Il faut « désoixantuitardiser » la France !

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Valeurs d’avenir. Dans un appel, 16 députés UMP ou apparenté estiment qu’« il faut sortir de la société émolliente que nous a léguée Mai 68 et replacer l’autorité au coeur de la laïcité.»

Le 7 janvier 2015, les enfants de Mai 68 ont enfin ouvert les yeux. Antiraciste, droit-de-l’hommiste, naturellement méfiante à l’égard de l’ordre et des frontières, cette génération a longtemps nié les problèmes liés à l’immigration, à l’insécurité et à la dislocation du modèle familial conservateur qu’elle a contribué à dynamiter. Elle qui proclamait “Il est interdit d’interdire” a consacré sa domination en se claquemurant dans une pensée unique. Les Zemmour, Finkielkraut ou Houellebecq en savent quelque chose. Nous n’interdisons plus : nous bâillonnons. Nos inquisiteurs modernes appliquent le droit cathodique, et le tweet bashing a opportunément remplacé les cailloux pour les lapidations publiques.

Symboliquement, ses représentants les plus talentueux — héritiers des lanceurs de pavés voltairiens et libertaires — ont été assassinés avec leurs adversaires historiques — les “flics” — dans une même frappe aveugle. Et c’est ainsi que la France est descendue dans la rue autant pour clamer “Il est interdit d’interdire” que pour ressusciter des choses oubliées : la Marseillaise, le goût d’être ensemble, et même pour applaudir la police. Quel paradoxe !

En testant au paroxysme l’esprit de Mai 68, celui-ci s’est placé devant ses propres contradictions et a entamé inexorablement son déclin. Il subsiste encore quelques digues, par exemple celle de “réfuter les amalgames” par peur de verser dans “l’islamophobie” ou le “racisme”. Nier l’altérité ne suffit pas à oublier la complexité : effectivement, tous les musulmans ne sont pas des terroristes en puissance mais il faut bien constater que tous ces assassins se proclamaient musulmans. Les musulmans de France ne se sentent pas solidaires des terroristes, mais comment se sentiraient-ils à 100 % Charlie, à partir du moment où certains dessins les insultent ? Au coeur de cette différence d’appréciation, il y a bel et bien un choc culturel sur la notion de sacré, entre un Occident qui dans sa jeunesse a proclamé “Dieu est mort” et pour qui le blasphème moderne est le crime contre l’humanité, et l’islam où l’homme se soumet à son créateur.

La droite française peut jouer le rôle de pont : elle partage un attachement à la liberté d’expression et aux droits de l’homme mais comprend la blessure des musulmans lorsqu’on s’attaque au sacré, étant culturellement plus en phase avec le fait religieux. Mais néanmoins, son apport ne peut pas se limiter seulement à promouvoir une “laïcité intelligente”. Voilà des années que les républicains de tous bords invoquent la laïcité. Et pourtant, lentement, d’autres lois que celles de la République grignotent nos écoles, nos services publics, nos quartiers.

Notre diagnostic est que ce désastre est d’abord celui de l’école de la République, déconstruite par Mai 68. Il faut la “désoixantuitardiser”, pour acter la sortie de la société émolliente que les lanceurs de pavés du Quartier latin nous ont léguée. Fermer les yeux, c’est dépenser toujours plus, dans des situations dont le caractère de nécessité etd’urgence est parfois contestable, en actions de politique de la ville, cohésion sociale, et en clientélisme associatif, au nom d’une culture de l’excuse qui veut que l’origine ethnico-sociale abolisse la responsabilité d’un individu sur ses actes.

La vraie réponse au 7 janvier, c’est l’autorité. Sans elle, la laïcité n’a pas de colonne vertébrale. L’autorité inclut le respect de tous, mais elle signifie assumer la verticalité et la sanction : que l’on ne se contente pas de “surveiller” les ennemis de l’intérieur mais qu’on les neutralise par tous les moyens. Le peuple français ne continuera pas encore très longtemps à engraisser le Magicien d’Oz.

Députés cosignataires : Julien Aubert (Vaucluse) ; Sylvain Berrios (Val-de-Marne) ; Édouard Courtial (Oise) ; Jean-Pierre Decool (Nord) ; Nicolas Dhuicq (Aube) ; Sauveur Gandolfi-Scheit (Haute-Corse) ; Annie Genevard (Doubs) ; Claude Goasguen (Paris) ; Philippe Gosselin (Manche) ; Arlette Grosskost (Haut-Rhin) ; Sébastien Huyghe (Nord) ; Geneviève Levy (Var) ; Jean-François Mancel (Oise) ; Philippe Meunier (Rhône) ; Charles de La Verpillière (Ain) ; Philippe Vitel (Var).

Valeurs actuelles

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