Maroc-Israël : Accord de dissuasion massive.

La visite officielle du ministre israélien de la Défense Benny Gantz au Maroc, couronnée par la signature d’un accord historique de coopération sécuritaire entre le Royaume et Israël, a provoqué un mouvement de bascule décisif dans l’équilibre géostratégique des forces, plus que jamais fluctuant, du Maghreb et de l’ensemble du pourtour méditerranéen. Les répercussions politiques, économiques et militaires de cet accord inédit reconfigureront sans nul doute la carte des interactions géopolitiques dans cette aire géographique en proie à toutes sortes de tensions, de conflits et de convoitises.

En concédant de recevoir sur son sol l’un des faucons les plus notoires du gotha politico-militaire israélien et en concluant une alliance défensive, lourde de sens et de conséquences, avec l’Etat hébreu, le Maroc semble jouer son va-tout pour se garantir une assurance tout risque contre les menaces de plus en plus franches qui émanent de son voisinage immédiat, notamment algérien et sahélien, et, dans une moindre mesure, européen.

La question est donc de savoir si cette alliance militaire était programmée dans l’agenda de l’accord tripartite conclu en décembre 2020 entre le Royaume, d’une part, et les Etats-Unis d’Amérique et Israël, d’autre part, ou s’agit-il plutôt d’une évolution significative imposée par l’inquiétante escalade guerrière entretenue par l’Algérie ? Auquel cas et au-delà de l’évident bénéfice politique, stratégique, technologique, militaire, mais également économique qu’apporte cet accord au Maroc, il importe de se demander quels dividendes escompte Israël de pareil partenariat où, de toute évidence, les intérêts priment sur les sentiments, aussi confraternels soient-ils ?

Il va sans dire qu’en se positionnant dans le Maghreb aux côtés d’un Etat pivot comme le Maroc, Israël espère provoquer un effet d’entraînement à même de redémarrer la dynamique de normalisation avec le monde arabe, entamée au Moyen-Orient et qui suscite encore quelques résistances, de part et d’autre du Machreq et du Maghreb. Il est clair aussi que la situation centrale du Maroc sur l’axe euro-africain constitue pour Israël un argument majeur en faveur de ce partenariat. Mais l’autre enjeu, moins évident, de cet accord implique l’Amérique qui semble vouloir se positionner avec force dans la région par Israéliens interposés, sans froisser ses alliés européens ou trop effaroucher ses adversaires russes et chinois.

Le Maroc facilite l’accès en Afrique

Dans cette tectonique des plaques géopolitiques qui se joue sous nos yeux, le Maroc est largement fondé dans sa démarche protectionniste basée sur le «win-win» et la recherche de partenariats stratégiques et concluants, pour faire face aux diverses menaces, tout en contrant les nouvelles armes de rupture algériennes, maintenir l’équilibre du rapport des forces et assurer de ce fait sa propre stabilité et celle de l’ensemble de la région.

Le revers de la médaille c’est qu’il ne manquera pas d’être idéologiquement embarrassé à chaque flambée de violence en Palestine, comme ce fut le cas en octobre 2000 lorsqu’il avait rompu ses relations diplomatiques avec Israël après le déclenchement de l’Intifada et au lendemain de la tragique bavure de l’assassinat de Mohammed Al Durah dans les bras de son père. D’où l’intérêt de défendre l’inclusion d’une clause de bonne moralité dans l’accord de coopération sécuritaire conclu avec Israël, comme dans l’ensemble des accords d’Abraham de façon à préserver les alliés arabes des colères légitimes de leurs rues. Car faute de pouvoir choisir ses voisins, on peut toujours se montrer exigeant dans le choix de ses amis comme de ses ennemis.

Majd EL ATOUABI

Maroc-Israël : Les enjeux et non-dits d’un accord historique

L’accord militaire et sécuritaire conclu le 24 novembre entre le Maroc et Israël devrait rapidement se traduire par une intensification des échanges d’informations et de deals en matière d’armement.

Rabat et Jérusalem viennent de franchir un nouveau palier d’intégration dans leurs relations bilatérales, avec la signature le 24 novembre d’un accord de coopération sécuritaire entre les deux pays. Un protocole qui est appelé à jouer le rôle de catalyseur de la coopération entre le Royaume et l’Etat hébreu en termes de lutte contre le terrorisme, le partage de renseignement, la formation de groupes de travail ou encore la collaboration industrielle.

Echange d’informations et de know-how

Ce partenariat stratégique devrait signifier le début d’une étroite collaboration sécuritaire entre les services marocain et israélien. « L’accord se traduira dans un premier temps par un renforcement de l’échange d’informations et la tenue d’exercices conjoints », a confié un haut responsable du ministère de la Défense israélien au Times of Israel. Ce dernier a également précisé que ce document « nous permettra d’assister le Maroc avec tout ce dont il aura besoin, tant que cela rejoint nos intérêts. Nous avons tout une alliance stratégique de savoir ».

