Chemini Atseret: « Le Roi m’a conduit dans ses appartements »

Jacques KOHN  mis à jour le 05.10.2020

Tous les instants de la vie d’un Juif sont scandés par le chiffre 7: La fête de Pessah dure sept jours, et elle est suivie, six mois plus tard, par celle de Souccot , célébrée également pendant sept jours.

Le mariage est célébré sous les auspices des Chéva’ berakhoth («sept bénédictions»), et les festivités qui suivent sa célébration durent encore sept jours.

Il en est de même de la période de deuil pour un être cher ( chiva ), elle aussi d’une durée de sept jours.

C’est enfin durant sept jours qu’a été préparée l’inauguration du Tabernacle ( Wayiqra 8, 33).

Ce nombre «sept» correspond, selon la mystique juive, à l’ordre naturel, alors que «huit» représente ce qui se situe hors de l’ordre naturel.

La Création a duré sept jours, et elle a constitué la naissance, par les mains de Hachem , des choses de la nature dans lesquelles nous vivons.

Ainsi que l’explique le Maharal , il est dans l’ordre naturel des choses qu’un enfant naisse incirconcis. Aussi la mila doit-elle être pratiquée le huitième jour après la naissance, car elle a pour but de rompre cet ordre naturel et d’élever le nouveau-né jusque dans la sphère de la sainteté ( Nèr mitswa , chapitre23).

L’histoire de l’humanité est placée, elle aussi, sous le signe du nombre «sept». Elle est appelée à durer pendant une «semaine» de sept millénaires.

Pendant les six premiers de ces millénaires, les hommes développeront, par leur labeur, l’oeuvre divine de la création, et le septième sera «entièrement Chabbath , et repos pour l’éternité» (voir Roch hachana 31a et Ramban ad Berèchith 2,3).

Si l’on considère à présent la fête de Chavouoth , on peut constater qu’elle clôt la période du Omer , composée de sept fois sept jours, période dont elle constitue en quelque sorte le cinquantième jour.

Ce cinquantième jour, point de départ d’une huitième semaine, s’il marque le don de la Tora au mont Sinaï, constitue également comme une clôture de la fête de Pessah . Voilà pourquoi cette fête de Chavouoth porte souvent le nom de Atséreth («fermeture» voir par exemple Menahoth 65a).

Elle a en effet pour but de nous permettre d’intérioriser en nous-mêmes la démarche qui nous a libérés des «quarante-neuf portes d’impureté» dans lesquelles nous avons été plongés pendant notre esclavage en Egypte.

On peut par conséquent effectuer un rapprochement entre les deux «couples» que sont Pessah et Chavouoth , d’une part, et Soukoth et Chemini Atséreth , de l’autre. Les deux membres de chacun de ces couples sont en effet éloignés l’un de l’autre par un «sept».

Mais pourquoi Pessah et Chavouoth sont-ils séparés par sept semaines, alors que Chemini Atséreth fait immédiatement suite à Soukoth ?

C’est une faveur que nous a accordée Hachem , explique le Midrach (Midrach rabba Chir ha-chirim 7,2): Il est écrit dans Chir ha-chirim : «Que tes pas sont beaux dans tes chaussures ( ba-nealim ), fille de prince [lorsque tu montes en pèlerinage vers Jérusalem]».

Le Midrach , jouant sur le mot nealim qui peut signifier tout autant «fermetures» que «chaussures», nous apprend:

Rabbi Hananya fils de rabbi Ibi a enseigné:

Il existe deux «fermetures», celle de Pessah et celle de Soukoth . Voici ce qu’a voulu dire à Israël le Saint béni soit-Il: Vous fermez devant Moi à Soukoth , et Je ferme devant vous à Pessah . En fermant devant Moi à Soukoth , vous Me faites ouvrir le ciel, souffler le vent, s’élever les nuages, faire tomber la pluie et faire briller le soleil. Ainsi les cultures pousseront et produiront leurs fruits, et chacun aura de quoi pourvoir à ses besoins.

Quand Je ferme le ciel [devant vous] à Pessah, vous pouvez aller récolter les produits de vos champs et jouir des bénédictions que Je vous y octroie.

Rabbi Yehochoua ben Léwi a enseigné: Le huitième jour de Soukoth aurait dû se situer cinquante jours après cette fête, tout comme Chavouoth a lieu cinquante jours après Pessah .

Mais étant donné que la fête de Soukoth se situe à l’automne, cela n’aurait pas permis de voyager confortablement.

Cela ressemble à un roi qui avait plusieurs filles, toutes mariées. Les unes habitaient tout près de chez lui, les autres très loin.

