Erdogan ou le dernier des justes, par Michèle Mazel

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Erdogan ou le dernier des justes

Michèle Mazel

Il fallait voir avec quelle vigueur, quelle détermination Recep Tayyip Erdogan, président de la Turquie aujourd’hui et peut-être calife un jour, assénait ses vérités et son indignation devant son parlement mardi dernier à la suite de la mort ou plutôt selon lui de l’assassinat de Jamal Khashoggi, citoyen saoudien en délicatesse avec son pays et surtout avec son prince héritier qui n’appréciait pas ses critiques !

Comment, tonne-t-il, déclenchant les applaudissements fournis des députés, les Saoudiens se seraient permis de commettre leur forfait sur le sol turc ? Et qu’on ne vienne pas lui dire que le consulat de l’Arabie saoudite bénéficie d’un statut d’extraterritorialité et que, selon le droit international, le pays hôte n’a pas droit de regard sur ce qui s’y passe. Non. C’est l’honneur turc qui a été bafoué.

Le président ne compte pas laisser cette atteinte impunie et énumère une longue liste d’exigences. Toute la lumière doit être faite. Dix-huit personnes ont déjà été arrêtées par la police saoudienne pour complicité dans le crime ? Eh bien elles doivent immédiatement être livrés à Ankara pour y être jugés publiquement.

Une demande tellement outrancière qu’elle n’a aucune chance d’être acceptée. D’autant qu’elle s’accompagne d’allusions appuyées aux « très hauts responsables du royaume » qui devaient aussi répondre à la justice. Le président s’empresse toutefois de souligner que le suzerain dudit royaume n’est aucunement impliqué dans l’affaire – façon élégante de montrer du doigt le prince héritier Mohammed Ben Salman qui, selon les médias, aurait voulu se débarrasser d’un critique encombrant.

Rarement un événement aura accordé tant de satisfaction, sinon de jubilation au leader turc qui a connu quelques déboires au cours des dernières années. Avec quel bonheur il fustige les criminels saoudiens, enfonçant le clou pour humilier davantage encore cet arrogant royaume saoudien qui a chassé et pourchassé les Frères musulmans si chers à son cœur !

Un royaume qui, de plus, peut se parer du titre de gardien de la Mecque et de Médine, les sites les plus sacrés de l’Islam, et qui se pose en rival de la Turquie pour le leadership du monde sunnite.

Les Saoudiens encaissent les coups et se taisent. C’est qu’il en sait des choses, le président turc, et il les distille savamment pour entretenir le suspense. Il dispose du calendrier précis des événements, de la liste des personnes qui, arrivées d’Arabie Saoudite avant le meurtre, en sont reparties peu après ; il sait qui a téléphoné à qui de l’intérieur de ce consulat pendant les heures critiques.

Selon des sources « généralement dignes de foi » il saurait tout de ce qui s’est passé à l’intérieur du consulat saoudien à Istamboul en ce jour fatidique de 2 octobre où l’on a vu Jamal Khashoggi entrer pour ne jamais ressortir. Comment ?

De l’avis général, ses services, qui auraient mis le consulat sur écoutes, ont su en temps réel et enregistré le drame.  Ce sont des choses qui se font mais dont on hésite à se vanter. Seulement les malheureux saoudiens ne sont pas en mesure de faire de remontrances à celui qui tient sans doute entre ses mains le sort du prince héritier. Jusqu’ici le roi son père le soutient. Si les Turcs sont en mesure de prouver de façon irréfutable sa culpabilité, il risque de payer de son poste sinon de sa tête un acte si mal jugé et exécuté. Le peuvent-ils ? Ou plus exactement le feront-ils ? Là est toute la question.

En attendant personne n’ose rappeler au sultan d’Ankara que la manière dont il a réprimé le coup d’état manqué ne lui donne pas précisément l’autorité morale de se poser en justicier.

Par ©Michèle Mazel

4 COMMENTS

  1. Le frère muzz ferait mieux de la mettre en veilleuse.
    D’abord les micros, caméras et autre objet spy sont absolument interdits dans les ambassades et consulats.
    Ensuite, combien de malheureux ont disparu dans les “salles d’aveux” turques… Et iraniennes, ces derniers commençant à l’ouvrir, leurs fétides g…
    Et où sont ces films, qui assurément auraient été divulgués, histoire de se présenter en champion islamique, plutôt que la seoudite ?

  2. Titre ironique ou douteux …
    Cette histoire étant glauque à souhait, je ne serais pas surprise qu’Erdogan y soit mêlé. Il en tire beaucoup trop d’avantage.
    Cela fait tout de même beaucoup de barnum pour un personnage assez obscur, qui a longtemps navigué entre al qaïda et ben laden.

    • Le pire de l’Histoire, l’EU soutient ce personnage obscur qu’est ERDOGAN !! L’EU apprécie malgré toute sa fausseté, l’obscurité et la ruse d’ERDOGAN !! c’est cette EUROPE que je déteste et que j’aimerais voir disparaître !!!

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