Éric Zemmour et l’éthique du judaïsme

Depuis quelque temps, l’appartenance confessionnelle, en l’occurrence la judéité du candidat Zemmour à l’élection présidentielle, fait débat. Il n’est donc pas inutile de définir les enjeux et d’éclairer les débats à ce sujet. Il faut tout d’abord rappeler une évidence qui semble échapper aux commentateurs professionnels de la chose politique ; mis à part les fréquents rappels de ce qu’il croit être ses racines judéo-berbères (sic), l’ancien éditorialiste du Figaro ne se réclame pas des enseignements cardinaux de la religion juive. Je ne suis pas là pour prendre sa défense ni pour lui servir de porte-parole, mais ce sont des évidences qu’il est bon de souligner.

Ce débat ou plutôt cette confusion, a été maladroitement entretenue par des autorités communautaires juives, intimant à leurs ouailles de ne pas voter pour le candidat de l’extrême droite au motif qu’il n’incarne pas les valeurs éthiques du judaïsme. Cette allégation que j’ai moi-même lu et entendu dans les médias (la presse écrite, la radio et la télévision) contredit la déclaration des mêmes personnes niant l’existence d’un vote juif spécifique. C’est une remarque très bien vue : on ne peut pas, en même temps, dire que le vote juif n’existe pas et prétendre guider ce même vote dont on nie, par ailleurs, l’existence. Ce qui montre qu’il est difficile de dire dans le même souffle une chose et son contraire…

Les Français de confession juive se trouvent disséminés sur tout le spectre ou l’éventail politique ; et pourquoi le nier, une frange non négligeable de ces électeurs nourrit les pires craintes : devenir la cible d’islamistes violents qui les ont déjà chassés des banlieues et de certains quartiers de la capitale. Pour se justifier ou expliquer simplement leur vote en faveur de M. Éric Zemmour, ces citoyens invoquent ce danger, pris très au sérieux par ce même candidat.

Cette mise au point permet de tirer au clair les relations entre le programme de M. Éric Zemmour et son appartenance confessionnelle.

Quel lien entretient donc M. Éric Zemmour avec sa religion de naissance ? Il me semble, sauf erreur de ma part, qu’il ne s’est jamais réclamé des valeurs juives , spécifiquement, pour attirer à lui d’éventuels suffrages, même si, comme les sondeurs le savent bien, un certain nombre de Français de confession juive lui donnent leur voix…

Mais ce constat ne nous dispense pas de répondre à la question suivante : quelle est l’attitude du candidat Zemmour face aux doctrines majeures de sa religion de naissance ? Sans vouloir lui faire injure, je ne crois pas qu’il ait une connaissance approfondie de cette matière. Certes, c’est un homme de culture, mais je n’irai pas jusqu’à dire qu’il a une sensibilité juive très poussée. C’est une affaire qui le regarde personnellement, en outre, depuis la stricte séparation de l’Église et de l’État, l’élément religieux ne fait plus partie des débats électoraux.

Ses détracteurs, et ils sont au moins aussi nombreux que ses admirateurs, lui reprochent certains aspects de son programme présidentiel, notamment concernant les étrangers. Il est vrai qu’en théorie, le statut de l’étranger dans la Bible bénéficie d’une certaine attention, voire d’une protection spécifique. On peut affirmer sans risque de se tromper que la Bible hébraïque, tant le Pentateuque que la littérature prophétique, ne connaissent nullement la haine de l’étranger. Bien au contraire, et le cas du patriarche Abraham qui sera évoqué plus bas, le prouve largement.

En tant que doctrine religieuse, fondée à la fois en raison et en révélation, le judaïsme se veut un monothéisme éthique, attaché à l’universalité et à la pérennité des valeurs morales. La divinité monothéiste fait obligation, sous certaines conditions, d’accueillir l’étranger chez soi, de voler à son secours s’il est menacé, et de ne lui faire subir aucune discrimination. On rappelle même au peuple d’Israël qu’il fut esclave au pays d’Égypte et qu’à ce titre il a contracté une dette envers le pays du Nil et ses habitants. Ce qui explique une indéniable égyptophilie, notamment dans le livre de la Genèse.

Le second pilier fondamental du judaïsme, c’est le respect de tout ce qui porte sur le visage les traits de l’humain… C’est le règne des valeurs morales, leur pérennité et leur validité en toutes circonstances. On ne connait pas la fameuse suspension des valeurs morales comme le voulait Sören Kierkegaard dans son célèbre écrit sur le patriarche Abraham.