Un jour, ces princesses sont toutes venues rendre visite à leur père. Celui-ci leur a dit: Celles d’entre vous qui habitent non loin de mon palais peuvent venir en toutes saisons, ce qui n’est pas le cas de celles qui doivent voyager sur de longues distances. Puisque vous êtes toutes venues, nous allons célébrer ensemble une grande fête.

Il en est ainsi pour Chavouoth , qui tombe à la veille de l’été. Hachem dit alors: «C’est la bonne saison pour voyager. Revenez dans sept semaines!»

Mais quand vient Chemini Atséreth , on approche de l’automne, les chemins sont poudreux et malaisés. Voilà pourquoi il a lieu tout de suite après Soukoth , afin d’épargner aux pèlerins des efforts superflus.

Jacques KOHN (1929-2012)

Chemini Atseret 2020-5781

De la soirée du vendredi 10 octobre

À la soirée du samedi 11 octobre

Chémini Atsérét 

Chémini Atsérét :

Selon le Gaon de Vilna, les 4 premiers versets du Chir haChirim correspondent aux 4 fêtes dans l’ordre :
– « Cantique des Cantiques » (v.1) : c’est Pessa’h, lorsque les juifs chantent des louanges à Hachem pour les avoir délivré de leur esclavage ;
– « Qu’il me prodigue les baisers de sa bouche » (v.2) : c’est Shavouot, lorsque Hachem parle aux juifs directement en donnant la Torah ;
– « une huile aromatique [de sacrifice au Temple] … c’est pourquoi les jeunes filles sont éprises de toi » (v.3) : c’est Souccot, lorsque les 70 sacrifices de taureaux sont amenés au Temple, au nom des 70 nations du monde ;
« Le roi m’a conduit dans ses appartements » (v.4) : c’est Chémini Atsérét, qui est l’accomplissement du cycle des fêtes de l’année.

 Selon le Gaon de Vilna, Chémini Atsérét se résume par : « [Hachem] m’a conduit dans ses appartements ».
En tant qu’aboutissement de toutes les fêtes, c’est un moment d’énorme proximité, d’intimité extrême avec Hachem.

Le nom « Chémini Atsérét » provient du mot : « atsar » (retenir), car Hachem nous retient près de Lui pour un jour supplémentaire.

 Rachi (Pin’has 29,36) rapporte que :
[Après Roch Hachana, Yom Kippour, les 7 jour de Souccot,] Hachem dit à Israël : « Restez encore un peu chez moi! » C’est là une expression d’amour, comme des enfants prenant congé de leur père, lequel leur dit : « Votre départ me consterne, restez encore un jour! »

Rachi (Emor 23,36) enseigne également que Hachem nous dit : « Je vous ‘retiens’ chez moi. »
C’est comme un roi qui aura invité ses enfants à un festin pendant plusieurs jours.
Lorsque le moment est venu pour eux de prendre congé, il leur dit : « Mes enfants! Restez s’il vous plaît encore un jour chez moi! Votre départ m’est pénible! » (guémara Soucca 55b)

[Le Ben Ich ‘Haï (Ben Yéhoyada – Soucca 55b) fait remarquer que Hachem a demandé spécialement un petit repas afin que tout le monde puisse réaliser qu’Il est venu spécialement pour nous, et non pas pour la nourriture.

Par ailleurs, selon le Tiférét Shmouël, ce qui est particulièrement difficile pour Hachem est de voir tous ses enfants réunis ensembles à Jérusalem (unis comme un seul homme dans la joie), et ensuite de les voir repartir chacun de leur côté. (le restant de l’année, même si nous ne sommes pas géographiquement proches, nous devons l’être dans le cœur en préservant autant que possible le shalom, l’unité entre nous. En effet, étant tous les enfants de papa Hachem, par notre attitude nous pouvons Le réjouir ou bien L’attrister grandement (il y a rien de pire pour des parents que de voir leurs enfants se disputer!).)]

 Mais on peut s’interroger : pourquoi, n’y a-t-il pas un tel jour pour les autres fêtes : Pessa’h et Shavouot?

Le ‘Hizkouni répond que c’est comparable à un roi qui invite ses enfants à son palais plusieurs fois dans l’année.
A la fin de leur 1ere visite, le roi demande : « Quand allez-vous revenir? »
Les enfants de répondre : « dans 50 jours », et le roi les renvoi dans leur maison en paix.

Lorsqu’ils viennent lui rendre visite une 2e fois, le roi interroge également la date de leur prochaine venue, et ils lui répondent : « dans 4 mois ». Cette fois aussi le roi les renvoi en paix.

Pendant leur 3e visite, les enfants lui répondent qu’ils ne pourront pas revenir avant 6 mois.
Cette fois, le roi leur dit : « Cela m’est trop difficile d’être loin de vous pour si longtemps. S’il vous plaît restez un jour de plus ».

