De l’Opération anti-Daesh à la “sécurisation du Pétrole” kurde?

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DE L’OPÉRATION RÉSOLUTION INHÉRENTE À L’OPÉRATION «SÉCURISER LE PÉTROLE» EN SYRIE?

Un champ de bataille complexe, qui comprend maintenant non seulement une offensive turque et des rebelles syriens soutenus par la Turquie, mais également le régime syrien, les forces démocratiques syriennes et les Russes.

De l'opération Résolution inhérente à l'opération «Sécuriser le pétrole» en Syrie?

Un combattant rebelle syrien soutenu par la Turquie fait le “V” de la victoire à l’appareil -photo, près de la ville frontalière de Tel Abyad, en Syrie, lundi. . (crédit photo: KHALIL ASHAWI / REUTERS)

Les troupes américaines en Syrie essaient d’exécuter un retrait en bonne et due forme. Cela devrait prendre plusieurs semaines. Ils sortent de Manbij et de Qamishli, où ils étaient depuis des années. C’est un processus difficile, que d’extirper 1000 combattants d’un champ de bataille complexe qui comprend, maintenant, non seulement une offensive de l’armée turque et des rebelles syriens soutenus par Ankara, mais aussi le régime syrien, les forces démocratiques syriennes et les Russes. Et, quelque part, surveillant tout cela d’un œil acéré, on trouve les agents de renseignements iraniens qui se demandent quand ils pourront obtenir leur part du gâteau.

L’Opération “Détermination absolue”, la force opérationnelle multinationale interarmées mise en place pour vaincre Daesh en 2014 est apparemment une coalition de 80 pays-membres et d’autres entités. Cependant, très peu de membres étaient réellement impliqués dans les opérations en Syrie. Les Français et le Royaume-Uni ont envoyé des forces spéciales. D’autres ont effectué des frappes aériennes. La plupart des membres de la coalition sont restés du côté irakien. C’est là et maintenant que les troupes américaines se repositionnent également. Plusieurs centaines de personnes pourraient néanmoins rester en Syrie dans le cadre d’un nouveau plan prévoyant de protéger les champs pétrolifères situés près de l’Euphrate.

Le président américain Donald Trump a déclaré lundi que les Etats-Unis ne voulaient pas laisser leurs troupes dans une zone dangereuse, mais il a ajouté que les Etats-Unis estimaient désormais qu’il était nécessaire de “sécuriser le pétrole” et qu’ils laisseraient leurs troupes à l’avant-poste d’Al-Tanf près de la frontière jordanienne parce qu’Israël et la Jordanie avaient demandé aux États-Unis de le faire. Les références au pétrole ont laissé certaines personnes perplexes à Washington, en Syrie et ailleurs. Mais c’est le dernier plan des États-Unis, dans un monde où l’administration américaine et ses propres militaires ne semblent pas coordonner ces plans ni élaborer de stratégie ensemble. Les États-Unis veulent dénier les gisements de pétrole à Daesh ou à «d’autres». Par d’autres, cela peut être une référence au régime syrien. En février 2018, un groupe de combattants soutenus par le régime syrien et des mercenaires russes (de l’entreprise Wagner) ont tenté de s’emparer d’installations pétrolières situées près de l’Euphrate et a été repoussé par les États-Unis et le SDF, au prix de nombreux tués syriens et russes (on a parlé d’une à plusieurs centaines).

La plupart des observateurs notent que la Syrie n’a pas beaucoup de pétrole, il n’est donc pas tout à fait évident de comprendre de quel l’intérêt de «sécuriser» le pétrole on parle. Nous savons effectivement que le 18 octobre, ont circulé des rumeurs selon lesquelles le régime syrien aurait tenté de se déployer vers le gisement de pétrole d’Omar et les installations de gaz de Conoco. Pour cela, ils doivent traverser le fleuve depuis Deir Ezzor et se diriger vers des zones où l’on sait pertinemment qu’y résident des forces américaines. Le régime ne risquerait pas de se battre contre les États-Unis après le massacre de 2018.

La mission américaine en Syrie était de vaincre Daesh. Au fil du temps, des discussions ont eu lieu sur la transition vers la «stabilisation» et même sur l’utilisation de l’est de la Syrie comme moyen de pression contre l’Iran. Les États-Unis ont abandonné à présent la plupart de ces idées au profit d’une mission sur mesure qui envisage de conserver certains gisements de pétrole. Pour réduire l’empreinte américaine en Syrie sur les opérations à proximité des champs pétrolifères, il faudra protéger un couloir  de 125 km, le long du côté est de l’Euphrate depuis les zones en face de Deir Ezzor jusqu’à la frontière en face d’Albukamal. C’est un domaine où les forces de défense américaines et démocratiques kurdes syriennes ont vaincu l’Etat islamique, lors de combats autour de Baghouz en mars 2019.

Maintenant, il semble que ce seront les dernières opérations des États-Unis en Syrie. Les États-Unis ont un point de passage à la frontière pratique pour revenir en Irak, mais ils ont un problème de l’autre côté de la rivière. Des éléments soutenus par l’Iran parmi lesquelles les milices chiites irakiennes ont une influence près d’Albukamal. Ces groupes, tels que Kata’ib Hezbollah, sont hostiles aux États-Unis. À l’été 2018, une mystérieuse frappe aérienne a pulvérisé la base de Kata’ib. Au cours des derniers mois, on a signalé d’autres frappes aériennes sur une base iranienne supposée, près d’Albukamal. Le poste-frontière a récemment été rouvert en grande pompe par le régime syrien. Ainsi, les forces américaines cernées dans cette zone, entre des cellules de l’Etat islamique dans le désert et une route isolée près de la rivière, seront exposées aux écoutes des Iraniens de l’autre côté et aux menaces potentielles de l’Etat islamique, par les cellules dormantes encore nichées dans le désert.

Les États-Unis devront travailler avec les tribus arabes locales pour assurer la sécurité dans la région, des tribus telles que les Shaitat et d’autres, dont certaines sont affiliées aux Forces Démocratiques syriennes (FDS). Reste à déterminer si les responsables à Washington qui ont décidé de garder un œil sur le pétrole ont bien réfléchi aux tenants et aboutissants de cette mission.

PAR SETH J. FRANTZMAN
 22 OCTOBRE 2019 15H39

jpost.com

Adaptation : Marc Brzustowski

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