Et certains dirigeants des institutions communautaires ont justement fait porter leurs critiques de fond sur ce point : selon eux, l’attitude de M. Éric Zemmour face à l’émigration est en contradiction flagrante avec les valeurs éthiques du judaïsme. Partant, ce candidat trahirait les valeurs de sa propre religion…. Il n’est pas du tout certain que le candidat de l’extrême droite agisse dans ce cadre politico-religieux, il ne se place pas dans cette perspective.

Abraham est la figure tutélaire des trois monothéismes qui se réclament de lui, de sa religiosité et de son universalisé. Or, la quasi-totalité des voix juives, autorisées ou non, qui ont pris pour cible M. Zemmour, se fondent sur cet héritage abrahamique qu’il met à mal, selon eux.

M. Zemmour ne se réclame pas des enseignements de la Torah pour défendre sa xénophobie, réelle ou supposée. Je ne l’ai jamais entendu parler publiquement de judaïsme. Et ses détracteurs s’en prennent à lui en lui reprochant de professer des idées mettant à mal des idéaux de la tradition juive. Certains sont allés jusqu’à le comparer à des pratiques nazies, toujours en se réclamant à leur tour de l’éthique juive. Abraham accueillait l’étranger d’où qu’il vînt, le priait de reprendre sa respiration avant de se remettre en route. De nos jours, on pourrait en faire l’ancêtre des grandes organisations humanitaires.

On peut penser ce qu’on veut de la situation actuelle, à la veille de l’élection présidentielle. Mais Il convient de ne plus pourfendre des ombres et de se concentrer sur des problématiques réelles.

Maurice-Ruben HAYOUN
Professeur à l’Uni de Genève

Le professeur Maurice-Ruben Hayoun, né en 1951 à Agadir, est un philosophe, spécialisé dans la philosophie juive, la philosophie allemande et judéo-allemande de Moïse Mendelssohn à Gershom Scholem, un exégète et un historien français. il est également Professeur à  l’université de Genève.  Son dernier ouvrage: La pratique religieuse juive, Éditions Geuthner, Paris / Beyrouth 2020 Regard de la tradition juive sur le monde. Genève, Slatkine, 2020

8 Commentaires

  1. J’ai beaucoup d’amis juifs qui vont voter Zemmour non parce qu’il est juif mais pour ce qu’il propose notamment en ce qui concerne l’immigration. Je ne suis pas d’accord avec eux car voter Zemmour, pour se faire plaisir, ils vont assurer la réélection de Macron. Je leur propose de se faire plaisir au 3ème et 4ème tour.

  2. « On rappelle même au peuple d’Israël qu’il fut esclave au pays d’Égypte et qu’à ce titre il a contracté une dette envers le pays du Nil et ses habitants. » Ha, ha, ha! Aujourd’hui c’est l’inverse. C’est le pays qui a esclavisé qui a une dette imprescriptible et doit faire pénitence!

    • Rappel :

      Le conseil de De Gaulle à Abba Eban à la veille de la guerre des 6 jours :  » ne tirez pas les premiers  » .
      Sans oublier la fameuse phrase antisémite :  » un peuple d’élite etc…  »
      Et enfin j’aimerai rappeler la vente des avions à Kadhafi commandés par Israël aprés un embargo imposé toujours par le même minus .

      Nous avons de la mémoire .

  3. M MR Hayoun, pourquoi designer E Zemmour par «  le candidat de l’extrême droite » , comme l’ont fait les médias pour le diaboliser? (Et ils ont bien réussi.)Vouloir éviter que la France soit un jour à majorité musulmane ( ce qui arrivera inexorablement si l’immigration continue comme maintenant), est ce être d’extrême-droite ?Vouloir sauvegarder la culture française que nous apprécions tous, est ce être d’extrême droite ?Et ce n’est pas parce qu’il a repris une thèse écrite par des historiens juifs ( Robert Aron et Rabbin Michel) comme quoi Petain a , en négociant la Zone Libre, sauvé des juifs qui ont pu s’y réfugier, qu’il est « petainiste «, comme le désignent les médias pour mieux l’enfoncer, alors qu’il ne cesse de proclamer son admiration de de Gaulle.

  4. Baba metsia 71a: « Entre un homme de ton peuple et l’étranger, ton peuple a priorité. Entre un riche et un pauvre, le pauvre a priorité. Entre le pauvre de ta ville et le pauvre de la ville éloignée, le pauvre de ta ville a priorité. »

  5. C’est un français de confession juive ça vous défrise et il ne pourra jamais vivre en Israël qui lui inspire de la sympathie mais qui n’est pas NOTRE PAYS

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