L’Arabie saoudite est intervenue dans la guerre au Yémen afin d’éviter d’avoir une frontière commune avec une organisation chiite qui en aurait le contrôle. Si les Saoudiens ne parviennent pas à éliminer l’ennemi Houthi, le jour viendra où les Houthis aideront le Hezbollah et deviendrons un problème pour Israël.

En Mars 2015, le ministre des Affaires étrangères saoudien Adel al-Jubeir a dit: « . Nous avons des informations selon lesquelles l’Iran soutiendrait les Houthis au Yémen et confirmant que le Hezbollah leur enverrait de l’aide du Liban »

En Août 2016, les chiites Houthis ont tiré des missiles Zelzal-3, fournis au Hezbollah par l’Iran, sur l’Arabie Saoudite. Mercredi dernier, les chiites du monde entier a marqué le festival Ashoura, le jour le plus important de leur calendrier religieux. Les photos du secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah et de Abdul-Malik al-Houthi, chef de la révolte chiite au Yémen, ont été brandies côte à côte dans le quartier Dahiyeh de Beyrouth, bastion du Hezbollah au Liban.

Comment les deux organisations sont-elles connectées? Est-ce que le problème de l’Arabie Saoudite est aussi le problème d’Israël ?

Both Shiite movements have similar goals. Houthis supporters celebrate the Day of Ashura with a picture of Nasrallah (Photo: EPA)

Les deux mouvements chiites ont des objectifs similaires. supporters Houthis célébrer la Journée de l’Achoura avec une photo de Nasrallah (Photo: EPA)

«Mort à l’Amérique, mort à Israël, maudits soient les Juifs»

Tel sont les slogans de «Houthi chiites yéménites. Pourquoi les Houthis, qui vivent à quelque 2200 kilomètres d’Israël, maudissent-ils les Juifs? La réponse peut être trouvée dans l’histoire de la famille al-Houthi, qui a repris le pouvoir à la tête des chiites Zaidi au Yémen. Leur mouvement est appelé Ansar Allah ( « Partisans de Dieu »), ce qui est d’ailleurs similaire au nom du Hezbollah ( «Parti de Dieu»). La création de ces deux mouvements a été inspirée par la révolution chiite iranienne, dont le slogan était « Mort à l’Amérique et mort à Israël. » Les couleurs du drapeau Houthi sont semblables aux couleurs du drapeau de l’Iran, et les deux disposent de l’appel « Allahu Akbar » (« Dieu est le plus grand »).

Cette année, d’ailleurs, Yom Kippour a eu lieu à la même date que la Journée de l’Achoura, le début de l’année islamique 1438. Ce jour-là, les chiites (qui représentent environ 15% de tous les musulmans), pleurent l’assassinat de Husayn ibn Ali, le petit fils du Prophète Muhammad. Tous les  Chiites au monde croient que cet incident, qui a eu lieu il y a environ 1.300 ans, était la faute des sunnites et ne peut être pardonné. Le jour de l’Achoura, les chiites se flagellent et s’identifient avec la souffrance de Husayn, qui a été assassiné sans pitié à Karbala, en Irak, à 100 kilomètres au sud de Bagdad.

Hate Israel, the US and Saudi Arabia (Photo: Reuters)
La haine d’Israël, les Etats-Unis et l’Arabie Saoudite (Photo: Reuters)

Les sunnites sont bien conscients de la nécessité pour les chiites de venger cet événement et des centaines d’années d’oppression que les chiites ont subi aux mains des sunnites. Depuis la révolution iranienne en 1979, il y a eu un sentiment dans le monde sunnite que la vengeance chiite prendrait forme et se transformerait en une bataille qui permettrait aux iraniens de prendre le contrôle du Moyen-Orient avec l’aide des minorités chiites (tels que les Druzes et les Alaouites).

Il y a des groupes chiites au Liban et au Yémen qui constituent une partie importante de la population (environ 40% dans chacun de ces pays). L’Iran a créé le Hezbollah au Liban dans les années 1980, et il a soutenu la création de l’organisation Ansar Allah au Yémen dans les années 2000. Alors que les Houthis, contrairement au Hezbollah, nient tout lien avec l’Iran et affirment que leurs armes ont été obtenues de façon indépendante, les deux organisations fonctionnent essentiellement comme des bras armés de l’Iran.

