Israël entre deux présidents

BESA Center Perspectives Paper n ° 1810, 10 novembre 2020

RÉSUMÉ EXÉCUTIF: Alors que le président élu Joe Biden commence à former son administration, Israël doit se préparer, à la fois, à la période de transition menant au transfert du pouvoir le 20 janvier 2021 et aux quatre années suivantes.

L’une des réalités auxquelles Israël devra s’adapter pendant une administration Biden est que Barack Obama jouera probablement un rôle, officiellement ou non, en tant que conseiller sur la sécurité nationale ou les affaires politiques. Cela signifie qu’Israël doit commencer à avoir des conversations avec des membres de la nouvelle administration Biden plutôt que de poursuivre, dans les derniers jours du mandat de Trump, des objectifs que l’administration Biden n’acceptera pas.

Il a été suggéré qu’Israël exploite les derniers mois de la présidence Trump pour étendre sa souveraineté sur certaines parties de la Cisjordanie. Cela ferait écho à l’approche de Barack Obama, qui, lors de sa propre transition hors du Bureau ovale en décembre 2016, a soutenu la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations Unies, totalement anti-israélienne, rejetant la demande du président élu Trump de ne pas le faire.

Appliquer la souveraineté israélienne à certaines parties de la Cisjordanie au cours des deux prochains mois sans coordination avec la nouvelle administration Biden pourrait tellement déranger cette administration que des pressions seraient exercées pour déclarer illégitime toute souveraineté israélienne en Cisjordanie. La mise en œuvre de la souveraineté pourrait même entraîner l’imposition de sanctions américaines à Israël (en ce qui concerne le développement des implantations, la souveraineté ou les deux), une décision qui serait chaleureusement approuvée par des membres du Congrès tels que Rashida Tlaib, Ilhan Omar et le sénateur Bernie Sanders.

Israël doit absorber le fait que le Parti démocrate d’aujourd’hui n’est pas le même parti qu’il était il y a huit ans. Il est devenu extrémiste à certains égards, un processus qui s’est fortement intensifié en réponse à l’entrée de Trump à la Maison Blanche et s’est accéléré tout au long de son mandat de quatre ans en réponse à ses politiques, tant nationales qu’étrangères. Les positions pro-palestiniennes et anti-israéliennes se sont multipliées et ont accru leur emprise sur les circonscriptions démocratiques. Des voix se font déjà entendre suggérant la réouverture des bureaux de l’Organisation de libération de la Palestine à Washington et le transfert des activités de l’ambassade américaine à Tel Aviv depuis Jérusalem.

Mais le problème le plus compliqué de l’application de la souveraineté à l’heure actuelle concerne les Émirats arabes unis, le Bahreïn et le Soudan, ainsi que (implicitement) l’Arabie saoudite. Ces pays considéreront la mise en œuvre israélienne de la souveraineté sans coordination préalable avec eux comme une preuve de fraude israélienne, car l’excuse pour normaliser les relations avec Jérusalem était l’accord d’Israël de reporter indéfiniment l’application de la souveraineté en Cisjordanie. Si Israël répond à l’éloignement de Trump en se retirant immédiatement de son engagement de ne pas faire respecter la souveraineté, les nouveaux amis de Jérusalem sentiront qu’il les a trompés. Ce sentiment fonctionnera sûrement contre les intérêts israéliens.

Pendant la période intérimaire avant l’entrée en fonction de Biden, Israël doit contacter les dirigeants des Émirats arabes unis, du Bahreïn, du Soudan, de l’Arabie saoudite et de l’Égypte en vue de créer un bloc conjoint devant agir ensemble devant la nouvelle administration. Ce bloc présenterait un front uni sur ces questions : que les États-Unis ne s’inclinent pas devant l’Iran concernant le dossier nucléaire, ne lèvent pas les sanctions contre l’Iran et ne permettent pas à Téhéran de s’ingérer dans les affaires d’autres pays. Cette coalition peut éventuellement donner à Israël l’approbation tacite d’appliquer sa souveraineté à certaines parties de la Cisjordanie, mais Jérusalem ne devrait pas mettre en œuvre un tel plan sans coordination préalable avec ces pays. En effet, la coordination avec les nouveaux amis d’Israël dans le monde arabe et musulman est plus importante que la coordination avec la nouvelle administration Biden, aussi vitale que cela soit.

