Les organisations armées affiliées à l’État islamique contestent le régime du groupe terroriste du Hamas dans la bande de Gaza et cherchent à renverser le régime islamiste qu’elles accusent d’être non islamique et dénué d’esprit djihadiste.

Une attaque de roquettes par un petit groupe affilié à l’Etat islamique à Gaza plus tôt ce mois-ci et les multiples attaques aériennes israéliennes sur des cibles du Hamas illustrent la fragilité de la trêve, en place depuis le conflit de deux mois entre le Hamas et Israël terminé en août 2014.

Bien que le Hamas n’ait pas été à l’origine de la récente attaque de roquettes, l’armée de l’air israélienne a ciblé un certain nombre d’éléments du groupe terroriste avec des frappes aériennes et les forces de défense israéliennes ont laissé entendre que les frappes aériennes étaient des ripostes des provocations dangereuses du Hamas, ces dernières semaines.

Cette situation explosive et complexe témoigne du fait que le Hamas préfère exploiter qu’il n’y ait pas  actuellement de conflit de grande ampleur avec Israël pour renforcer son aile militaire, remplir ses dépôts de roquettes et creuser des tunnels pour de futures attaques transfrontalières. Pourtant, dans le même temps, les petits groupes affiliés à l’Etat islamique, connus sous le nom de djihadistes salafistes, cherchent à provoquer un conflit armé avec Israël.

Cette divergence n’est pas simplement tactique. Le noyau idéologique dur de l’État islamique considère le Hamas comme un mouvement illégitime, du fait qu’il revendique le nationalisme palestinien tout en le mélangeant avec une identité islamique. Dans la vision du monde de l’Etat islamique, toutes les formes de nationalisme doivent être écartées, en faveur d’une seule identité islamique mondiale.

Le professeur Boaz Ganor, fondateur et directeur exécutif de l’Institut international de lutte contre le terrorisme dans la ville israélienne d’Herzliya, a déclaré à JNS.org que les défis du Hamas face aux djihadistes salafistes sont semblables à ceux que le Fatah et l’Autorité palestinienne avaient – et continuent d’avoir – avec le Hamas lui-même.

“Une des erreurs fondamentales commises par Yasser Arafat dans les années 1990 après son retour dans la Bande de Gaza et en Cisjordanie dans le contexte des Accords d’Oslo, c’est que, quand le Fatah avait les moyens de le faire, il a choisi de ne pas nuire à l’infrastructure du Hamas. Il n’a jamais combattu le Hamas et a choisi de sauvegarder les capacités de l’organisation “, a déclaré Ganor.

“Il était commode pour Arafat de faire croire que le Fatah était une aile modérée, œuvrant sérieusement pour trouver un  accord avec Israël, tandis que les membres du Hamas se radicalisaient. Il a essayé de dompter “le tigre du Hamas” de Gaza, et à l’avenir, peut-être fera-t-il de même en Cisjordanie “, a-t-il déclaré. “Et aujourd’hui, le Hamas fait exactement la même erreur avec Daesh.”

Si le Hamas choisissait d’écraser les djihadistes salafistes à Gaza et de mettre fin à leur présence, il le pourrait donc “sans difficultés”, a soutenu Ganor. “Mais il ne veut pas faire cela, pour cultiver l”impression qu’il y a un groupe plus extrême qu’il ne l’est lui-même, dans l’arène palestinienne. Ce qui lui permet de présenter le Hamas comme une force rationnelle et stabilisante dans l’arène”, explique l’expert.

La stratégie semble fonctionner, selon Ganor, du moins en surface. Israël s’est abstenu de détruire le Hamas pendant le conflit de deux mois à Gaza au cours de l’été 2014, au motif d’une inquiétude profonde qu’un tel résultat créerait un vide qui serait vite rempli par les djihadistes salafistes.

Mais aujourd’hui, devant la nouvelle approche adoptée par le Hamas, Ganor est convaincu que le sort du groupe dirigeant de Gaza “sera le même que celui du Fatah. S’ils ne maîtrisent pas les Salafis maintenant, il se pourrait bien que le tigre se fasse rapidement dévorer dans un proche avenir.

Les groupes armés affiliés à l’Etat islamique à Gaza constituent une menace actuelle et future pour le régime du Hamas, car ils pourraient à tout moment opter pour une escalade des violences, ce qui entraînerait le Hamas dans un conflit de grande ampleur avec Israël,  quand bien même ni le Hamas ni Israël ne le voudraient, au moment où les Salafis fraperaient.

La situation est devenue encore plus complexe avec l’ascension au pouvoir à Gaza de Yayha Sinwar, issu de la ligne la plus dure du Hamas.

Sinwar, qui est une personnalité de premier plan dans l’aile militaire du Hamas, a favorisé la coopération avec l’Etat islamique dans la péninsule voisine du Sinaï en Egypte. En conséquence, le Hamas s’est retrouvé contraint de coopérer étroitement avec l’Etat islamique dans le Sinaï, tout en étant dans une situation où il se trouve en conflit sporadiquement avec ces mêmes forces de Daesh, dans son propre fief à Gaza.

