Rassemblement de La Brigade des Mères
L’association La Brigade des Mères a été créée en juin 2014, par Nadia Remadna. Son objectif : remettre la République au cœur des quartiers, défendre la laïcité, l’égalité entre les hommes et les femmes, lutter contre la montée du radicalisme religieux ou encore combattre l’échec scolaire et les violences familiales. Après l’avoir vue en action dans un reportage de France 2 consacré à l’accueil peu amène des hommes réservé aux femmes dans certains quartiers de banlieues, nous avons souhaité en savoir plus sur cette association et sa fondatrice.

Dans ce reportage, on a pu voir Nadia Remadna et Aziza Sayah filmer en caméra cacher les réactions des hommes à la présence de femmes dans certains lieux publics en banlieue parisienne. Des réactions de rejet, qu’elles expliquent par un problème de tradition, de culture, mais aussi de religion.

Documentaire édifiant, à visionner pour avoir une idée de l’ampleur de ce phénomène.


Société : quand les femmes sont indésirables dans les lieux publics

Ces deux femmes sont des militantes de « La Brigade des Mères ».

Pourquoi cette appellation ?

« Dans toutes les civilisations chrétienne, musulmanes, juives, les femmes sont garantes de l’éducation des enfants, qui assureront la formation de la prochaine génération. C’est dans les mains des femmes que repose en particulier l’éducation des garçons et des filles, d’autant plus que la femme a été douée d’une perspicacité spéciale et d’une compréhension considérable. La mère a la charge de porter l’enfant et de l’aider à se développer, dès sa naissance jusqu’à l’école maternelle. Le caractère de l’enfant est façonné par le comportement de ses parents envers lui et principalement par celui de sa mère, qui lui est plus proche… ». (http://www.brigadedesmeres.net/)

L’association décrit son action autour de 4 pôles : l’Ecole de la République des Mères,  les Résolutions du Conseil Associatif d’application des Lois, le Label Éthique «Brigade des Mères École de la République des Mères », et « Les ponts de la connaissance ».

En particulier, l’Ecole de la République des Mères, dispense une formation entièrement financée d' »Accessibilité à la connaissance des Lois de la République ».  Son objectif : renforcer les capacités des participants leur permettant: 1)d’acquérir une meilleure connaissance des concepts judiciaires et législatifs liés au genre dans toutes les phases du continuum judiciaire 2) de comprendre l’impact des « conflits civils » : déscolarisation, Police judiciaire, Tribunaux, JAF, Juge des enfants, Pénal, Services Sociaux sur les femmes et les hommes, et de saisir les opportunités de l’application des Lois républicaines et les défis de l’égalité entre femmes et hommes dans la résolution des conflits civils.

Autre pôle d’activité qui est particulièrement intéressant : « les ponts de la connaissance », des sorties offertes aux enfants et à leur mères pour« Lancer les ponts de la connaissance et du savoir pour les Mères et leurs enfants. Je suis pour l’excellence et pour la culture française. Nous avons les meilleurs Musées, les plus beaux châteaux, la plus belle ville, Paris, les meilleurs intellectuels. Ouvrons les ghettos géographiques et psychologiques. »

Programme ô combien intéressant et crucial aujourd’hui, dans ce contexte où la France semble avoir perdu de vue la République.

Comment l’association agit-elle concrètement ? Obtient-elle des résultats?

JFORUM (JF) : Nadia Remadna, il est écrit sur votre site que vous avez été obligée de quitter votre collège à Champigny-sur-Marne, pour vous rendre en Algérie avec votre père. Quel a été le déclic qui vous a poussée à revenir en France ?

Nadia Remadna (NR) : Lorsque je suis arrivée là-bas, j’ai vécu l’enfermement, au sens littéral du terme. Nous étions « invitées » à rester à la maison, nous, les femmes de la famille.

