Soldiers from Gotland's regiment patrol in Visby harbor on January 13, 2022. - Russia's mobilization at Ukraine's border and the rougher tone between Russia and NATO have led the Swedish defense to increase its visible activities, including on Gotland in eastern Sweden. - Sweden OUT (Photo by Karl MELANDER / TT NEWS AGENCY / AFP) / Sweden OUT (Photo by KARL MELANDER/TT NEWS AGENCY/AFP via Getty Images)

La Russie « pousse » la Suède et la Finlande dans les bras de l’OTAN

La mobilisation russe aux frontières de l’Ukraine et ses ultimatums très fermes à l’OTAN pour que l’alliance stoppe sa progression et réduise son engagement sur le flanc oriental ont suscité d’énormes tensions au nord de l’Europe. La Russie a expliqué sur un ton menaçant à la Finlande et à la Suède – qui ne sont pas membres de l’OTAN mais entretiennent des liens étroits avec l’organisation Atlantique – que la moindre de leurs tentatives de rejoindre l’alliance « obligerait la Russie à une réponse adaptée et aurait de graves conséquences militaires et politiques ».

La tension croissante avec la Russie a incité la Suède a des préparatifs militaires accélérés. Des soldats et du matériel militaire lourd ont été envoyés sur Gotland, la plus grande des îles suédoises de la Baltique, stratégiquement située à quelques 330 kilomètres de Kaliningrad, le quartier général de la flotte russe. Les troupes suédoises patrouillent maintenant à Visby, dans les rues ainsi qu’au port et à l’aéroport. La Suède estime que, ces dernières années, les multiples incursions russes dans son espace aérien et ses eaux territoriales ont gravement détérioré son cadre de sécurité.

Plus récemment, la Suède a noté que de gros drones de type militaire avaient survolé à de multiples reprises ses centrales nucléaires et électriques, les châteaux de la famille royale et diverses zones militaires. Les services de sécurité suédois (Säpo) pensent que les drones se livraient à une « recherche illégale d’informations secrètes ». Des drones ont également été remarqués autour du Parlement et non loin du siège du gouvernement, mais aussi à proximité du Palais Royal de Stockholm et des aéroports de Kiruna et Luleå dans le nord du pays. Le 30 janvier, les autorités ont arrêté, à proximité d’un des châteaux de la famille royale suédoise, un Russe qui pilotait un drone. L’homme a affirmé qu’il était un touriste.

En 2019, un passage en revue de ses carences en matière de défense a fait comprendre à la Suède qu’elle serait incapable de repousser la moindre offensive russe. Stockholm a décidé alors d’augmenter progressivement le budget des armées pour injecter une somme qui atteindra 27,5 milliards de couronnes suédoises supplémentaires (2,8 milliards d’€, + 40%) en 2025.

« Rien ne peut être exclu. Toute cette affaire peut déboucher sur l’invasion d’un des plus grands pays d’Europe. Il se passera forcément quelque chose », a déclaré le chef des Forces de défense suédoises, Micael Bydén. « La seule question c’est quoi ».

Le lieutenant-général Michael Claesson, chef des opérations conjointes de l’armée suédoise, a déclaré à Reuters que l’armée avait récemment noté un renforcement des capacités offensives étrangères aux frontières de la Suède. « … Les navires de débarquement russes sont un exemple de cette capacité offensive », a déclaré Claesson. « Ils ont traversé le détroit de la Grande Ceinture (Storebæltsbroen) et ont continué en mer Baltique. »

Contrairement à la Suède, la Finlande, qui partage une longue frontière terrestre avec la Russie, n’a jamais cessé de moderniser sa défense. Ainsi, récemment, 64 chasseurs F-35, d’une valeur de 9,5 milliards de dollars, sont venus remplacer une flotte vieillissante d’avions de combat. Selon l’ancien ministre finlandais des Affaires étrangères Erkki Tuomioja, la Finlande « peut mobiliser une réserve de 280 000 soldats entraînés, ce qu’aucun autre pays d’Europe ne peut faire ».