Le groupe terroriste de la province du Sinaï,  affilié à l’Etat islamique, est favorable au conflit armé contre le Hamas, que mènent ses frères, affiliés à l’Etat islamique à Gaza. Ce qui n’empêche nullement un lucratif commerce des armes avec Hamas et de toucher des revenus qui proviennent de la vente de l’accès à ses tunnels qui relient le Sinaï à Gaza, pour cette contrebande d’armes.

Sinwar a favorisé ces liens et a ignoré les objections de l’aile politique du Hamas. Cela ne garantit cependant pas que Sinwar continuera à promouvoir les liens avec l’Etat islamique dans le Sinaï, selon Shlomo Brom, qui dirige le Programme des relations israélo-palestiniennes à l’Institut d’études de sécurité nationale de Tel-Aviv.

Malgré les nombreux rapports, selon lesquels la conduite de Sinwar serait prévisible, Brom a confié à JNS.org que, “je n’ai aucune idée de comment il va se comporter. Tout ce qui a été écrit sur ce sujet jusqu’à présent est basé sur l’hypothèse erronée, que si quelqu’un se comporte d’une certaine manière dans une organisation, cette personne se comportera de la même manière à l’avenir en changeant de poste. “

Brom a déclaré qu’une fois qu’il aura pris la direction du bureau politique à Gaza, Sinwar aura une vue différente de celle qu’il avait lorsqu’il était dans l’aile militaire. “Je ne peux pas entrer dans son esprit et savoir comment il agira,” a-t-il dit.

Le Hamas a eu besoin de l’Etat islamique dans le Sinaï pour passer des armes à travers les tunnels qui ont survécu aux efforts de l’armée égyptienne pour les détruire, mais il a aussi d’autres considérations à prendre en compte, a déclaré Brom.

Brom, qui était à la tête de la Division de la planification stratégique de la FDI dans la Direction de la planification de l’état-major général, estime que le but principal des djihadistes salafistes est de délégitimer le régime du Hamas.

“Je ne pense pas que les djihadistes salafistes puissent représenter un défi significatif au régime du Hamas à ce stade, mais ils constituent un problème pour le Hamas, dans la mesure où ils le dominent sur le plan djihadiste, comme le prouvent les attaques de roquettes et leurs déclarations. Le but est de dire au public palestinien qu’il n’y a aucune différence entre le Hamas et le Fatah. De même que le Fatah est considéré comme un collaborateur d’Israël tout à fait inefficace, le Hamas est pointé par les Salafis comme étant de la même veine “, a déclaré M. Brom.

Dans un futur proche, les attaques de roquettes salafistes, pourraient constituer un problème majeur pour le Hamas, en pourrissant sa relation avec Israël, a averti Brom, et c’est pour y parvenir, que ces groupes lancent ces tirs de roquettes. Ils cherchent à provoquer l’armée de l’air israélienne pour exposer le Hamas aux représailles israéliennes, a-t-il ajouté.

Le Hamas, qui cherche à éviter une escalade en ce moment, ne renchérit pas aux frappes de représailles israéliennes, ce qui renforce encore le message salafiste selon lequel le Hamas est devenu “le Fatah bis”, a ajouté Brom. “Ils ne sont pas considérés comme suffisamment islamique”, affirme-t-il.

Pourtant, le Hamas peut être en mesure de contrer ce défi en améliorant ses relations avec l’Egypte, ce qui a été l’objectif d’une série de réunions récentes de haut niveau, au Caire.

Le Hamas a envoyé des délégations de l’aile militaire et de l’aile politique en Egypte ces dernières semaines, dans le cadre d’une tentative d’améliorer les liens avec le puissant régime du président Abdel Fattah El-Sisi. Jusqu’à présent, les relations avec l’Égypte étaient ouvertement hostiles. Le Caire considère le Hamas comme un allié essentiel de ses ennemis islamistes nationaux, et un partisan actif de l’insurrection de l’État islamique dans le Sinaï.

Le Hamas pourrait être tenté de jouer un double jeu, a déclaré Brom. Il pourrait tenter d’améliorer ses liens avec l’Egypte tout en maintenant ses liens avec les djihadistes dans la province du Sinaï, bien que cette approche pourrait se révéler explosive et se retourner contre le Hamas, a-t-il averti.

Ceci étant, il est clair que le Hamas fera tout son possible pour continuer à tenir tête en interne, à ses challengers djihadistes à Gaza. Mais ces salafis pourraient – à tout moment – décider de mettre le feu aux poudres, et acculer le Hamas en le contraignant à l’escalade, et en l’entraînant dans une dangereuse spirale de violences.

By Yaakov Lappin/JNS.org

JNS – traduction adaptation JForum

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