Au cours des deux prochains mois, Israël peut encourager la recherche d’une solution au problème de ce qu’est devenue l’Autorité palestinienne après que le Hamas l’a rejetée de Gaza il y a 13 ans – avant que l’Autorité palestinienne, pendant les huit années au pouvoir de l’administration Obama, ne devienne un État terroriste en faillite et corrompu, entièrement fondé sur la haine d’Israël.

Jérusalem devrait approuver un plan visant à créer les Émirats palestiniens dans lequel sept émirats séparés et indépendants sont construits dans les villes de Cisjordanie de Jénine, Naplouse, Tulkarem, Qalqilya, Ramallah, Jéricho et la partie arabe d’Hébron. Une fois les Émirats palestiniens établis, Israël pourra appliquer sa souveraineté aux zones rurales. Biden, Harris et Obama ne pourront pas relancer l’Autorité palestinienne sclérosée et autodestructrice, et les pays de la coalition ne verseront pas beaucoup de larmes à sa disparition.

En abordant l’administration Biden comme un front uni, Israël et ses cinq amis dans le monde arabe bénéficieront tous d’une position grandement améliorée. Comme le disait Ésope au sixième siècle avant JC, unis nous sommes; divisés nous tombons.

Leur alliance peut être utile non seulement sur la question iranienne, mais également sur une autre question clé: les eaux du Nil. Des tensions sont apparues entre l’Égypte et l’Éthiopie au sujet d’un barrage construit par l’Éthiopie sur le fleuve qui menace de réduire le débit d’eau vers l’Égypte à de bas niveaux dangereux.

Si cette alliance est basée sur la scène du Moyen-Orient en tant que groupe actif, d’autres nations arabes et islamiques la rejoindront probablement. Les pays qui pourraient être intéressés sont l’Irak, le Maroc, Oman, le Koweït, la Mauritanie, le Tchad et le Niger. Au fur et à mesure que l’alliance grandit, son poids politique est susceptible d’augmenter aux yeux de l’administration Biden, et tous les États membres en seront bénéficiaires – à la fois de leur coopération interne et de leur capacité à présenter un bloc unifié à l’administration américaine.

Est-ce une utopie? Absolument pas. Il y a un an, nous n’aurions même pas rêvé de normalisation avec les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Soudan. Et si Trump quitte ses fonctions le 20 janvier suite à l’effondrement du régime iranien face à un tel bloc, ce sera un diamant dans la couronne de l’héritage de Trump.

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Le lieutenant-colonel (res.) Le Dr Mordechai Kedar est chercheur associé principal au Centre Begin-Sadat pour les études stratégiques. Il a servi pendant 25 ans dans le renseignement militaire de Tsahal spécialisé dans la Syrie, le discours politique arabe, les médias de masse arabes, les groupes islamiques et les Arabes israéliens, c’est un expert des Frères musulmans et d’autres groupes islamistes.

Lieutenant-colonel (res.) Dr Mordechai Kedar

Lieutenant-colonel (res.) Dr Mordechai Kedar

Le lieutenant-colonel (res.) Dr. Mordechai Kedar est maître de conférences en études arabes et en études du Moyen-Orient à l’Université de Bar-Ilan et chercheur associé au Centre Begin-Sadat pour les études stratégiques. Courriel: mordechaikedar@gmail.com

4 Commentaires

  1. Pourquoi faire comme si Biden était définitivement élu ? Ce n’est pas encore le cas et quelle sera l’attitude de Trump si par hasard il triomphait, après tous ces mamours d’Israel auprès de Biden?

    • Aucune : la diplomatie est ce qu’elle est. Il n’y a que les Américains qui votent en Amérique, ils sont responsables des résultats. Israël a et aura des relations avec le pouvoir en place quel qu’il soit. On peut refaire le monde tant que ça nous chante, en attendant

    • Biden, président ou pas, ne sera plus aux commandes dans quelques semaines. Sa colistière, la « vice-presidente », elle, est opposée à Ysraël.
      Elle ne s’en cache pas, d’ailleurs.

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