On a beaucoup décrié, au fil des années, le caractère par trop oeucuménique et consensualiste de ce fameux rassemblement des forces politiques, autour des principaux dirigeants officiels de la Communauté juive, devenu le traditionnel « Dîner du CRIF ».
A quoi pouvait bien servir une telle réunion convenue, sinon à rappeler que les Juifs aiment la France, lui rendent hommage par la prière de la République, chaque Shabbat et que la France politique des principaux représentants des grands partis tâche de le leur rendre, par acte de présence, une fois par an? Ce Dîner est, surtout, depuis le retour de l’antisémitisme déchaîné, fustigé comme le symbole de « l’influence occulte » qu’un mystérieux « lobby » entretiendrait, sous les feux des caméras, avec l’élite de la représentativité française. Voyez, « ils » ne se cachent même plus et sortent la vaisselle de porcelaine et les couverts en argent, sous une couverture médiatique digne de Paris-Match.
Cette année 2015 n’aurait pas dû échapper à la règle d’or. Au lieu de quoi, dès le matin même, au micro d’Europe 1, le Président Roger Cukierman a éprouvé le besoin de crever l’abcès et de remettre, par deux fois, les pendules de l’actualité à l’heure.
Roger Cukierman a nommé les choses. Le Dîner 2015, plus qu’aucun autre, aurait dû être le prolongement de la manifestation du 11 janvier, tous « Charlie », « tous Ahmed », « Tous flic » et tous Juif ». Au risque de froisser les publicistes concepteurs du politiquement correct, le patron du CRIF a tenu à apporter deux précisions : on ne se met pas à table sans avoir, préalablement, « fait le ménage » dans ses rangs ; tant que « l’aggiornamento » (l’inventaire) ne sera pas complet, Marine Le Pen, « irréprochable à titre personnel » reste privée de Tiramisu. Et les représentants musulmans peuvent bien penser ce qu’ils en veulent, mais il est hors de question de les ménager sans les renvoyer à leurs responsabilités d’éducateurs et de cadres d’une (« frange de la ») population d’où émarge l’essentiel des actes antijuifs.
Scandale mondain. Qu’est-ce que ce dîner où le président de séance ose vous jeter un verre d’eau froide à la figure avant d’entamer le confit d’oignons?
En crevant l’abcès, avant même les mises en bouche, on s’évite l’atmosphère étouffante d’hypocrisie, où les amitiés superficielles et les inimitiés assumées sont contraintes de se pousser du coude autour de la table.
Cette rencontre dinatoire n’est pas qu’une simple formalité conviviale, permettant aux uns et aux autres de « montrer patte blanche », entre deux sourires et quelques poignées de mains entendues pour s’assurer que rien ne changera, en ce bon vieux pays de Cocagne. La France et l’Europe connaissent une vague sans précédent d’antisémitisme depuis maintenant 15 ans d’affilée et il est grand temps de mettre le doigt où cela fait mal, de dire clairement d’où provient cette haine. La communauté est à un carrefour, entre le marteau de l’incitation à la haine islamique et l’enclume de la montée en puissance de la droite radicale. On ne peut pas oublier que le 26 janvier 2014, où l’on criait « Juif, casse-toi, la France n’est pas à toi », précède, de moins d’un an jour pour jour, le 11 janvier de l’année suivante.
Il faut, aussi, demander « pourquoi » les responsables concernés du culte musulman ne disent et ne font rien, autrement dit, pourquoi ils couvrent ces exactions, cet été, contre les synagogues, de toute leur bienveillante complaisance. Pourquoi est-ce si difficile, pour le Gotha mondain, de reconnaître que le phénomène a changé de morphologie et que « l’antisémitisme criminel de banlieue » (c’est-à-dire d’obédience arabo-musulmane), à la Roquette et Sarcelles, Toulouse, Bruxelles, Porte de Vincennes, a pris la suite et, pour ainsi dire, supplanté, dépossédé l’ancien antijudaïsme ultranationaliste du XIXè et XXè siècle? Comment être antisémite en 2015, c’est, en quelque sorte, faire profession de foi en l’Islam radical, dont l’étendard est l’antisionisme pour la conquête d’al Aqsa? Et, pourquoi, sinon, il ne resterait à traiter judiciairement que quelques « dérapages » négationnistes monstrueux sur scène publique, à propos de la Shoah, tenus par de sinistres drôles, comme Dieudonné, Faurisson, Soral, qui ont, c’est certain, encore leurs antennes, autant au sein d’un parti comme le Front National (tendance Chatillon) que chez leurs amis iraniens et Frères Musulmans et qu’ils poussent des légions d’encéphalogrammes plats à produire des gestes obcènes, en forme de « quenelle », dans les défilés?
