French writer Frederic Gros poses in Paris on October 7, 2016. / AFP PHOTO / JOEL SAGET

Frédéric Gros, Pourquoi la guerre ? Albin Michel, 2022.

Pourquoi la guerre ? - Dernier livre de Frédéric Gros - Précommande & date de sortie | fnac

C’est à une vaste recherche sur la notion même de guerre et de ses évolutions que nous invite l’auteur. Derrière le simple terme de guerre, on trouve tant de réalités diverses et variées. On parle de la guerre des ondes, la guerre des marques, des idées, des nerfs. Bref le terme qu’on ajouté au vocable guerre change tout et élargit considérablement son champ sémantique. Le tout sur l’arrière-plan de guerre en Ukraine.

J’avais envie de commencer ce compte-rendu par une citation tirée de Hegel, ce même Hegel (ob. 1831) que l’auteur cite pour critiquer son optimisme relatif. La citation parle justement du contraire de la guerre, donc de la paix. L’auteur de l’essai sur la philosophie de l’histoire pensait que les années de bonheur de l’humanité étaient les pages blanches de l’Histoire… Une sorte de vision messianique de l’humanité sur terre : cela correspondrait à un figement de l’évolution historique…

On frémit à la lecture de cette phrase qui résume bien ce qu’un autre théoricien de la guerre ou des relations internationales pensait, Clausewitz : La guerre est la poursuite de la politique par d’autres moyens. Il ne s’agit pas de stigmatiser qui que ce soit mais de jeter un coup d’œil sur la vraie nature de l’homme. Le chapitre qui m’a le plus impressionné, s’intitule Héroïsme et barbarie… Cela m’a rappelé une phrase de Charlie Chaplin lors de son témoignage sur sa pensée politique, en substance : vous tuez une seule personne et vous êtes traité d’assassin avec toute les punitions que cela implique ; mais si vous cous distinguez à la guerre et que vous en tuez un nombre considérable, vous êtes un héros et on vous décore…

Depuis la guerre du Péloponnèse et même la Seconde Guerre mondiale, les choses ont beaucoup évolué. Notamment, l’apparition de ce que l’on nomme la guerre asymétrique qui oppose un groupe ou un individu terroriste à une armée conventionnelle ; cela a ouvert sous nos pieds un gouffre, une réalité nouvelle. Ce terrorisme, notamment islamiste a changé la nature même de la guerre au sens classique du terme. Je veux dire le temps où deux armées ou plus s’affrontaient sur un champ de bataille. Il y avait de grandes batailles permettant à celui qui l’emportait de se proclamer vainqueur. Dans l’Antiquité grecque le fantassin classique s’appelait l’hoplite : Socrate en fut puisqu’il a combattu pour sa patrie athénienne les armes à la main.

Il me semble que le drame le plus saisissant provient néanmoins de la sacralisation de la guerre. La guerre sainte, celle qui se croit investie d’une mission sacrée, dont l’objectif ultime est d’éradiquer d’autres hommes… défendant d’autres causes tout aussi sacrées à leurs propres yeux ! Après les deux Guerres Mondiales, nous nous sommes habitués à des conflits armés de basse intensité, sans que l’on sache précisément ce que cette notion relativement nouvelle recouvre.

Est il permis de parler d’une guerre juste ? Et dans quel sens faudrait-il entendre le terme de justice ou de justesse ? Difficile de trancher puisque la guerre juste fait penser à un oxymore… Une cause peut être juste, mais une guerre ? Si, pour faire triompher son droit, il faut procéder à des actes d’une violence absolue, le résultat peut-il se réclamer de la justice puisqu’il aura fallu occire les innocents avec les coupables, torturer des civiles, affamer des populations qui n’ont rien à voir dans ce conflit ; comme c’est actuellement le cas en Ukraine.

En fait, l’état normal de l’humanité n’est pas, comme le croient les moralistes et les philosophes, fait d’amour et de bonté mais de violence, de tueries et de guerres… L’auteur le décrit bien en montrant que la loi, la sécurité, la paix naissent, sans exception, d’une violence sans nom, d’invasions et de prédations. C’est au terme d’indicibles souffrances que les états et les frontières se sont créés. La nature humaine est plus encline à la violence et à la force nue qu’à l’amour du prochain et la recherche de relations paisibles entre les nations et les hommes. Même si l’église chrétienne a tenté avec des succès s divers d’instaurer un certain règlement de la guerre ou tout ne devrait pas être permis, il ne peut pas y avoir de guerre juste pas plus qu’une guerre sainte. Toutes les traditions éthiques et religieuses se sont trouvées confrontées à ce dilemme : comme faire gentiment valoir son droit dans un univers om c’est le fort qui écrase faible et la violence qui établit la justice ?