Le 24 janvier, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, à l’issue d’une réunion consacrée à la détérioration de la situation sécuritaire en Europe, a invité la Suède et la Finlande à rejoindre l’OTAN, soulignant que chaque pays a le droit de choisir ses propres alliances militaires :

« La porte de l’OTAN reste ouverte. L’OTAN coopère étroitement avec la Finlande et la Suède, mais nous respectons pleinement la force et l’indépendance de vos politiques de sécurité. La Finlande et la Suède sont seules en mesure de décider pour elles-mêmes. Pas la Russie. Personne d’autre. Les nations souveraines ont le droit à l’autodétermination. »

La Finlande a clairement fait savoir qu’elle n’avait aucun tabou concernant l’adhésion à l’OTAN. Le président finlandais Sauli Niinisto a déclaré avec force que :

« la marge de manœuvre et la liberté de choix de la Finlande passent aussi par une adhésion éventuelle à l’OTAN et un possible alignement militaire, mais ce sera à nous de le décider ».

La Première ministre finlandaise Sanna Marin partage le sentiment de Niinisto, mais elle a aussi ajouté qu’aucun dossier de candidature à l’OTAN n’était à l’ordre du jour de sa mandature, laquelle se termine en avril 2023.

Ironie du sort, la Russie pourrait inciter la Finlande et la Suède à se jeter dans les bras de l’OTAN. Les menaces russes obligent les pays limitrophes à repenser leur neutralité et l’adhésion à l’Otan est devenue un sujet de débats publics. Un député finlandais a ainsi, déclaré que le pays n’avait jamais « été aussi proche » d’une demande d’adhésion à l’OTAN et que, pour la première fois, l’opposition à l’OTAN avait drastiquement chuté. Selon une enquête récente, un bon quart de Finlandais (28%) pousse à l’adhésion tandis que 42% s’y opposent encore, et que 30 % s’interrogent. Dans le passé, 68% des Finlandais s’opposaient à l’OTAN. Que feraient les Finlandais si leurs voisins suédois adhéraient à l’Otan ? 38 % ont répondu qu’ils en feraient autant tandis que l’opposition à l’OTAN chutait à 39 %.

« Nous sommes liées par des accords de coopération très étroits non seulement avec l’OTAN, mais aussi avec le Royaume-Uni et les États-Unis », a déclaré Elina Valtonen, vice-présidente du parti d’opposition finlandais Coalition nationale. L’adhésion à l’OTAN serait pour elle « un aboutissement logique ».

En Suède, jamais l’opposition à une éventuelle adhésion à l’OTAN n’a été plus réduite. Selon un récent sondage, 37 % des personnes interrogées se sont déclarées favorables à l’adhésion ; 35 % étant contre. En 2017, le rapport de forces était inverse : 43% étaient contre l’adhésion à l’OTAN et 32 % étaient pour. En outre, une majorité de partis représentés au parlement suédois réclament aujourd’hui l’ouverture d’une « option OTAN » dans le cadre de la politique étrangère suédoise, un peu sur le modèle de l’ « option Otan » ouverte par la Finlande. Il s’agit là d’une rupture majeure avec un passé où la neutralité était une règle d’or.

La Suède et la Finlande ne sont pas seules à percevoir la Russie comme un danger militaire majeur en Europe du Nord. Les services de renseignement danois, dans leur dernière évaluation, ont abouti à la conclusion que la Russie représente la principale menace à la sécurité du Danemark, à commencer par les opérations de renseignement militaire et de cyber espionnage. Le Danemark, contrairement à la Suède et à la Finlande, est membre de l’OTAN.

« La Russie porte une extrême attention au Danemark en raison de notre situation géographique et de notre appartenance à l’OTAN. La situation en mer Baltique, l’intensité des manœuvres militaires, suscitent bien sûr des inquiétudes », a expliqué Anja Dalgaard-Nielsen, chef des services de renseignement. Au titre de sa contribution à l’effort de préparation militaire de l’Otan dans la région, le Danemark a expédié quatre avions de chasse aux États baltes et une frégate de la marine danoise patrouillera prochainement en mer Baltique. C’est « un signal très clair adressé à la Russie » a déclaré le ministre danois de la Défense, Trine Bramsen.

Judith Bergman, chroniqueuse, avocate et analyste politique, est Distinguished Senior Fellow du Gatestone Institute.

 

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