Des médias, tels que BFM, France 2, n’ont pas manqué de souligner le caractère « stigmatisant » (sic. Fr2) des tirades de Roger Cukierman contre l’antisémitisme de(s) jeunes musulmans, et la suspicion qu’il serait complaisant, à l’égard de la nouvelle Egérie du Front National, Marine Le Pen. Rarement autant de journalistes se sont, ensemble, escrimés à déformer les propos d’un homme public, comme pour recoller la vaisselle cassée de ce consensus qu’il venait de briser.
Nier un certain travail de « dédiabolisation » à la tête du FN serait aller contre tous les constats, même s’ils restent de surface. Dire que la cheffe de Parti est « irréprochable », c’est dire qu’à la différence notable de son père, toujours en action, elle ne donne pas cette direction de « Durafour-Crématoire » et autres « points de détail » qu’il affectionnait tant. C’est ne pas oublier qu’en deuxième ligne, les seconds couteaux n’attendent que l’occasion de pouvoir donner libre cours à leurs souvenirs du GUD, où il faisait bon d’exprimer sa haine de « l’ennemi intérieur » cosmopolite (Juif) et de l’ennemi de l’humanité souffrante : Israël « bourreau » des Palestiniens.
Laisser une ouverture à un (ou une) adversaire en voie de changement est une preuve d’intelligence politique, d’ailleurs en vigueur chez tout négociateur. Inutile de tirer à boulets rouges, si des efforts de long terme sont entrepris, sans préjugé sur un résultat final.
C’est toute la différence qu’on peut faire avec l’immobilisme (et pour cause) des représentants du Culte Musulman, qui ont été parmi les premiers à exiger des Juifs de France qu’ils se désolidarisent totalement d’Israël, lors d’opérations comme celle de 2009, « Plomb Durci » à Gaza. Comme si l’Etat juif n’était pas la cible des tirs de roquettes depuis plus d’une décennie. Où en est l’éducation dans les salles de prière et mosquées, dont un tiers est tenu par l’UOIF, antenne-relais des Frères Musulmans du Hamas, en France? Comment opèrent la victimisation et la stratégie de l’excuse permanente pour dédouaner le monde musulman de toutes ses responsabilités?
Les intellectuels musulmans intègres qui militent pour un réel aggiornamento au sein de leur doctrine originelle ne sont pas légion. Dire qu’on peut les compter sur les doigts d’une main résume à peu près la situation. D’ailleurs, certains étaient présents, hier soir, malgré les ordres officiels.
Il y aura, bien sûr, bien d’autres moments où l’on pourra dire que le « discours officiel » du CRIF ferait la part trop belle au « dialogue interreligieux », etc. Il est dans son rôle, en tant que représentant d’une minorité, lorsqu’il discute avec des instances officielles, tant que les divergences et les « angles à arrondir » sont connus.
On peut dire que le CRIF ne va pas suffisamment loin dans sa mise en lumière d’une forme d’antisionisme médiatique et d’Etat, flagrant dans cet appui sans réserve à un projet d’Etat OLP. Organisation à juste titre, condamnée hier, aux Etats-Unis, à verser 218 millions de $ pour ses crimes terroristes.
Contrairement aux critiques stigmatisant le CRIF ou d’autres, comme les « courroies de transmission » de l’Etat français auprès de la communauté, il semble, qu’au moins, pour une fois, on peut lui faire crédit d’avoir appelé « un chat un chat », et rappelé quelques vérités élémentaires, au-delà desquelles il n’est plus possible de faire consensus en fermant les yeux et en défilant derrière quelques banderoles aux slogans marketing bien ronflants, un 11 janvier 2015. Trêve de Salameks.
Roger Cukierman ne pourra entièrement recoller les morceaux d’une « mosaïque » associative juive de plus en plus acide, parfois injustement, à l’encontre de ceux censés la représenter. Au moins existe t-il des points concordants sur lesquels le consensus interne, serait-il minimal, peut se dessiner, au lieu de s’acharner à tirer sur le pianiste…
PS : aux dernières nouvelles, Roger Cukierman est convoqué, en présence de Dalil Boubakeur, en posture de victime, à l’Elysée, cet après-midi, afin « d’apaiser les tensions entre les communautés » et de « condamner les amalgames », dont le Président du CRIF se serait rendu coupable.
Doit-on revenir sur l’analyse de Shmuel Trigano, au sujet de la formule bon marché de « tensions intercommunautaires », qui laisse clairement entendre, dans la bouche des responsables français, que les Juifs de France tuent au moins autant de Musulmans, en France, que des ressortissants de cette communauté ne tuent de Juifs dans ce pays, depuis 2000? George Orwell peut se retourner dans sa tombe. Quant au slogan usé jusqu’à la corde, du « Pas d’amalgame », François Hollande n’aura jamais autant mis en lumière le désir du gouvernement de blanchir le terrorisme et les sources auxquelles il puise, au nom du refus de « l’Islamophobie »…
Par Marc Brzustowski.
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Boycott du dîner du Crif : « Les musulmans sont pris pour cible, ça suffit ! ». Voir : jforum.fr
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