A la mémoire de nos chers disparus - Cliquez ici
Accueil France Idriss Sihamedi interpellé, ONG perquisitionnée

Idriss Sihamedi interpellé, ONG perquisitionnée

930 vues
1

Evry-Courcouronnes : Idriss Sihamedi interpellé chez lui, les locaux de son ONG perquisitionnés

Le responsable de cette association « humanitaire islamique » (ou humanitaro-terroriste) basée à Evry-Courcouronnes a été interpellé tôt ce mercredi suite à une plainte de Zohra Bitan, chroniqueuse à RMC. La police a également perquisitionné les locaux de l’ONG.

 Idriss Sihamedi, président de l’ONG BarakaCity, a été interpellé à son domicile ce mercredi matin.
Idriss Sihamedi, président de l’ONG BarakaCity, a été interpellé à son domicile ce mercredi matin. YouTube BarakaCity

Le 14 octobre 2020 à 18h55, modifié le 14 octobre 2020 à 22h55

Idriss Sihamedi a été placé en garde à vue ce mercredi au commissariat d’Évry. Le président de l’ONG Baraka City, dont les locaux se trouvent à Evry-Courcouronnes depuis 2012, a été interpellé à 6 heures du matin à son domicile. Il lui est reproché d’avoir violemment pris à partie sur Twitter, où il est suivi par 33 000 abonnés, la chroniqueuse de la radio RMC, Zohra Bitan.

Celle-ci avait porté plainte le 18 septembre 2020 pour harcèlement sur les réseaux sociaux. « Elle faisait état de la diffusion de 120 tweets diffamatoires, depuis le compte Twitter de Driss Yemmou, dit Sihamedi, et de la création par celui-ci d’un hashtag dénonçant sa personne, repris dans près de 1 500 tweets », écrit dans un communiqué la procureure d’Evry-Courcouronnes, Caroline Nisand. Elle ajoutait que « le compte Twitter de Driss Yemmou avait procédé à la publication de la photographie d’un courrier recommandé volé dans sa boîte aux lettres », poursuit la magistrate.

Il encourt une peine maximale de 5 ans de prison

Dans la foulée de cette plainte, une enquête préliminaire était ouverte par le commissariat d’Évry « pour des faits de harcèlement au moyen d’un support numérique ou électronique ayant entraîné une ITT supérieure à 8 jours et vol de correspondance avec dégradation, faits réprimés par une peine maximale de 5 ans d’emprisonnement », ajoute le parquet.

L’interpellation d’Idriss Sihamedi a été accompagnée d’une perquisition dans les locaux de l’association islamique Baraka City. Les images n’ont pas tardé à être relayées sur Twitter par le compte officiel de l’ONG. Sur la vidéo, l’homme qui filme fait le tour des locaux et constate que plusieurs portes ont été fracturées par les forces de l’ordre. L’ONG a déjà fait l’objet d’une perquisition, en mai 2017. Une enquête préliminaire avait été ouverte en mars 2016 par le parquet de Paris pour « financement du terrorisme » et « association de malfaiteurs terroriste ». Elle sera classée sans suite trois ans plus tard.

Les locaux de l’ONG avaient déjà été perquisitionnés

Le 9 octobre, Idriss Sihamedi anticipait d’ailleurs une nouvelle visite des policiers dans les locaux de BarakaCity. « Plusieurs caméras de vidéo surveillance installées au siège nous permettront de retransmettre les premières images d’une perquisition (si c’est envisagé) en temps réel ». Ce qui lui avait valu une réponse dans la foulée de la préfecture de l’Essonne, toujours sur le réseau social.

« Suite à la diffusion d’images de vidéosurveillance, installée sans autorisation, des locaux de l’association Barakacity, la préfecture de l’Essonne a saisi le procureur de la République sur le fondement de l’article L.254-1 du code la sécurité intérieure ». Dans ce texte, le fait d’installer un système de vidéoprotection ou de le maintenir sans autorisation, de procéder à des enregistrements de vidéoprotection sans autorisation, est puni de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende.

Un rassemblement de soutien devant le commissariat

L’avocat de Sihamedi, qui n’a pas répondu à nos sollicitations, s’est exprimé face caméra dans une vidéo diffusée sur la page Facebook de l’ONG Baraka City : « Mon client a été placé en garde à vue pour harcèlement moral sur Twitter. Il a également été auditionné cet après-midi, pour des faits de diffamation, également sur Twitter ». Le conseil dénonce les conditions d’interpellation de son client : « Dépêcher Le Raid à 6 heures du matin pour une personne qui a un casier judiciaire vierge… »

Il se dit par ailleurs « scandalisé de ce qu’il s’est passé dans les locaux de Baraka City, qui n’ont rien à voir avec les activités de M.Sihamedi dans le privé et en tant que journaliste indépendant », conclut-il. Un rassemblement de soutien à son client s’est tenu ce mercredi à 17 heures devant le commissariat. Une cinquantaine de personnes étaient présentes.

