Les Eglises chrétiennes et la Shoah: une exposition plurielle à Paris

Quelles ont été les positions des Eglises chrétiennes face à l’Holocauste ? La question a souvent donné lieu à des polémiques. La réponse est tout en « nuances » – entre silences, protestations, entraide ou résistance -, entend montrer une exposition qui s’ouvre vendredi au Mémorial de la Shoah à Paris.

Intitulée « +A la grâce de Dieu+, les Eglises et la Shoah » et présentée jusqu’en février 2023, l’exposition entend « décrypter et déconstruire les controverses », assure à l’AFP l’historienne Nina Valbousquet, l’une des deux commissaires.
« Car, sauf jusqu’à très récemment, l’historiographie tend à être binaire », ajoute-t-elle. « Surtout, on a tendance à se focaliser sur les polémiques qui concernent le pape Pie XII ».
Le souverain pontife (1930-1958) est accusé d’être resté silencieux durant l’extermination des six millions de juifs, mais est aussi porté aux nues par ses admirateurs qui retiennent notamment que l’Eglise a caché au moins 4.000 juifs romains.
Aussi l’exposition, installée dans trois salles du Mémorial, veut-elle « démontrer que la question va au-delà » de ces oppositions binaires. « Le tableau qui en ressort est beaucoup plus nuancé », ajoute la commissaire.

Sont abordées les trois religions chrétiennes, en France et en Europe. « Que ce soit l’Eglise catholique, protestante, orthodoxe, on se rend compte qu’aucune n’est un monolithe », abonde Caroline François, autre commissaire.
Y compris dans le temps.
Par exemple en France: jusqu’en 1942, la hiérarchie catholique française, qui soutient l’oeuvre de restauration nationale menée par Vichy, est sensibilisée à la question des juifs d’abord sous l’angle des « convertis » (au catholicisme), explique Mme François. Elle ne comprend pas que « l’exclusion d’une communauté conduit à sa mort sociale. La prise de conscience a vraiment lieu en 1942, avec les premières rafles et l’arrestation de femmes et d’enfants ».
– archives « inédites » du Vatican –
Le visiteur pourra ainsi lire les lettres de cinq évêques, dont Mgr Pierre-Marie Gerlier à Lyon ou Mgr Jules Saliège à Toulouse, adressées aux fidèles de leur diocèse à l’été 1942 après la rafle du Vel d’Hiv. Dénonçant les déportations, elles étaient lues à la messe.

Des coupures de journaux permettent aussi de voir la décision des pasteurs de la Fédération protestante de France de lire un texte dans tous les temples du pays le 4 septembre 1942 (huit pasteurs refuseront) condamnant les persécutions et appelant les fidèles à la solidarité avec les juifs.
Des documents montrent aussi la position plutôt complaisante du clergé orthodoxe en Roumanie vis-à-vis des persécutions antisémites, dès les années 1940. Et, au contraire, les protestations du clergé orthodoxe bulgare auprès du gouvernement pour dénoncer la politique antisémite de ce dernier.
Sont aussi soulignées les actions de chrétiens mobilisés dans les réseaux d’entraide et de résistance, comme l’engagement de « mère Marie », cette russe orthodoxe réfugiée en France qui sauva trois enfants juifs de la rafle du Vel d’Hiv.
Enfin, l’exposition présente des « documents inédits » du Vatican, permis par l’ouverture toute récente aux chercheurs – en 2020 – des archives portant sur l’ensemble du pontificat du pape Pie XII, souligne Caroline François.

Il s’agit notamment de correspondance diplomatique, de rapports ou notes internes montrant différentes sensibilités et grâce auxquels « on voit bien que le Vatican n’est pas monolithique », précise-t-elle.
« On comprend mieux les facteurs qui ont poussé Pie XII à rester silencieux » – la volonté de la majorité d’administrateurs du Vatican de garder un « Etat neutre », un « anti-communisme » important ou encore des « préjugés anti-juifs assez forts » -, ajoute Mme Valbousquet.

 

 

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