Sécurité maritime: La France se tient à l’écart d’un avertissement lancé aux Houthis par les États-Unis

PAR LAURENT LAGNEAU

Depuis quelques jours, il est de plus en plus question de mener des « actions directes » contre les rebelles Houthis [liés à l’Iran] au Yémen afin de mettre un terme à leurs attaques contre le trafic maritime en mer Rouge. Engagé dans la coalition navale « Gardien de la prospérité », lancée le 18 décembre par les États-Unis, le Royaume-Uni a évoqué cette option par la voix de Grant Shapps, son ministre de la Défense. « Si les Houthis continuent de menacer des vies et le commerce, nous serons obligés de prendre les mesures nécessaires et appropriées », a-t-il ainsi prévenu dans les pages du quotidien The Telegraph.

Le 3 janvier, alors que le porte-conteneurs « Tage », exploité par l’armateur français CMA CGM, venait d’être visé, les États-Unis, rejoints par onze autres pays, ont lancé un avertissement aux Houthis.

« Notre message doit être clair : nous demandons l’arrêt immédiat de ces attaques illégales et la libération des navires et des équipages détenus illégalement. […] Les Houthis devront porter la responsabilité des conséquences s’ils continuent à menacer des vies, l’économie mondiale et la libre circulation du commerce dans les voies navigables essentielles de la région [de la mer Rouge] », ont prévenu les douze pays signataires de ce texte, diffusé par la Maison Blanche.

Parmi ceux-ci, outre les États-Unis, on trouve le Royaume-Uni, l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande, Bahreïn, l’Italie, la Belgique, l’Allemagne, le Danemark, les Pays-Bas et le Japon. L’absence de certains pays, pourtant concernés par la situation sécuritaire en mer Rouge, peut surprendre.

C’est notamment le cas de l’Égypte qui, avec la décision d’une dizaine d’armateurs de contourner l’Afrique pour éviter les attaques lancées par les Houthis, va perdre une source importante de revenus, les redevances liées au transit dans le canal de Suez lui ayant rapporté 7,5 milliards d’euros en 2022. C’est aussi celui de la… France qui, pourtant, avait salué « toute initiative visant à renforcer la liberté de circulation en Mer rouge […], comme celle de la coalition ‘Gardien de la prospérité’ annoncée par les États-Unis le 18 décembre ».

Cependant, au moment de cette déclaration, le ministère des Armées avait tenu à préciser que la frégate multimissions [FREMM] Languedoc, qui venait d’abattre trois drones lancés par les Houthis [dont deux qui la menaçaient directement], resterait sous « commandement national ».

Reste à connaître les raisons qui ont incité Paris à se tenir à l’écart de cet avertissement adressé par ces douze pays aux rebelles yéménites… D’autant plus que, pour la France, la liberté de navigation en mer Rouge est d’une importance cruciale pour ses intérêts, ne serait-ce que pour assurer les liaisons maritimes avec ses territoires de l’océan Indien [La Réunion, Mayotte, Îles Éparses] et ceux de l’océan Pacifique.

Cela étant, lors d’une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies dédiée à la situation en mer Rouge, le 3 janvier, le représentant français, Nicolas de Rivière, a affirmé que, « par [leurs] actions armées, les Houthis portent la responsabilité extrêmement lourde de l’escalade des tensions dans la région, ainsi que pour la stabilité internationale. C’est 15% du commerce mondial qui est ainsi menacé directement par les Houthis et ceux qui les forment et les entretiennent ».

Et d’ajouter : « Pour sa part, la France rappelle que les États ont le droit de prendre des mesures appropriées pour assurer la sûreté en mer », comme elle l’a fait « lorsque la frégate Languedoc a détruit le 9 décembre des drones qui menaçaient un navire français ».

JForum.fr avec /www.opex360.com

 

 

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Franck DEBANNER

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