La guerre à Gaza pourrait se poursuivre au-delà de la guerre d’usure et s’accompagner d’une autre guerre encore plus difficile au Liban.

Si les choses restent en l’état et que le Hamas n’est pas totalement décapité ! Sinwar à qui les Gazaouis ont fait allégeance continueront à payer de leur vie la survie du Hamas du moins ce qu’il en reste. L’équation au Liban n’est pas la même. Le rejet du Hezbollah est réel, comme le rejet de l’Iran en Irak et en Syrie.

La responsabilité d’Obama et de Biden est immense dans cette situation. La peur d’affronter l’Iran oblige à Israël à payer le prix fort en affrontant tous les mercenaires de l’Iran (Hamas, hezbollah, Houthis et compagnie). Dans ce contexte l’arrivée possible de Kamala Harris serait un drame pour la région. Et ceux qui moquent Trump au sujet de la 3e guerre mondiale sont des sots, car si Israël était amené à combattre seul l’Iran c’est bien ce qui pourrait se passer par enchainements successifs.

La guerre qui a débuté le 7 octobre 2023 à Gaza est déjà la seconde plus longue guerre de l’histoire de l’État d’Israël, dépassant déjà celle de 1948-1949 (9 mois) et approchant la guerre d’usure contre l’Égypte en 1969-1970 (16 mois). Elle est déjà la plus meurtrière de toutes, en particulier pour la population de Gaza. Il est malheureusement très possible que non seulement cette guerre à Gaza se poursuive encore au-delà de celle de la guerre d’usure, mais qu’elle s’accompagne en plus d’une autre guerre peut-être encore plus difficile au Liban.

Après l’ampleur et l’horreur de l’attaque du 7 octobre 2023, il était difficile pour Israël, quel que soit le gouvernement, de ne pas vouloir et annoncer la destruction de l’organisation qui avait perpétré cela. Or, s’il y a bien quelque chose que l’on a appris de toutes les guerres que l’on mène depuis des dizaines d’années contre des organisations armées est bien qu’on ne peut y parvenir par le seul ciblage à distance. Cela peut suffire pour contenir un ennemi, mais pas pour le détruire. Pour cela, il faut l’étouffer, c’est-à-dire conquérir et contrôler le terrain dans lequel il vit. C’est beaucoup plus risqué pour ses troupes que de larguer des bombes à distance et très délicat lorsqu’il faut évoluer et combattre au sein d’un espace urbain densément peuplé, mais il n’y pas d’autre solution. Cette conquête-occupation est par ailleurs une greffe qui a toutes les chances d’être rejetée si elle s’effectue brutalement et si elle n’est pas perçue localement comme un minimum légitime. C’est fondamentalement et après des années d’erreurs, le modèle de la pacification de Bagdad en 2007-2008 contre l’État islamique en Irak et l’armée du Mahdi dans un espace trois fois plus vaste et peuplé que Gaza.

Considérant leur position stratégique et leur expérience comme uniques, les militaires israéliens ne regardent pas beaucoup les guerres étrangères. Par ailleurs, ils ne veulent plus occuper complètement des espaces hostiles après les expériences passées difficiles et considèrent qu’ils n’ont plus les moyens de le faire. La population de Gaza a cru de moitié depuis le retrait israélien de 2005 pour atteindre 2,1 millions d’habitants alors que les forces terrestres de Tsahal ne cessaient au contraire de diminuer. Sur le papier, celles-ci représentent encore 526 000 soldats d’active (dont seulement 26 000 professionnels) et surtout de réserve, mais la guerre en cours a montré que Tsahal pouvait difficilement engager au combat plus de vingt brigades de contact (blindés, infanterie, parachutiste ou commando) en même temps, soit les neuf brigades d’active et onze brigades de réserve ou formées à partir des écoles militaires. Les brigades d’active sont par principe permanentes, mais les autres peuvent difficilement être engagées plus de deux mois consécutifs. Ces brigades sont par ailleurs assez légères, avec trois ou plus rarement quatre groupements tactiques interarmes (GTIA) d’environ 500 hommes. C’est donc entre 30 000 et 40 000 hommes que les Israéliens peuvent réellement engager au contact de l’ennemi en même temps. C’est moins que tous les adversaires réunis à Gaza.

Pour reprendre l’exemple évoqué de Bagdad en 2007-2008, les Américains avaient alors déployé 35 000 hommes dans la capitale irakienne (et on rappellera qu’ils ont eu 600 morts dans cette expérience d’un an). La différence était cependant que les Américains n’étaient pas seuls puisqu’ils pouvaient compter sur l’aide de 50 000 soldats et policiers irakiens, ce qui donnait un peu plus de légitimité à leur action et permettait une relève, mais aussi 20 000 mercenaires locaux, dont d’anciens ennemis, intégrés à leurs unités. Les Israéliens, eux, sont seuls et ils ont d’autres adversaires potentiels que le Hamas à Gaza. Ils ne veulent donc pas engluer à Gaza toutes leurs forces déployables, très supérieures en volume à, par exemple, celles de la France, mais quand même limitées par rapport aux enjeux. Ils ont donc adopté une stratégie de très longue haleine, visant d’abord à éliminer le maximum de membres du Hamas et des organisations alliées (Jihad islamique, FPLP, etc.) par des frappes aériennes massives, puis par de grands raids de bouclage et destruction méthodique, à Gaza-Ville, Khan Yunes et à Rafah depuis le mois de mai 2024.