Une cinquantaine de personnes étaient rassemblées devant le commissariat en soutient à Idriss Sihamedi, placé en garde à vue. Facebook BarakaCity
Une cinquantaine de personnes étaient rassemblées devant le commissariat en soutient à Idriss Sihamedi, placé en garde à vue. Facebook BarakaCity  

 

 

leparisien.fr

 


 

Mais qui est Idriss Sihamedi, l’influenceur fondamentaliste qui vient d’être arrêté ?

LAURE DAUSSY · 

Fondateur de l’ONG BarakaCity, Idriss Sihamedi, très suivi sur les réseaux sociaux, s’est lancé depuis la rentrée dans une offensive contre le projet de loi sur le séparatisme. Ce mercredi matin, les locaux de BarakaCity ainsi que le domicile de son président ont été perquisitionnés. Sihamedi a été arrêté, accusé de harcèlement sur Twitter, après avoir dévoilé des informations d’ordre privé concernant l’ex-journaliste de Charlie Zineb El Rhazoui. Portrait d’un « néo-salafiste ».

 

EXCLU WEB

Le hashtag « Soutien BarakaCity » était en tête sur Twitter toute la matinée, signe de son influence sur le web auprès de certains militants fondamentalistes ou indigénistes. Ce mercredi matin, les locaux de BarakaCity ont été perquisitionnés et son président, Idriss Sihamedi arrêté. L’avocat de l’association, Me Samim Bolaky, dénonce des « violences policières très lourdes ». Les vidéos des locaux après la perquisition ont été relayées sur le compte Twitter de l’association et l’on voit des portes et des caméras de surveillance cassées. « Des lits retournés, table cassée, paniers et linge retourné. La police a empêché à l’épouse du président Idriss Sihamedi de s’habiller et de couvrir d’une couette son fils de 4 ans qui dormait avec elle », peut-on lire également sur le compte Twitter de BarakaCity. « La chasse aux musulmans est lancé », ajoutent-ils sur Facebook. Idriss Sihamedi est poursuivi pour avoir dévoilé dans une série de tweets des informations d’ordre privé au sujet de l’ex-journaliste de Charlie Hebdo Zineb El Rhazoui, qui a déposé plainte.

Si la perquisition était aussi musclée, c’est aussi probablement parce que Idriss Sihamedi a lui-même lancé une offensive contre la loi sur le séparatisme. Il a organisé, au siège de BarakaCity ce qu’il a appelé des « réunions de crise »« afin de mettre en place des dispositifs appropriés permettant de stopper la chasse aux musulmans lancée par Gérald Darmanin et Marlène Schiappa ». Il évoquait carrément une « résistance » : « Nos objectifs sont clairs : parasiter ces manœuvres politiques visant à neutraliser les musulmans, sécuriser la communauté musulmane, rendre indépendant les lieux de cultes et les imams. Mettre en place une résistance acharnée sur tous les fronts, tous les niveaux par tout le monde ! ».

Idriss Sihamedi veut se présenter comme rassemblant sous sa bannière la communauté musulmane (comme si tous les musulmans se reconnaissaient dans un énergumène qui ne sert pas la main aux femmes). Il a tenté de tracer des ponts avec la mouvance indigéniste, invitant Houria Bouteldja, fondatrice des Indigènes de la République, à le rejoindre, via Twitter. Il avait même annoncé qu’il allait rencontrer des députés LREM opposés à la loi sur le séparatisme. Mais était-ce du bluff ? Jusque-là, il n’a reçu aucun soutien politique affiché. Suite à son arrestation, on constate des soutiens de la mouvance issue du CCIF, Collectif contre l’islamophobie en France, comme son président Marwan Mohammed ou encore Siham Assbague, créatrice du collectif « Stop le contrôle au faciès », à l’origine de camps d’été décoloniaux. Un rassemblement de soutien à Sihamedi a été lancé devant le commissariat d’Evry-Courcouronnes, mercredi 14 octobre. « Mobilisons-nous pacifiquement », est-il précisé.

Un « néo-salafiste »

Mais qui est donc Idriss Simahedi ? Il réfute dans plusieurs interviews le terme de « salafiste ». Pourtant, ses prises de positions le classent sans aucun doute du côté des fondamentalistes. Au début de la crise du Covid, il se réjouissait : « C’est la première fois de ma vie que je peux dire à une femme qui veut me serrer la main ‘non’ dans la joie et la bonne humeur. Ça fait bizarre de voir que des choses halal deviennent normales ».

Plus récemment, il a défendu la polygamie, en la mettant sur le même plan que l’adultère. « Pour rappel : la polygamie en islam est le fait d’avoir plusieurs femmes ayant les mêmes droits, statuts que la première épouse. Sans cachotteries. L’inverse de ce que beaucoup d’hommes politiques ont fait et continuent sûrement de faire. » Une défense d’autant plus drôle quand on relit ce tweet de 2015 : « Que notre jeunesse prenne garde à la fornication. Si Allah l’a interdit c’est assurément pour préserver l’honneur et la société ». Et pour couronner ce beau programme de vie, rappelons qu’en 2016, il rechignait sur le plateau de Canal + à condamner Daech. Sur le même plateau, il avait fait parler de lui lorsqu’il avait refusé de serrer la main de Najat Vallaud-Belkacem (alors ministre de l’Éducation nationale).