Dans la tradition orale juive, on distingue principalement entre trois types de guerres : milhémét mitsw (guerre obligatoire car il faut libérer la terre promise de ses occupants païens), ensuite on a milhémét réshut, (guerre possible dépendant de conditions plus contingentes), et les guerres interdites (milhama assura). Mais cette classification ne suffit pas, il y eut d’autres règles concernant la guerre qui, en réalisé, viole toutes les conventions. Par exemple, la législation de la belle captive : quand on ramène des prisonniers dans le pays victorieux, s’il se trouve parmi les détenus une très belle femme, on ne peut pas s’en emparer n’importe comment : elle doit se couper les cheveux, se couper les ongles et attendre un certain temps avant d’avoir le droit d’en faire sa femme ou sa concubine… Mais toutes ces mesures sont destinées à tester la solidité du désir du guerrier : s’il est vraiment amoureux de cette femme captive, il attendra sagement que le déliai prescrit passe , sinon il oubliera ce qui n’était qu’une attirance éphémère. Mais dans tous les cas, cette législation est inacceptable de nos jours, quand bien même elle était très  avancée à l’épique.

La guerre sainte est indéfendable au regard de l’éthique. Il est inconcevable que Dieu charge un groupe d’hommes d’en exterminer un autre. Mais c’est pourtant ce qu’on a fait dire à de nombreux documents religieux, issus d’une prétendue révélation divine.

L’état, c’est quoi ? C’est une armée et les impôts. L’un fiance l’autre. Mais ce qui st plus grave, c’est que l’état fait la guerre et la guerre fait l’état. C’est une bien triste vérité. Ce chapitre développe des thèses connues sur la naissance des vies nationales, des guerres d’expansion pour acquérir l’espace vital ; des intimidations où un puissant état opprime un petit état voisin. Cela se passe toujours ainsi. On est plus chez Thomas Hobbes et Machiavel que chez Rousseau… Le Prince doit d’abord se parfaire en art militaire. Car il y a toujours quelqu’un tapi dans l’ombre qui veut vous déposséder de votre pouvoir… Le but de la manœuvre est de se maintenir au pouvoir.

Les développements sur la guerre totale montrent la monstruosité, l’atrocité de cette notion. Cela remonte à de lointaines périodes historiques. Cette notion se traduit par la volonté d’une des parties d’effacer l’autre, de l’annihiler entièrement. Cela me fait penser à un discours fou de Joseph Goebbels au palais des glaces à Berlin, haranguant son public qui commence à douter de la victoire finale du IIIe Reich et s’inquiète des raids aériens quotidiens de de la RAF : voulez vous, disait-il, la guerre totale ? Sous-entendu, nous allons annihiler la source de la menace pesant sur vous et tout le peuple allemand ? On connait la suite.

Un mot sur la notion si fuyante de paix : es- ce la séparation entre deux états de belligérance ? Peut-on parler de paix et de cessation des hostilités durant un laps de temps plus ou moins long, entre des états ou des individus ? J’aime bien la déclaration de Raymond Aron selon laquelle nul n’est assez fou pour préférer la guerre à la paix. Mais voilà, conceptuellement le mot pais ne se laisse définir aisément ni clairement. On a parlé de la paix des braves, de la paix des cimetières (en effet, les morts ne combattent pas), de la paix sociale (qu’on achète) etc…

Il faudrait plutôt parler de la loi de la jungle car tant de tyrans sanguinaires sont morts dans leur lit. Et nous avons sous les yeux le cas de la Russie dont le chef actuel mène une vraie guerre totale en s’en prenant à des droits humains fondamentaux, manger à sa faim, avoir de la lumière et de l’eau chaude… Et pourtant, par lassitude, un jour qu’on imagine prochain, les gens des deux côtés de la barrière se feront face pou r parler de … paix ! Il y a des paix qui sont injustes et indésirables, moralement parlant. Car l’Ukraine n’a plus besoin d’être libérée ni défendue, elle a été détruite par des bombardements quotidiens.

Maurice-Ruben HAYOUN
Le professeur Maurice-Ruben Hayoun, né en 1951 à Agadir, est un philosophe, spécialisé dans la philosophie juive, la philosophie allemande et judéo-allemande de Moïse Mendelssohn à Gershom Scholem, un exégète et un historien français. il est également Professeur à  l’université de Genève.  Son dernier ouvrage: La pratique religieuse juive, Éditions Geuthner, Paris / Beyrouth 2020 Regard de la tradition juive sur le monde. Genève, Slatkine, 2020

 

Reprise des conférences du professeur Maurice-Ruben HAYOUN à la mairie du XVIe arrondissement, 71 avenue Henri Martin 75116, salle des mariages : 

Le jeudi 19 janvier 2023 à 19 heures

Le jeudi 23 mars à 19 heures 

Contactez: Raymonde au 0611342874

 

1 COMMENTAIRE

  1. Désolé professeur HAYOUN, mais votre résumé du livre de F. GROS, n’est plus qu’un amalgame de banalités, voire de truismes. L’important étant de canaliser la pulsion de violence de chaque humain, vers ce qui serait le moins destructeur.

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