Les Israéliens ont également solidifié la barrière frontalière avec notamment un accroissement du glacis à son abord et surtout ils ont mis en place un corridor fortifié coupant en deux le long de la route 719 le territoire de Gaza aux deux tiers nord. Les fortins de ce corridor de Netzarim sont actuellement tenus par la 99e division et trois brigades de réserve, en relève régulière. La 162e division, d’active s’est de son côté emparé d’une bande de deux kilomètres le long de la frontière entre Gaza et l’Égypte. Les Égyptiens aidés des Américains ont proposé la mise en place d’une solide barrière de blocage et de surveillance souterraine et de surface le long de la frontière, mais l’arrivée de la 143e division de réserve dans la zone semble indiquer que les Israéliens préfèrent y installer un nouveau Netzarim.

Outre la 162e division poursuivant la sécurisation — un euphémisme pour éviter de dire « nettoyage » — de Rafah, la 98e division, l’autre division d’active, mène des raids de brigades limités dans le temps à l’intérieur des poches nord et sud entre les corridors afin de casser toute reconstitution de forces ennemies. Les frappes aériennes se poursuivent également contre toute cible considérée de grande valeur, comme le 12 juillet dernier lorsque huit bombes d’une tonne sont larguées dans le camp de réfugiés d’al-Mawasi afin de tuer Rafe Salama le chef de la brigade de Khan Yunes et surtout Mohammed Deif, le chef des brigades al-Qassam, l’armée du Hamas. Au prix d’un nouveau massacre épouvantable, le bombardement a tué Salama et peut-être Deif.

Quel est le bilan stratégique de tous ces efforts ? Avec désormais 16 à 20 000 combattants ennemis revendiqués comme tués et autant de blessés graves ou prisonniers, le gouvernement israélien peut estimer avoir presque « détruit tactiquement » le Hamas et ses alliés. Ceux-ci ne peuvent plus mener d’offensives en Israël au sol comme dans le ciel, hormis parfois avec quelques roquettes peu dangereuses. La sécurité est donc rétablie dans le sud du pays et sans doute pour longtemps. Une fois le nettoyage de Rafah terminé, il sera possible grâce à la barrière et aux corridors de quadriller le territoire à la manière de la Cisjordanie et de frapper sans trop de risques et de pertes israéliennes toute nouvelle concentration de forces ennemie qui se présenterait.

On compte 326 soldats israéliens tués à ce jour dont 1/5e du fait de tirs fratricides, une proportion très importante qui témoigne à la fois d’une débauche de feu et d’un manque de contrôle interne. C’est relativement peu au regard de l’ampleur des combats, mais avec également près de 400 blessés graves et 1600 blessés légers, cela peut commencer à faire beaucoup lorsque cela se concentre sur quelques brigades. La seule 84e brigade Givati, la plus touchée, a perdu 50 morts. En utilisant au maximum la puissance de feu aérienne, l’artillerie ou le direct à distance (canons de chars et canons-mitrailleurs) et en protégeant au maximum les soldats avec du blindage lourd, les risques sont effectivement contenus. Plus de 40 combattants ennemis beaucoup moins protégés et moins équipés d’armes à distance tombent pour un seul soldat israélien. Ce soldat israélien tombe désormais tous les quatre jours et non plus toutes les sept heures au plus fort des combats de décembre 2023.

Pour autant on est loin de l’objectif initial annoncé de destruction du Hamas et de libération de tous ses otages. Le Hamas et ses principaux leaders, sauf peut-être Deif, sont toujours là dix mois après le début de la guerre et continuent de combattre même très affaiblis, ce qui peut déjà être considéré pour eux et ceux qui les observent comme une victoire. S’il ne peut pour l’instant plus attaquer sérieusement le territoire israélien, le Hamas peut toujours harceler les corridors et les forces israéliennes qui pénétreraient à nouveau dans Gaza. Ce sont des combats désormais de faible ampleur, mais des combats quand même, ce qui suffit à leur propagande. Avec l’attaque-surprise du 7 octobre — en omettant ou niant même les horreurs sur les civils — la poursuite des combats jusqu’à aujourd’hui et la libération de 260 prisonniers en échange d’otages, la popularité du Hamas est au plus haut chez les Palestiniens, y compris à Gaza où elle était descendue très bas, et cette popularité au détriment de l’Autorité palestinienne ou du Fatah était sans doute le but principal recherché.

