Après avoir tiré des missiles sur Erbil, l’Iran estime que l’Irak devient une « source de menaces » contre sa sécurité

Depuis sa création, Israël a toujours entretenu de bonnes relations avec les Kurdes irakiens, au point de leur avoir fourni une secrète assistance militaire et humanitaire dans les années 1960/70 [.pdf]. D’où son soutien au référendum sur l’indépendance de la région autonome du Kurdistan irakien, en septembre 2017.

À l’époque, Gideon Sa’ar, alors ancien ministre de l’Intérieur, avait expliqué qu’il suffisait « d’observer la répartition des Kurdes sur une carte pour comprendre qu’ils [pouvaient] constituer un barrage à l’expansion de l’islam radical », et notamment celui, à l’époque, de l’État islamique [EI ou Daesh]. « Compte tenu de la présence de l’Iran à l’est et de l’instabilité dans la région, une entité kurde solide, stable, cohérente au milieu de ce bourbier n’est pas une mauvaise idée », avait aussi estimé le général Yaïr Golan, ex-numéro deux de Tsahal.

Et ce n’est sans pas un hasard si, en septembre 2021, Erbil, la capitale du Kurdistan irakien, accueillit une conférence ayant réuni 300 participants, dont des chefs tribaux, pour demander une normalisation des relations entre l’Irak et l’État hébreu. « Nous demandons notre intégration aux accords d’Abraham [signé sous l’égide des États-Unis par les Émirats arabes unis, en 2020]. Tout comme ces accords prévoient des relations diplomatiques entre les signataires et Israël, nous aussi nous voulons des relations normales avec Israël », fit valoir le communiqué final.

Évidemment, une telle déclaration fut dénoncée par le gouvernement irakien, celui-ci ayant qualifié la conférence d’Erbil de « réunion illégale ». Chef religieux chiite [mais opposé à l’Iran] à la tête du principal parti politique du pays, l’influent Moqta Sadr, appela à arrêter « tous les participants » quand les députés issus du Hachd al-Chaabi, une organisation paramilitaire soutenue par Téhéran, dénoncèrent un « acte criminel ».

Quoi qu’il en soit, ces bonnes relations entre le Kurdistan irakien et Israël sont-elles de nature à procurer des facilités au Mossad, le service de renseignement israélien, dans le nord de l’Irak? C’est ce que prétend le Corps des gardiens de la révolution iranien, après avoir revendiqué le tir de douze missiles balistique Fateh 110, dans la nuit du 12 au 13 mars.

Dans un premier temps, les autorités du Kurdistan irakien ont pensé que ces missiles avaient visé le consulat des États-Unis établi à Erbil. « Il n’y a pas de pertes humaines, que des dommages matériels », ont-elles fait savoir, notant cependant qu’au moins deux personnes avaient été blessées. « Nous condamnons cette attaque terroriste lancée contre plusieurs secteurs d’Erbil, nous appelons les habitants à garder le calme », a ensuite déclaré Masrour Barzani, le Premier ministre de cette région autonome.

Ce que plus tard que les Gardiens de la révolution ont affirmé avoir visé un « centre stratégique de la conspiration et du vice des sionistes » avec de « puissants missiles de pointe ». Et de prévenir : Toute nouvelle attaque par Israël aura une réponse dure, décisive et destructrice ». Plus tôt, ils avaient averti Israël qu’il « paierait » pour la mort, en Syrie, de deux de leurs hauts gradés dans des frappes israéliennes, effectuées trois jours plus tôt. Plus précisément, la télévision d’État iranienne a parlé d’une attaque contre des « bases israéliennes secrètes » et le « siège du Mossad à Erbil ».

« Il s’agit d’allégations sans fondements. […] Il n’y a pas de sites israéliens dans cette région, il n’y a que le nouveau bâtiment du consulat américain », a assuré Oumid Khouchnaw, le gouverneur d’Erbil.

De son côté, le gouvernement irakien a dénoncé une « violation flagrante de la souveraineté » de l’Irak et indiqué avoir « convoqué l’ambassadeur en Irak de la République islamique d’Iran » pour « lui communiquer les protestations du gouvernement sur les frappes de missiles », lesquelles ont donné lieu à des « pertes matérielles » et des « dommages dans des installations civiles et les habitations des citoyens ».

En attendant, Téhéran assume son action. « Il n’est en aucun cas acceptable qu’un de nos voisins, avec qui nous entretenons des relations profondes […] devienne une source de menaces pour la République islamique », a justifié Saïd Khatibzadeh, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, le 14 mars.

« L’Iran ne tolérera pas la présence près de ses frontières d’un centre de sabotage, de complot et d’expédition de groupes terroristes » et le gouvernement irakien « a été averti à plusieurs reprises […] qu’il ne faut pas permettre que ses frontières avec l’Iran deviennent dangereuses », a-t-il ajouté.

Comme le rapporte Courrier International, citant le quotidien irakien Al-Alam Al-Jadid, « cette frappe balistique iranienne sur Erbil ouvre les portes d’un nouveau conflit […] et d’un changement d’un équilibre des forces au sein de la région, notamment avec les conséquences de la crise russo-ukrainienne » tout en portant « plusieurs messages à l’intention de certaines parties en Irak ».

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