La réprimande, une mission difficile (vidéo)

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La réprimande ou la remontrance est un devoir énoncé dans le Lévitique de cette manière (XIX,17):

לאתשנא אתאחיך בלבבך הוכיח תוכיח אתעמיתך ולאתישא עליו חטא.

 « Tu ne haïras point ton frère dans ton cœur, réprimandes le et tu ne porteras pas sa faute. »

Dans le verset qui suit celui-ci, nous recevons aussi cet enseignement :

לאתקם ולאתטר אתבני עמך ואהבת לרעך כמוך אני ה

« Ne te venges pas et ne gardes aucune rancune vis-à-vis des enfants d’Israël, tu aimeras ton prochain comme toi-même Je suis l’Eternel. »

Ces deux versets sont liés l’un à l’autre nous enseignent les Sages, par une idée maîtresse : l’amour du prochain. Qui est ce prochain ?

Nous disposons de plusieurs termes pour désigner celui qui est notre voisin, notre parent comme nous allons le voir tout de suite en analysant ces différences : en effet, hormis nos relations avec ces personnes, chaque terme concède une perception différente : ainsi nos frères (ou sœurs) est un terme qui inclus nos proches parents, cousins, oncles, neveux etc…., puis nos amis, nos collègues de travail ou autres, nos “copains”, nos voisins.

Ces différentes sortes de relations sont au nombre de sept : soit en hébreu du premier au dernier les noms suivants :

אח, ידיד, חבר, רֵעַ, קרוב, שכן ועמית

Frère, ami, copain/camarade, compagnon, le proche, voisin et le collègue

Chacun de ces termes désigne une relation plus particulière en effet, pour le frère, les liens sont du sang, de la famille?

En général, on devrait pouvoir se fier ou se confier à un frère mais cela n’est pas toujours le cas à cause des distances géographiques, parfois à cause de conflits intérieurs pourtant, les liens sont puissants, ce sont les liens du sang.

La valeur numérique du mot “ah” est très faible = 9. Dans l’énumération en guematriya de chacun de ces termes nous allons voir que selon cette énumération nous sautons de 9 à 28, puis à 210, 270, 308, 370 et enfin 520.

Ceux qui ne croient pas à la guematriya prétextant que l’on peut faire dire aux chiffres ce que l’on veut pourront eux-mêmes constater que sur ce point, la guematriya nous sert de guide, nous permettant d’évaluer nos relations et de ne pas désigner une personne par une qualification qui ne convient pas.

Et, ce n’est sans doute pas par hasard que le verset auquel nous avons fait référence parle du frère pour arriver au collègue couvrant ainsi 7 niveaux différents de relations. Que cela vient-il nous signifier ?

C’est que notre devoir de réprimande s’applique à toutes les sortes de relations que nous pouvons avoir du plus proche au plus éloigné. Depuis celui que nous connaissons intimement parce qu’il a grandi avec nous, ou qui a été témoin du passé de notre famille jusqu’au collègue de travail que nous côtoyons chaque jour et, en fait, n’importe quelle personne puisque chacun des membres du peuple doit être considéré comme quelqu’un qui nous est cher, ou, quelqu’un que évaluerons, comme nous nous considérons nous-mêmes.

En recevant la Torah, nous nous sommes engagés à donner afin de pouvoir recevoir.

Le peuple juif est un peuple de prêtres vis-à-vis des nations, c’est-à-dire que si nous ne nous acquittons pas individuellement de notre devoir, nous ne pouvons espérer de récompense individuelle ou collective car chacun d’entre nous est un microcosme qui n’est qu’une petite facette du polygone que le peuple juif représente. Notre action vient orner par conséquent un maillon de la chaîne qu’est le peuple juif.

Le commandement nous enjoignant d’aimer notre prochain comme nous-mêmes vient nous enseigner par une simple préposition que nous devons faire un effort : nous devons aller vers notre prochain et lui réserver le même attachement que nous nous réserverions puisque le texte du commandement est :

ואהבת לרעך כמוך

La lettre lamed apposée devant le mot réakha vient nous indiquer que nous devons faire l’effort d’aller vers notre prochain….

Ce commandement nous enjoint d’aller à la rencontre de notre prochain tandis que le commandement nous enjoignant d’aimer notre Créateur utilise la préposition “ète” alef et tav car nous ne devons pas faire d’effort pour aimer notre Créateur nous devons L’aimer tout simplement comme nous aimons nos parents car Il est notre Père dans les Cieux et nos parents de chair et de sang le sont ici bas, sur terre.

Le Maharal de Prague nous enseigne que le mauvais penchant est omniprésent et se présente sous des formes diverses selon les circonstances et selon l’essence même de notre âme.

Ce yetser harâ nous guette pour tenter de nous faire échouer. Pour ne pas tomber dans ses filets nous devons par conséquent être “éveillé”. En hébreu “éveillé” se dit “êr” ער.