De la même façon, après Pessa’h il y a seulement 50 jours jusqu’à la prochaine fête : Shavouot, et entre Shavouot et Souccot, il y une distance de 4 mois, ce qui est soutenable.
En revanche, entre Souccot et Pessa’h, il y un espace de 6 mois, et Hachem trouve difficile cette si longue séparation avec nous …

Le nom « Chémini Atsérét » provient du mot : « atsar » (retenir).

 Le Yichma’h Israël dit qu’il faut garder, retenir les belles pensées et intentions que nous avons durant ces Yamim Tovim, [comme boussole, trésor pour le restant de l’année].

 Selon le Beit Avraham, il faut retenir du temps afin de nous examiner et de se remémorer de tout ce qu’on a pu vivre pendant ces jours de fête.
On fait le point sur cette période, sur les bonnes résolutions que l’on a prises, et sur comment on va s’en trouver positivement influencé pendant l’année à venir.

[Juste avant de se jeter dans le grand bain de cette nouvelle année, nous prenons le temps de fixer clairement dans notre tête quelles sont nos priorités et vers où nous souhaitons que notre vie se dirige.]

 Selon le Arizal (rapporté dans le Pri Tsadik – Séoudat Pidyon haBen), Atsérét signifie « klita » : absorber, intégrer, internaliser.
Cette fête vient comme clôture, une conclusion de ce que nous avons pu expérimenter, l’enracinant en nous pour le futur.

Le rav Chimchon Raphaël Hirsch enseigne également : « La fonction de Chémini Atsérét est de rassembler toutes les perceptions et résolutions que les fêtes de l’année ont pu produire en nous, afin de pouvoir conserver tous ses gains spirituels.
En les imprimant profondément dans notre cœur, ils resteront une possession permanente pour tous les jours de notre vie, vers lesquels nous pourrons nous tourner.
Ainsi « enrichis », nous pourrons rester avec Hachem quelque soit ce que l’année à venir va nous proposer! »

[les fêtes juives de la Torah se passent toutes pendant la période estivale : de Pessa’h à Souccot.
Ainsi à Chémini Atsérét, nous entreposons en nous afin de pouvoir passer l’hiver (jusqu’à Pessa’h) tous ces moments de chaleur spirituelle que nous avons pu vivre (Souccot, Roch Hachana, Kippour, …).
Dès qu’il fait froid en nous, nous pourrions les ressortir et retrouver toute notre ardeur dans notre vie juive.

A nous d’optimiser ces 24 heures de Chémini Atsérét afin de ramasser et d’entreposer en nous un maximum de brindilles de ce qu’on aura pu vivre pendant ces fêtes, car ainsi le feu sera d’autant plus puissant en nous.]

 Une opportunité unique pour nos prières :

« Il n’y a pas un jour semblable à celui-ci [Chémini Atsérét] où Hachem aime entendre les prières de l’homme au sujet de tout ce qu’il désire. Comme il est dit dans le Zohar (Tsav – 31b) : ‘Tout ce que l’homme sollicite ce jour-là de D., Il accepte sa prière et réalise sa demande’. » [Rabbi ‘Haïm Fallaggi – Moéd lé’Hol ‘Haï ]

Il ajoute également que si une personne était consciente de combien elle peut accomplir par ses prières en ce jour, elle s’enfermerait dans une pièce et prierait durant toute la journée.

« Pendant ces jours de fêtes (Chémini Atséret), la seule [nation] qui est avec le Roi, est la nation juive. Celui qui est tout seul avec le Roi, sur demande du Roi, peut Lui demander tout ce qu’il désire et Il l’accordera. » [Zohar Noa’h 63 ; Tsav 31b]

De même, le midrach Yalkout Chimoni (Bamidbar 782) dit que particulièrement en ce jour une personne doit « demander pour tous ses besoins ».

 « A chémini Atsérét, nous pouvons rectifier toutes nos prières dites sans les bonnes intentions durant toute l’année. Chaque personne à une « audience privée » avec Hachem et peut Lui demander tout ce qu’elle désire. » [Rabbi Sim’ha Bounim de Peshischa – se basant sur le Zohar ci-dessus]

 Le rabbi de Kobrin fait remarquer que nous devons d’abord prier pour notre spiritualité afin de pouvoir mieux servir Hachem, avant de prier pour d’autres choses.

 « Seul le peuple juif a su tisser une puissante relation avec le Créateur du monde qui leur voue alors une affection particulière. [A Chémini Atsérét, ] Hachem consacre un jour à Son peuple et leur octroie une bénédiction d’abondance avant qu’ils ne se séparent. » [Chem miChmouel].

lire la suite dans  https://todahm.com/2017/10/17/chemini-atseret/

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