendue sereinement, une culture de l’antisémitisme ?

Au-delà, ce conflit ne sert-il pas aussi d’alibi à l’expression de l’antisémitisme dans des milieux défavorisés et socialement plus privilégiés ? Bref, le conflit israélo-palestinien n’est-il pas aussi un (faux) prétexte qui a fait sauter aussi le tabou de l’antisémitisme ?

Or, selon le philosophe Pierre-André Taguieff, Israël focalise tout un imaginaire conspiratif. Que dit-il à ce sujet ? « L’israélophobie n’est que la pointe visible de l’antisionisme qui, dans ses formes radicales, a pour objectif la destruction de l’État juif.

La dénonciation du « complot sioniste mondial » est le produit d’un héritage de l’antisémitisme européen qui, depuis les années 1920, s’est peu à peu mondialisé, avant de s’islamiser d’une façon croissante à partir des années 1950. Les victimes imaginaires du paléo-complot juif étaient les chrétiens.

Celles du grand « complot sioniste » sont d’abord et avant tout les Palestiniens, les Arabes et plus largement les musulmans. On constate que la plupart des accusations stéréotypées contre les Juifs sont projetées sur Israël : haine du genre humain, tendances criminelles, volonté de dominer le monde, propension à conspirer, à mentir et à manipuler l’opinion, racisme (« apartheid ») et impérialisme (1). ».

Conclusion provisoire

Bref, ce à quoi nous avons assisté hier est tout simplement lamentable et particulièrement inquiétant. Bien évidemment, libre à chacun d’être en désaccord avec la pensée et les positions d’Alain Finkielkraut et de le critiquer ; libre à chacun de défendre la cause palestinienne ou d’être l’ami d’Israël, mais ce que l’on ne doit jamais faire ici ou là, c’est caractériser par la violence et la haine.

C’est se servir de cette arme des faibles, qui n’ont comme seul argument que les vociférations, les beuglements et les insultes.

Et, ce que nous percevons aujourd’hui, c’est que l’on ne doit pas/plus tolérer l’intolérable.

Marc Knobel, historien et essayiste

www.lexpress.fr

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