Ce qui signifie qu’il nous faut faire des efforts parfois très grands pour rester éveillé de manière à faire preuve d’un esprit aiguisé afin de déjouer les pièges tendus par ce mauvais penchant.

Les lettres hébraïques dont on se sert âyine et resh peuvent signifier en quelque sorte les premières lettres de âyine roa = l’œil voit. Mais cela vient nous signifier aussi autre chose, ces mêmes lettres inversées, selon la façon dont elles pourront être vocalisées pourront signifier deux mots totalement opposés ainsi, la lettre resh et la lettre âyine seront soit le mot râ = mauvais ou bien, si nous vocalisons différemment le mot réâ compagnon, ami, apparaîtra.

Cela n’est pas un hasard car, si nous sommes un ami vis-à-vis de la personne en question nous chercherons de toutes nos forces à éloigner le mal, le râ, de lui mais, par contre si nous ne faisons pas cela, nous serons râ, nous serons méchants ou mauvais vis-à-vis de lui car nous ne lui rendrons pas service en ne le reprenant pas sur ses actions, sur sa façon d’agir.

On peut rétorquer qu’on ne peut pas toujours intervenir peut-être à cause de la susceptibilité du “fauteur”, ou bien parce qu’il s’agit de quelqu’un dont nous craignons les réactions si nous le reprenons. Eh bien, la Torah vient nous enseigner dans quel cas nous devons intervenir et de quelle façon : le verset ne nous a-t-il pas dit :

אלתשנא אתאחיך בלבבך

Quel est le sens de ces trois groupes de mots ? Pourquoi les deux premiers groupes sont-ils liés entre eux ? La finalité de ce commandement est de nous avertir que les sentiments qui sont tapis au plus profond de notre cœur ne doivent pas dégénérer en haine, nous devons agir tout d’abord sur nous-mêmes avant d’agir sur l’autre personne et cela vient nous apprendre aussi que même s’il s’agit de la personne la plus proche de soi : le frère, nous ne devons pas céder à la haine, nous ne devons pas laisser le ressentiment s’installer au plus profond de nous c’est ce que vient nous enseigner le deuxième “beith” de levavekha.

On aurait pu lire belibekha = dans ton cœur mais non, il y a un deuxième beith pour nous enseigner que même si notre frère nous a blessé ou a blessé notre amour propre dans notre intimité, dans les profondeurs de notre cœur, nous ne devons pas garder de rancune contre lui, parce que la rancune “tina” avec un teth a une valeur numérique de 74 tout comme le mot “êd” = témoin. C’est-à-dire que hass vehalila, si nous gardons de la rancune contre notre prochain, ceci deviendra un témoin qui pourra témoigner négativement aussi bien contre notre prochain que contre nous.

Comment s’y prendre pour faire un reproche à quelqu’un ?
La Torah une fois de plus va nous donner le mode d’emploi :

הוכח תוכיח

C’est tout doucement que tu vas y aller, tu vas tout d’abord te calmer toi-même, et le temps qu’il va te falloir pour arriver vers lui, tu vas pouvoir trouver le discours qu’il convient pour l’aborder gentiment, avec tact et lui faire comprendre qu’il t’a blessé, (ou qu’il a transgressé une loi divine) et que tu ne lui en veux pas mais que tu as estimé de ton devoir de lui faire remarquer la chose pour qu’il n’encoure pas de peine.

Cette démarche a pour but de réduire notre colère, puis de montrer à celui qui est en face qu’il nous est cher. Et, à la fin, qu’il prenne en compte notre remarque ou pas, nous aurons fait notre devoir et notre destin qui fait de chaque individu le partenaire, l’associé, de chacun des membres du peuple, puisque nous sommes ârévim zé lezé (garants les uns des autres), nous ne partagerons pas la faute du contrevenant puisse-t-il être notre frère ou tout simplement un particulier qui est une cellule du macrocosme que représente le peuple d’Israël.

C’est pourquoi il est précisé au verset suivant :

אלתקם ואלתטר אתבני עמך

C’est-à-dire qu’il soit proche de toi comme ton frère ou seulement comme un collègue, ou tout simplement l’un des enfants de ton peuple, même si tu sais tout simplement que la personne est juive, qu’elle fait partie de ton peuple, ou même dans le cas de quelqu’un qui t’es complètement étranger, tu dois lui faire remarquer sa faute, sans colère, avec douceur……….. avec amour :

ואהבת לרעך כמוך

Car s’il s’agissait de toi, tu n’apprécierais pas que l’on s’adresse à toi en public, avec colère, tu aimerais qu’on le fasse discrètement et qu’ainsi on te démontre que tu es important, que tu comptes pour tous, que tu n’es pas un simple pion sur l’échiquier.

Pourquoi le verset se termine-t-il par :

אני ה

Ceci vient montrer notre allégeance au peuple d’Israël, et que par amour pour notre Créateur, nous agissons aussi par amour pour celui qui est important pour nous en toute circonstance.