Les objectifs similaires du Hezbollah et de Ansar Allah

Les deux organisations au Liban et au Yémen ont été créés en raison de la discrimination flagrante, la pauvreté et la privation dont est victime la secte chiite par le régime au pouvoir. Mais dès que leur pouvoir a augmenté, ils se sont soulevés avec pour objectifs la prise de pouvoir de l’état, et pour devenir le fer de lance de la bataille de l’Iran contre ses deux principaux ennemis: Israël et l’Arabie Saoudite.

Houthis fire missiles at an American destroyer
Un missile Houthis met le feu à un destroyer américain


Alors qu’Israël est le « Petit Satan, » L’Arabie saoudite est le chef de l’éternel ennemi : le monde arabe sunnite. Le royaume saoudien est contrôlé par un roi qui représente l’école sunnite saoudienne, qui est la plus radicale et la plus hostile à l’égard des chiites. Selon la perception iranienne, c’est une bataille politico-religieuse entre les chiites et le «Grand Satan», les Etats-Unis, qui se tiennent derrière Israël et l’Arabie Saoudite, pour le contrôle du Moyen-Orient.

L’Iran essaye de prendre le contrôle du Yémen

La vague des révolutions arabes n’a pas épargné le Yémen et a conduit à la désintégration du pays qui a plongé dans le tribalisme et l’anarchie. Les Houthis ont vu cela comme une occasion de réaliser leur rêve de prendre le pouvoir au Yémen, pour obtenir ainsi une position encore plus élevée que le Hezbollah au Liban, qui agit seulement comme «un Etat dans l’Etat. » Al-Houthi a quitté son fief dans le nord de Sa ‘dah et progressivement pris le contrôle des zones de l’ouest du Yémen. Au début de 2015, il a franchi plusieurs lignes rouges en conquérant et en occupant la capitale yéménite de Sanaa et en progressant vers les villes portuaires du sud, comme Mocha et Aden.


S’il n’y avait pas le monde sunnite arabe, dirigé par l’Arabie Saoudite, le Yémen serait tombé dans le Houthis mains (Photo: AFP)
 

Le président yéménite Abdrabbuh Mansour Hadi a fui son domicile à Sanaa, cherchant de l’aide en urgence pour sauver le Yémen. Le pays semblait se transformer en un bastion chiite parrainée par l’Iran, menaçant l’Arabie Saoudite du sud et les routes de navigation des pétroliers qui quittent le golfe Persique. Cette situation aurait pu affecter non seulement la stabilité de la région, mais aussi l’économie mondiale tout entière.

L’Arabie Saoudite ne veut pas devenir comme Israël

Salman bin Abdulaziz, récemment devenu nouveau roi d’Arabie Saoudite, a décidé pour la première fois dans l’histoire du royaume d’initier une guerre en utilisant des armes américaines modernes. Les Saoudiens ne veulent pas être dans la même situation qu’Israël, dans laquelle ils auraient une frontière commune avec une organisation chiite qui contrôle un état, déclenchant parfois des missiles sur leur territoire et menaçant le royaume tout entier sachant que l’Iran a tout intérêt à semer le trouble.

Malgré la coalition impressionnante mise sur pied par l’Arabie saoudite contre les Houthis, le cauchemar du royaume a commencé à se réaliser: des missiles ont été tirés dès l’an dernier sur des territoires saoudiens, et des soldats saoudiens ont été enlevés par les Houthis et interrogé devant les caméras.

Yemeni President Abdrabbuh Mansour Hadi. Leading the deposed government from the southern port city of Aden (Photo: Reuters)
 Le président yéménite Abdrabbuh Mansour Hadi. En tête du gouvernement déchu de la ville portuaire d’Aden (Photo: Reuters)


Ali Abdullah Saleh, le président sortant du Yémen, s’est rallié aux Houthis contre l’Arabie Saoudite, qui l’avait pourtant protégé dans le passé et lui avait offert des soins médicaux. La coalition Arabe, cependant, a démontré une capacité impressionnante à réunir les Etats sunnites: l’Egypte, le Maroc, la Jordanie, le Soudan, les Emirats Arabes Unis, Koweït, Qatar et Bahreïn.

