Lettre de Na’hmanide à son fils (1267)

Moïse Nahmanide

C’est à Jérusalem, la Ville Sainte, que je t’écris cette lettre. Car, – grâce et louange en soient rendues au Rocher, mon Sauveur-, j’ai eu le privilège d’atteindre Jérusalem en paix le 9e jour du mois d’Eloul et de m’y arrêter, jusqu’au lendemain de Yom Kippour, où j’avais l’intention d’aller à Hévrone la ville des Tombes de nos Pères, afin de me prosterner en face d’elles, et de me choisir une tombe pour moi-même, avec l’aide de D.ieu*.
Que vous raconterai-je au sujet de la Terre, sinon qu’elle est abandonnée et déserte au-delà de tout ce que l’on peut imaginer. Paradoxalement, la ruine est inversement proportionnelle à la Sainteté : Jérusalem est en ruines plus que tout le reste ; et la Terre de Juda, plus que la Galilée.
Et pourtant, malgré toutes ses ruines, cette Terre est merveilleusement bonne. Jérusalem compte environ 2000 habitants, dont 300 Chrétiens, échappés au glaive du Sultan. Aucun Juifs n’y habite. Car, à l’arrivée des Tartares, les Juifs se sont enfuient, d’autres ont été massacrés par le glaive. Seuls sont restés deux frères teinturiers, qui achètent leurs teintures au gouverneur. Autour d’eux, se réunissent juste le nombre d’hommes qu’il faut pour constituer le Minyan des prières du Chabbat qui se font à leur domicile.
Nous les avons encouragés à plus de zèle, et avons trouvé, en effet, une maison abandonnée, construite en colonnes de marbre avec une belle coupole de marbre avec une belle coupole, et nous l’utilisons comme synagogue. Car la ville est entièrement livrée au domaine public et chacun est libre de s’approprier les immeubles abandonnés.
Nous avons fait le vœu de restaurer cette synagogue et, déjà, nous avons fait un premier pas, en allant reprendre à Sichem des rouleaux de la Torah qui se trouvaient auparavant à Jérusalem et qu’on avait enterrés là-bas lors de l’arrivée des Tartares.
Maintenant la synagogue est debout et nous y faisons nos prières. Nombreux sont d’ailleurs les Juifs qui viennent à Jérusalem en va-et-vient continu, hommes et femmes de Damas, de Zova, de toutes les provinces d’Erets, pour voir le Saint Temple et pleurer sur lui.
Que celui qui nous a permis de voir Jérusalem en sa ruine nous permette de la voir dans sa reconstitution et sa restauration, lorsque la Gloire de la Che’hina y reviendra.
Et que toi, mon fils, ainsi que tes frères et toute ta famille, vous ayez le privilège de goûter la beauté de Jérusalem et la Consolation de Sion…

Nahmanide - Wikiwand

Mis en page par NG

*projet que Na’hmanide n’a pu réaliser. Il est enterré à Acre.

Avraham Yaari, Igrot Erets Israël, p. 85
Traduction d’André Neher

 

 

L’intérieur voûté de la synagogue Ramban de Jérusalem

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