Et puis ce n’était pas mon pays de naissance, pas ma culture. Je voulais retrouver mes origines ici, en France, mon école, mes valeurs. J’en ai eu assez. J’en suis partie vers 1988, à peu près, je ne m’en souviens plus, et ai été hébergée en France grâce aux contacts noués en Algérie.

JF : Comment avez-vous vécu ce retour en France ? Comment avez-vous jugé la situation ?

NR : J’ai été choquée de voir qu’en fait je quittais une prison pour en retrouver une autre. Pas pour moi, mais pour beaucoup de femmes dans les banlieues.

J’ai été bénévole pour plusieurs associations. Travaillé en tant que médiatrice scolaire. Jusqu’au jour où mon contrat n’a pas été renouvelé.

Mais les mères en difficulté continuaient de m’appeler, et donc je ne pouvais pas les laisser tomber. Alors, j’ai repris leurs dossiers et ai continué à les suivre. Et j’ai décidé alors de créer lassociationLa Brigade des Mères.

JF : Quel a été l’accueil réservé à cette association, par les pouvoirs publics, notamment ? Comment êtes vous financés ?

NR : A ce jour, nous sommes bénévoles, et ne bénéficions toujours pas de subventions… Excepté un dossier en cours auprès de la région Ile-de-France, après avoir été reçus par Valérie Pécresse.

Et nous n’avons toujours pas de local ! A priori, nous pourrons enfin emménager dans un local vers le mois de février 2017, si les travaux sont finis, et si on ne nous le retire pas…

En théorie, les pouvoirs publics nous soutiennent. Nous avons été reçus plusieurs fois par Mme Laurence Rossignol (Ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des femmes), qui nous soutient.

Mais pas de fonds à l’horizon…

JF : Pouvez-vous nous dire combien de formations à l’Ecole de la République des Mères, et de sorties des Ponts de la Connaissance ont pu être organisées ?

NR : Pour le moment, une quinzaine de chaque. Vous savez, à cause du local que nous n’avons pas, et qui nous oblige à organiser les ateliers chez nous, et aussi parce que les gens ont peur, peu passent à l’acte.

Les gens se manifestent car ils sont intéressés, mais beaucoup ne vont pas jusqu’au bout.

En attendant, nous en profitons pour rôder en pratique les programmes, pour détailler ce que nous voulons : nous ne voulons pas seulement permettre aux gens d’apprendre. Mais aussi les inciter à transmettre ce qu’ils apprennent.

Pour organiser des conférences, des ateliers. Notamment avec notre partenaire la F.A.T.E. (Families Against Terrorism and Extremism).

J’ai écrit « Comment j’ai sauvé mes enfants ».

Vous savez, je suis très déçue de l’attitude des politiques. A droite comme à gauche. J’ai plutôt une sensibilité de gauche. Mais ma famille politique aussi m’a déçue.

Beaucoup sont dans le déni. Je parle de faits, de la réalité. Je cherche à alerter sur la radicalisation. Radicalisation qui touche potentiellement tout le monde.

J’essaie de proposer des outils pour lutter contre cela, pour remettre la République au centre.

On me colle des étiquettes. D’antiraciste je suis devenue pour beaucoup une facho.

Mon combat, qui n’est ni de gauche, ni de droite, mais qui est un combat de citoyen, n’est pas bien pris.

Aujourd’hui j’ai encore des ennuis avec mon employeur (l’I.F.A.C.).

J’essaie d’alerter, mais on ne veut pas voir. Malgré les attentats. Malgré l’assassinat du père Hamel. Malgré tout.

Par peur ?

Aujourd’hui encore, le reportage sur France 2 a reçu beaucoup de soutiens et de messages d’encouragement. Mais aussi des réactions niant ce qui y est décrit : « en réalité ça ne se passe pas comme ça ! »

Et maintenant, « qu’est-ce qu’on fait » ?

Ce sera d’ailleurs le titre de notre prochaine conférence l’année prochaine…

Solange Hendi

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