Jérusalem compte de son côté profiter de l’expérience accumulée par les différents services de sécurité marocains dans la lutte contre le terrorisme, notamment contre des groupes comme Al Quaida et Daech. Le mémorandum d’entente devrait également profiter à l’industrie de la défense actuellement en phase de démarrage, qui pourra profiter de transfert de technologie de l’industrie d’armement israélienne.

L’Etat hébreu a réussi lors des vingt dernières années à passer du statut d’importateur à celui de fournisseur de premier plan d’armement et technologie de défense. Une expertise qui devrait intéresser l’industrie d’armement nationale qui a pour mission première d’offrir aux Forces Armées Royales une autonomie stratégique de manière à les prémunir d’une rupture brutale en termes d’approvisionnement. Un tissu industriel qui est également appelé à se tourner vers l’export pour pérenniser son activité, le transfert de savoir-faire prévu par l’accord conclu de coopération devrait permettre d’accompagner le futur écosystème marocain dans la mise en oeuvre des ses objectifs.

D’ailleurs, l’expertise de l’industrie israélienne de la défense est reconnue au niveau du segment des drones, des missiles, des technologies de radar. En 2020, Israël était le 8ème  fournisseur d’armes avec un volume de plus de 3% de ventes d’armes répartis entre 16 pays. Toujours lors de la même année, Jérusalem a ainsi consenti une enveloppe de 22 milliards de dollars pour son armée, ce qui représente 12% de ses dépenses gouvernementales totales qui sont allouées à la Défense.

Selon le ministère de la Défense israélien, une série de contrats de ventes d’armements et d’équipements militaires devrait être signée prochainement entre le Royaume et l’Etat hébreu. « Il n’empêche que les deals en matière d’armements ne devraient pas former la base de la relation entre le Maroc et Israël », a signalé le même responsable au quotidien israélien. Ce rapprochement s’inscrit, par ailleurs, dans la stratégie de diversification des partenariats stratégiques initiés par le Royaume depuis les 10 dernières années.

Realpolitik

Ce qui signifie, au passage, une plus forte intégration de Rabat dans l’axe tripartite Washington-Londres et Jérusalem. Une « alliance » qui se démarque par son pragmatisme qui se traduit sur le terrain par une prédilection pour la realpolitik. Ce qui représente un gage sur la solidité des engagements et partenariats conclus et les prémunit de revirements causés par des positionnements purement idéologiques ou répondant à des besoins électoralistes. D’un autre côté, le Royaume partage avec Israël le fait de se retrouver dans une position de forteresse assiégée, dans un environnement régional qui ne fait que gagner en instabilité.

Le Maroc doit, pour rappel, composer avec un voisin du Nord dont l’appareil d’Etat, notamment la composante militaire, voit dans le Royaume un ennemi existentiel et dont l’opinion publique se voit périodiquement rappelé l’image du Moro fourbe et belliqueux. Une image héritée de la guerre civile et de la période coloniale.

A l’Est, le régime des généraux aux abois semble de plus en plus tenté de jouer la carte de l’affrontement armé pour désamorcer le Hirak qui dure depuis plus de 2 ans. Une menace qui peut se matérialiser par un affrontement conventionnel et de haute intensité entre les FAR et l’ANP. Une option qui reste peu probable vu l’équilibre des forces et l’hostilité de la communauté internationale à une déstabilisation d’une zone clé dans les routes de commerces internationales, notamment maritimes.

L’option la plus réaliste reste que le voisin de l’Est se décide pour un affrontement via proxy (le Polisario), en témoigne la décision récente d’Alger de reprendre les livraisons d’équipements militaires aux séparatistes dans l’espoir de réactiver le conflit au Sahara marocain. Des séparatistes qui multiplient les déclarations guerrières et ont mêmes menacé d’entreprendre des actions terroristes dans le Royaume. Au Sud, le désengagement des forces françaises de Barkhane de la bande sahélo-sahélienne pourrait voir un regain d’activité des éléments djihadistes qui parcourent la région et pourraient signifier une menace pour les intérêts économiques comme pour les ressortissants marocains dans la zone.

JForum – L’Opinion

4 Commentaires

  1. Malgré quelques éléments de qualité, cet article manie des stéréotypes peu vraisemblables. Et la perle c’est la citation de « la bavure … Al Durah ». Je recommande à l’auteur de l’article de regarder les deux reportages de la télévision publique allemande  » réalisé par Esther Shapira.
    De lire le livre de Taguieffe « l’enfant et la mort »… Je suis étonné que Jforum laisse passer ce faux antisémite plus grave que le « protocole des sages de Sion » de la police tsariste

  2. Benny Ganz serait un faucon du « gotha politico-militaire » israélien ? Beaucoup d’exagérations et de contre-vérités dans cet article qui veut faire croire qu’Israël serait gouverné par un gouvernement de militaires. Benny Ganz un faucon ? Ah bon ? On aurait bien voulu.

  3. Bonjour David, avez vous lu votre article avec « la tragique bavure de l’assassinat de Mohammed Al Durah dans les bras de son père ». Une faux tramé par Enderlin, France télévision soutenant le faussaire, sans compter le meurtre de Juifs à travers la planète.

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