 
Les Saoudiens combattent les rebelles Houthi en utilisant des armes américaines (Photo: AFP)


La guerre a sauvé le Yémen dans la mesure où le pays n’est pas tombé dans les mains des Houthis et restauré la règle de Hadi dans la partie orientale du pays, au centre de la ville portuaire du sud d’Aden. Mais la guerre a duré trop longtemps, et les Houthis ont démontré une détermination surprenante.

La critique internationale sur les attentats à la bombe de la coalition, qui ont causé la mort de centaines de civils yéménites, des personnes pauvres pour la plupart, et détruit les infrastructures du pays, a augmenté et atteint son apogée au cours des derniers mois. En Mars 2016, 22 enfants yéménites ont été tués dans un attentat en Arabie. La semaine dernière, plus de 155 personnes ont été tuées dans un attentat alors qu’ils se rendaient à des funérailles. Le sultanat d’Oman a essayé de parvenir à un compromis, mais n’a pas réussi à ce jour et la guerre continue
Syria and its allies claim that Saudi Arabia is committing a genocide in Yemen (Photo: EPA)

La Syrie et ses alliés affirment que l’Arabie saoudite est en train de commettre un génocide au Yémen (Photo: EPA)

En Syrie, le régime et ses alliés critiquent constamment  ce qu’ils appellent un «génocide» commis par l’Arabie saoudite au Yémen, alors qu’ils sont eux-mêmes coupable d’exaction envers le peuple syrien. En fait, les deux guerres, celle de l’Arabie Saoudite au Yémen et celle du régime Assad en Syrie avec l’aide du Hezbollah, sont menées avec une cruauté inhabituelle et sans distinction entre les civils et les terroristes, et le monde garde le silence.


Les rebelles Houthi nient qu’ils reçoivent des armes en provenance d’Iran (Photo: AFP)

Si les Américains avaient des doutes quant à leur soutien des Saoudiens, les tentatives des Houthis de lancer des missiles la semaine dernière sur le destroyer de la Marine américaine USS Mason, leur a rappelé l’ampleur du danger chiite. En réponse, les Américains ont bombardé des sites de radars Houthi pour la première fois.

Le Jour de l’Ashoura, Nasrallah a fait le lien entre les deux ennemis de l’Iran, l’Arabie saoudite et Israël, et entre  l’assassinat des Yéménites et ce qu’il a appelé l’ «oppression» du peuple palestinien. Les Houthis au Yémen bien que loin géographiquement de l’état hébreu, persistent à dire que c’est Israël qui est responsable de l’hostilité dirigée contre eux. Y a-t–il quelque chose qu’ils savent au sujet de la relation entre Israël et l’Arabie Saoudite que nous ignorons?

À l’heure actuelle, le Hezbollah aide les Houthis, mais il est à peu certain que si l’Arabie Saoudite ne parvient pas à éliminer l’entité Houthi, le jour viendra où les Houthis se rallieront au Hezbollah. Si cela se produit, le problème de l’Arabie saoudite deviendra celui d’Israël.

Dr Yaron Friedman, commentateur de Ynet sur le monde arabe, est diplômé de la Sorbonne. Il enseigne l’arabe et des conférences sur l’islam au Technion, à Beit Hagefen, et au Collège universitaire Galilée. Son livre, « Le Nusayri Alaouites: Introduction à la religion, l’histoire et l’identité de la minorité de premier plan dans la Syrie », a été publié en 2010 par Brill-Leiden.

Dr Yaron Friedman | Publié: 18/10/16, 23:34 –Ynet – traduction adaptation JFORUM

2 Commentaires

  1. Il est clair que la priorité absolue est de couper la tête du serpent, l’Iran. Entre les Etats-Unis, Israël, l’Arabie saoudite, le Qatar, qui à eux tous réunissent les moyens financiers (Qatar et Arabie), les hommes en nombre (Etats-Unis) et l’expérience sur le terrain (Etats-Unis et Israël), il doit quand même être possible d’éliminer le serpent. Y a-t-il un manque de volonté de la part des pays cités ? Le monstre iranien éliminé, beaucoup de choses rentreraient dans l’ordre. Je n’évoque pas du tout la France dans cette coalition, ce pays étant connu et reconnu comme vénal et prompt à se prostituer pour des contrats alléchants obtenus auprès de l’Iran.

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