Pour des spécialistes des mouvement islamistes comme Bernard Godard, Sihamedi peut être qualifié de « néo-salafiste » : il ne prône ni le quiétisme, ni la violence contrairement aux salafistes « classiques », mais souhaite participer au débat public en y faisant influer ses idées.

Idriss Sihamedi est donc un néo-salafiste qui expose tweet après tweet ses préceptes sur les réseaux sociaux. Son influence est loin d’être négligeable. Sur son compte Twitter – où il se présente comme journaliste et « lanceur d’alerte » ! – il compte 32 000 followers. Et 42 000 sur Facebook. Le compte de Barakacity est encore plus suivi : 700 000 abonnés sur Facebook. On voit, dans la masse de réaction ce matin, que l’ONG a une puissance de mobilisation importante.

Une association suivie de près

BarakaCity, présentée sur son site comme « une association humanitaire qui vient en aide aux populations démunies partout dans le monde » s’était illustrée notamment dans l’aide aux Rohingyas en Birmanie, mais aussi par des interventions au Bangladesh, en Syrie, à Gaza ou au Togo. Ses locaux, immenses, de 1000 m2, se situent dans la Zone d’activité d’Évry-Courcouronnes. Francis Chouat, député de cette circonscription de l’Essonne souligne : « Il y a quelques années, Baraka City était avant tout perçue comme une association humanitaire. Beaucoup s’étaient laissés prendre au piège. À tel point que dans ma propre équipe municipale, certains voulaient les soutenir. Mais les propos d’Idriss Sihamedi sur Twitter ont permis de montrer qui ils sont vraiment ». D’ailleurs, dans une enquête réalisée par Streetpress, Sihamedi expliquait : « Nous avons un rôle politique (…). Il est aujourd’hui de notre devoir de prendre position dans certains conflits, d’interpeller les politiques et d’amener le débat sur table. » 

Sur le plateau de Canal+ en 2016, Sihamedi n’avait condamné qu’à demi-mot Daech. Mais a-t-il eu des liens avec le terrorisme ? Baraka City avait affiché sa proximité avec l’association Sanabil, association d’aide aux détenus qui, en réalité, était proche de terroristes et avait été dissoute par Bernard Cazeneuve. « Nous remercions l’association Sanabil qui nous a permis d’approcher des victimes. Et une grande pensée pour son président lui-même victime » avait alors twitté Baraka City en 2015. Mais lorsqu’elle organisait des voyages humanitaires en Syrie, l’ONG prenait bien soin de transmettre aux services de police les pièces d’identités des participants pour montrer patte blanche. Le président de BarakaCity se targuait même… d’empêcher des jeunes de partir faire le djihad, soulignant qu’« à plusieurs reprises », il a « repêché des gars venus [le] voir pour partir à Raqqa ».

BarakaCity a fait l’objet de perquisitions en 2015 et en 2017, sans qu’il n’y ait aucune suite. En 2015, c’était suite au survol sans autorisation d’un drone qui filmait le départ d’un convoi d’ambulances pour la Syrie. En 2017, une enquête était confiée à la sous-direction antiterroriste (Sdat) et l’Office central pour la répression de la grande délinquance financière pour des soupçons de financement du terrorisme. Les investigations portaient sur des transferts de dons à l’étranger. L’enquête a finalement été classée sans suite en 2019. Fiché S, Sihamedi est en tout cas toujours suivi par les renseignements, notamment, selon nos informations, par des organes de renseignement économique. Les fonds de son association sont considérables : elle aurait reçu, depuis 2013, 16 millions d’euros. Parmi ses soutiens financiers, des footballeurs de la Ligue 1, mais aussi les rappeurs Rohff ou La Fouine.

BarakaCity avait poursuivi ses activités « humanitaires » pendant le Covid : ainsi, tout en se réjouissant de ne pas serrer la main des femmes grâce à la pandémie, Idriss Sihamedi distribuait des masques auprès d’hôpitaux pendant le confinement.

Sihamedi est en tout cas caractéristique de ces nouveaux leaders de l’islam fondamentaliste qui associe humanitaire, fibre sociale et mobilisation identitaire et religieuse. Comme Tarik Ramadan a perdu de sa superbe depuis ses mises en examen, une place était à prendre.

Nous avions commencé ce « portrait » avant son arrestation, nous aurions voulu lui poser quelques questions, mais, dès que nous avons commencé à le suivre sur Twitter pour le contacter, il s’est empressé de nous bloquer. Dommage, on ne va plus pouvoir lire ses préceptes salafistes. ●

charliehebdo.fr

1 COMMENTAIRE

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.