C’est parce que nous aimons notre Créateur que nous agissons comme Il nous le demande, et c’est parce que chaque être a été créé à l’image de Dieu que nous devons aimer chacun d’entre nous….

Jusqu’à ce que nous puissions oublier nos différences et montrer et enseigner aux autres ce que la Torah nous a enseigné et c’est alors que nous assumerons le rôle que nous a donné le Créateur.

C’est ainsi que les nations nous percevrons et que nous montrerons à quel point nous sommes responsables non seulement vis-à-vis de nous-mêmes et des autres, mais aussi envers les Nations en nous conduisant de telle sorte que certains décrets pourraient être annulés.

A propos de la mitsva de réprimande/remontrance, le Toledoth Aharon commente ainsi: la réprimande ne doit pas prendre une tournure de raillerie pour ne pas avoir de faute à endosser à cause de lui en particulier, celle de ne pas faire blêmir quelqu’un même si cela ne se passe pas en public.

Le Ikar Sifté Hakhamim précise en citant ‘Hillel que les mitsvoth sont un lien entre les hommes et D. et que, lorsqu’un homme réprimande son prochain, il applique une mitsva et tisse un lien de plus entre lui et le Créateur. Réprimander quelqu’un est un acte délicat car, si la réprimande revêt un caractère altruiste, mettant en pratique l’enseignement du verset précédent :

לא תעמֹד עלדם רעך אניה

“Ne sois pas indifférent au danger de ton prochain : Je suis l’Eternel…..”

Le danger est celui que la personne court en agissant dans l’ignorance et, la remontrance a un autre aspect : éviter une complicité tacite :

לא תשא עליו חטא

“Tu n’endosseras pas une faute à cause de lui”…… car nous devons reprendre celui qui contrevient à la conduite normale du Juif vis-à-vis du Créateur, il faut s’entourer de certaines précautions et réprimander selon un processus que Maïmonide décrit dans le Livre de la Connaissance au chapitre traitant de l’Amour du Prochain. Les précautions à prendre ainsi que le processus sont les suivants :

Tout d’abord, attendre que la personne soit seule, qu’il n’y ait aucun tiers présent afin que, si la personne rougissait, il n’y aurait personne d’autre au courant de l’intervention, puis, en cas de récidive, recommencer une deuxième et même une troisième fois, la réprimande jusqu’à ce que le transgresseur soit sur le point de vous frapper et réponde qu’il ne veut rien savoir. Il faut donc tout tenter1 pour essayer de sortir son prochain de l’ornière dans laquelle il se trouve en transgressant une mitsva mais, pour éviter que cette personne ne fasse cette faute, il ne faut pas soi-même se mettre en état d’encourir une autre faute, c’est ce qui explique la précaution à prendre pour parler en privé comme le conseille les pirké avot : celui qui inflige un outrage en public à son prochain n’a pas de part au monde futur. Cependant, malgré les difficultés, on ne doit pas hésiter.

Si le contrevenant arrivait à commettre une faute grave envers D on pourrait le fustiger, le reprendre vivement même en public, par contre, si la faute est entre deux hommes, il faut laisser les hommes s’expliquer entre eux et, si aucune “explication” ne se produit pour des raisons personnelles, il faut simplement s’enquérir du fait que l’offensé ne garde pas rancune2.

Il faut donc douceur et persuasion pour réprimander mais il faut user de patience car les résultats pourront être longs à obtenir. Or, bien souvent, on hésite à remontrer quelqu’un alors que l’on devrait toujours avoir en mémoire les versets suivants tirés des Proverbes de Salomon 28,23 :

” Celui qui reprend les gens finit par gagner leur bienveillance bien mieux que le flatteur “

Ou encore (10,17): “tenir compte des réprimandes c’est suivre le chemin de la vie, fuir les remontrances c’est s’égarer” ou également (15,32) Qui délaisse la morale fait bon marché de sa personne, qui écoute les réprimandes, acquiert de l’intelligence”….. car, en recevant une réprimande, on “s’achète un cœur” ou attribut.

Celui qui réprimande prend une responsabilité : il va montrer à son ami comment il doit corriger dans sa conduite pour être zakay: innocent. En conséquence, réprimander est se montrer responsable vis-à-vis de la collectivité.

Caroline Elishéva REBOUH

1 -Le commentaire midrashique de Sifra sur le Lévitique s’exprime de la sorte : il faut se rendre 4 ou même 5 fois chez quelqu’un que l’on doit réprimander. Dans la guemara de Baba Metsia 23a il est dit qu’on doit même aller 100 fois chez son prochain pour le réprimander.

2 – Guemara Yebamoth 65b : “si la remontrance est trop inutile car l’homme est violent ou trop enfoncé dans le mal, on sera dispensé de faire la remontrance ou, s’il s’agit aussi d’un moqueur car le moqueur tourne tout en dérision et finira par vous haïr (Proverbes 9,8).

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