La démocratisation du F-35 ne nuira pas à la supériorité aérienne d’Israël

Yuval Cohen affirme que si les Émirats arabes unis devraient recevoir le F-35, Israël recevrait probablement une technologie plus avancée des États-Unis.

Crédit photo: US Air Force Photo \ f35.com

Contrairement aux légendes et films américains, dans la vraie vie, les bons ne gagnent pas toujours. Pendant la Seconde Guerre mondiale, par exemple, c’est le pilote nazi Erich Hartman qui a été nommé «champion du nombre d’avions abattus» durant la guerre. Hartman (1 404 missions de combat, 352 abattages certains d’avions ennemis) participa avant même la guerre à un programme de cadets de la Luftwaffe, destiné à former des pilotes de planeurs comme réserve pour l’armée de l’air nazie. Celle qui a appris à Hartman à voler était sa mère, qui a également suivi une formation de pilote de planeur dans le cadre du programme.

Hartman, surnommé «Diable Noir» par les pilotes soviétiques, était en effet aussi talentueux qu’un démon. Interrogé sur ses capacités opérationnelles après la guerre, il a attribué son succès dans les batailles aériennes à un trait rare – une approche par l’arrière particulièrement sensible. Alors que Hartman pouvait facilement sentir l’avion ennemi en le regardant par derrière, la plupart des pilotes ennemis qui avaient été abattus par lui n’avaient aucune idée qu’il se trouvait déjà avec eux dans le même espace aérien.

Cette anecdote illustre le degré d’adaptation requis d’un pilote pour remplir sa fonction, avant que les avions de combat ne deviennent ce qu’ils sont aujourd’hui : des systèmes d’armement informatisés, pour la plupart autonomes. La personnalité et les talents du pilote se reflétaient dans ses compétences en vol à un niveau si important que les pilotes ont développé des «relations» professionnelles avec des pilotes rivaux qu’ils ont identifiés par le style (ou la signature) de vol unique qui les caractérisait.

L’importance du contrôle de l’espace aérien en temps de guerre, qu’il s’agisse de missions tactiques ou stratégiques, a conduit les armées du monde à sélectionner leurs meilleurs candidats pour des rôles de pilotage. L’acuité visuelle, la rapidité d’analyse de la pensée, la coordination et une excellente perception spatiale ont été les premiers indicateurs du rôle convoité. Dans l’armée de l’air israélienne (qui s’inspire de l’armée de l’air britannique), la devise «être les meilleurs pilotes» a pris racine. En effet, au-delà de la technologie, l’avantage de l’armée de l’air israélienne sur les forces aériennes voisines s’exprime principalement dans la qualité de la composante humaine. Mais l’importance de cette composante diminue avec la transformation des avions de combat en ordinateurs volants.

 

Le projet F-35 est le projet de développement militaire le plus coûteux de l’histoire (1,5 milliard de dollars). Selon les données de l’avion fournies par le constructeur, Lockheed-Martin, il s’agit d’un système d’arme furtif polyvalent, capable d’effectuer un large éventail de tâches opérationnelles dans des conditions d’exploitation complexes. De la collecte de renseignements, en passant par l’attaque de cibles (air-sol) aux batailles aériennes avec des avions ennemis. Le F-35 est censé être le couteau suisse de l’armée de l’air.

Certains discuteront de la supériorité du F-35 sur les autres avions de combat dans le champ d’attaque, mais une statistique est incontestable: la capacité furtive de l’avion. La zone de sa section transversale radar est infime, 3,8 millimètres (juste à titre de comparaison, la signature qu’un F-15 de génération antérieure laisse sur l’appareil radar est d’environ 13 mètres). Mais la véritable innovation du F-35 semble être son système d’autodéfense. C’est la splendeur de la création technologique. Si jadis le pilote avait besoin d’un «arrière particulièrement sensible» pour rester en vie, aujourd’hui un système de vison globale à 360 degrés permet à tout bon pilote de devenir un excellent pilote .

Cela signifie que la différence entre un pilote de chasse des Émirats arabes unis et un pilote de chasse israélien est presque inexistante, étant donné qu’ils pilotent tous deux un avion du même modèle. On s’attend d’ailleurs à ce que le pilote américain maintienne sa supériorité de toute façon, grâce au développement du F-22, l’avion de combat le plus meurtrier jamais créé. Y a-t-il une crainte qu’Israël perde sa supériorité aérienne si les armées arabes sont équipées d’avions avancés? La réponse est, apparemment, négative.

Le fait que les États-Unis envisagent d’équiper les Émirats arabes unis de F-35 indique une seule chose: pour les Américains, le F-35 appartient déjà à la technologie d’hier, comme tout autre avion piloté. On s’attend à ce que les technologies américaines, et même améliorées, ouvrent un nouveau fossé technologique en peu de temps et fassent également la transition vers des véhicules aériens sans pilote qui mettent un terme à l’égalité formelle.

 

Le niveau de technologie atteint par les États-Unis dans le développement de véhicules aériens sans pilote a été révélé avec la chute du drone RQ-4 Global Hawk d’espionnage américain au-dessus du détroit d’Ormuz en juin 2019. Malgré leurs diverses désignations, les drones d’espionnage BAMS (BASM-D [US Navy Broad Area Maritime Surveillance, c’est à dire la version navale du RQ-4 Global Hawk, ndlr]) et les avions F-35 partagent un large éventail de technologies et de capacités, et ont en fait été développés conjointement. Dans le même temps, la campagne menée par les États-Unis contre le terrorisme sur le continent africain est largement basée sur les attaques d’UAV, en tant que programme-pilote préliminaire pour la mise en place de la plupart du système de réponse aérienne par les drones.

Le moment choisi par les États-Unis pour partager le F-35 avec des armées étrangères suggère qu’apparemment, le prochain saut évolutif important dans le domaine de la suprématie aérienne, le développement d’avions d’attaque polyvalents sans pilote, a déjà été couronné de succès depuis longtemps. .

Une armée qui cherche à maintenir sa suprématie doit agir selon deux tendances qui semblent, à première vue, fondamentalement opposées. Il doit veiller à garder au moins une longueur d’avance technologique sur ses adversaires, tout en investissant dans la qualité et la formation de la composante humaine comme si l’avantage technologique était entre les mains de l’adversaire. Tant qu’il y a un pilote en chair et en os dans le cockpit, la composante humaine reste un facteur important dans la réussite de la mission. Puisqu’il est impossible d’empêcher la vente de technologies et la fuite de technologies avancées dans les armées voisines, il faut trouver diverses manières d’exprimer l’avantage le plus stable, la qualité de la composante humaine, même à travers l’écran de l’amélioration technologique.

israeldefense.co.il

Adaptation de l’hébreu : Marc Brzustowski

 

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