Le Hamas détient par ailleurs toujours 116 otages, et l’action militaire israélienne, sans être négligeable, a eu beaucoup moins d’effets pour libérer les 105 autres que les concessions accordées au Hamas. Le Hamas et ses alliés contrôlent encore la majorité du territoire et de la population de Gaza et compensent en partie leurs pertes en recrutant dans le vivier de tous ceux qui veulent se venger des Israéliens. Dans ces conditions, le Hamas se sent suffisamment fort pour ne négocier qu’un cessez-le-feu permanent, autrement dit la fin de la guerre et donc la victoire. Comme il n’en est évidemment pas question et que le gouvernement israélien n’a rien à faire du reste du monde, la guerre continue et continuera sans doute longtemps, au désespoir de la population.

Dans un article récent (ici) qui a fait grand bruit, plusieurs auteurs de The Lancet décrivent une situation humanitaire terrible où ils reprennent les estimations de décès du ministère de la santé palestinien (37 396 au moment de l’article, presque 39 000 aujourd’hui) et celles évidemment extrêmement incertaines de 10 000 disparus dans les décombres. En soustrayant les morts de combattants et les morts naturelles (5 000 en moyenne en dix mois de temps de paix), il y a un consensus parmi les non-militants pour estimer les pertes civiles directes de cette guerre à une fourchette macabre de 20 à 30 000 morts et le triple ou quadruple de blessés plus ou moins graves, soignés dans des conditions difficiles. Pour le site AirWars, qui ne s’intéresse qu’aux effets des frappes aériennes, celles-ci ont constitué d’assez loin le plus grand pourvoyeur de victimes civiles et bien sûr de dégâts avec un tiers des bâtiments du territoire sévèrement endommagés, en particulier dans les terribles mois d’octobre à décembre 2023. Les auteurs de The Lancet insistent en fait surtout sur la crise humanitaire et sanitaire en cours et qui pourrait sur les années à venir provoquer encore plus de morts. De manière très empirique puisque ce n’est pas une étude, ils alertent en expliquant qu’au total 186 000 personnes (en multipliant simplement par 4 les chiffres actuels) pourraient avoir péri toutes causes confondues du fait du conflit dans les années à venir.

Voici donc le destin promis pour l’instant aux gens de Gaza, les « sacrifiés nécessaires » selon Yahya Sinwar, complices des auteurs du pogrom du 7 octobre ou au moins gêneurs pour le gouvernement israélien, condamnés à vivre dans un univers à la « New York 1997 » les frappes aériennes en plus, ballotés au gré des combats, sans possibilité de fuir du territoire, sans écoles et travail, vivants de l’aide humanitaire qu’on laissera bien entrer, et laissés sous la coupe de clans et de groupes armés comme le Hamas car il n’est pas question pour Israël de l’administrer ou de laisser l’Autorité palestinienne ou quiconque d’autre le faire. Le mal est donc contenu dans Gaza, mais au prix d’un siège éternel, d’une vie épouvantable pour ses habitants et d’un État de guerre permanent pour les Israéliens. Comme cela ne satisfait pas encore à certains, il est très fortement question de faire la même chose au Liban.

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3 Commentaires
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Alain

On a beau tergiverser, appeler l’Histoire à la rescousse, il n’y a qu’une issue pour obtenir la paix : l’élimination du hamaSS et celle du Hezbollah, l’annexion – enfin – de la Judée Samarie et la libération du Mont du Temple. Sinon, effectivement, c’est la guerre ad vidam eternam.

Damran

Si Biden la marionnette déréglée arrêtait d’emmerder Israël en exigeant toutes sortes de concessions invraisemblables dont le seul but est d’obtenir la capitulation de Tsahal, les choses iraient mieux.
De plus, si Sleepy Joe fournissait les armes qu’il a bloquées pour empêcher Israël de finir plus vite la guerre de Gaza, tout en défendant mieux le nord d’Israël qui est entre les mains du hezbollah qui y fait la loi de façon dévastatrice, les choses iraient beaucoup mieux.
Enfin, parmi ces armes sous embargo, certaines pourraient mettre à mal les enturbannés iraniens et les calmer pour un moment.
Malheureusement, ces contraintes insupportables imposées à Israël n’ont pour objectif que d’épargner tout conflit avec l’Iran qui se fout de la gueule du monde.
Les missiles de précision utilisés par le hezbollah font des dégâts monstres dans le nord d’Israël, et ils ont déjà détruit plus de la moitié des villes frontalières.
Il semble évident que les installations militaires américaines aient les protections nécessaires pour bloquer toute attaque des houtis/iraniens, mais Israël ne peut pas profiter de ces technologies qui protègent en premier lieu, des civils israéliens….

Guidon

Sauf que les nouvelles recrues du hamas s’il y en a vraiment n’ont pas l’expérience du combat et ce n’est pas simple d’affronter de vrais soldats !