Détails de l’accord entre Kurdes et l’armée syrienne

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Les troupes régulières de Bachar al-Assad se déploient pour contrôler l’offensive turque contre les zones jusque-là occupées par les forces kurdes.  Delil SOULEIMAN/AFP)

Syrie : ce qu’implique l’accord entre les Kurdes et l’armée de Bachar al-Assad

L’accord inédit entre les Forces démocratiques syriennes et l’armée loyaliste ouvre la porte au retour de la souveraineté du régime de Bachar al-Assad dans la région où vivent un million de Kurdes.

Le 16 octobre 2019 à 14h45

Sauver la population. Les Forces démocratiques syriennes – le nom officiel des forces armées kurdes – se sont résolues à signer un accord historique avec l’armée syrienne de Bachar al-Assad dans un seul et unique but : empêcher que les populations kurdes ne pâtissent de l’offensive turque à l’est du pays, dans les territoires jusqu’ici détenus par les FDS.

Le contenu de l’accord entre la SAA, l’armée arabe syrienne, et les FDS a fuité ce mardi soir. Il trace les lignes d’un choix plus que symbolique du mouvement kurde, qui donne accès aux troupes loyalistes syriennes à un territoire chèrement conquis, au prix de nombreuses pertes en vies humaines lors des combats contre Daech.

Jenan Moussa

@jenanmoussa

1/ This is important. I received a copy of the deal between Kurdish SDF & Syrian government, incl some interesting details.

In this thread I’ll tweet full text of the deal, which I have translated from Arabic into English.

I also prepared some maps to make it clearer.@akhbar

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« Les FDS ont accepté l’entrée de l’armée arabe syrienne et son contrôle s’étendra à toute la région, depuis Ayn Diwar à l’Est, jusqu’à Jarablus à l’Ouest », précise l’accord entre les deux ex-belligérants. En clair, les Kurdes ont ouvert les portes d’accès à tout leur territoire à leurs anciens ennemis. Un séisme politique – mais aussi militaire – pour les Turcs. Le cadre de ce futur déploiement tactique a été fixé très précisément par les deux nouveaux alliés de circonstance.

L’armée syrienne va donc se déplacer dans le territoire kurde via trois axes. Un premier axe « depuis Tabqa en direction du Nord vers Ayn Issa et sa campagne ». Également en direction du Nord vers la frontière syro-turque à Tell Abyad et vers l’Ouest.

Le deuxième axe ira « de Manbidj en direction de Kobané sur la frontière syro-turque jusqu’à Tell Abyad et vers l’Ouest » (NDLR, l’accord ne mentionne que le nom arabe d’Ayn al Arab, qui est appelé en kurde : Kobané). Enfin le troisième axe de progression prévu par l’accord ira de « Hassaké jusqu’à Ras al Aïn et vers l’Est, puis à l’Ouest jusqu’à Kamechlyié, puis Al Malikiyah au Sud ».

LP/Infographie
LP/Infographie  

« Les forces de la SAA se déploieront dans la région de Manbidj, à partir d’Arima et le long de la rivière Sajur, s’en tenant aux accords précédents concernant la répartition des forces dans Arima », précise encore ce texte.

Le contenu de l’accord fait que l’armée du régime de Bachar al-Assad étendra sa souveraineté dans toute la région à l’est et au nord de l’Euphrate mais, détail d’importance, « en coordination avec les conseils militaires locaux ». La zone située entre Ras al Ayn et Tell Abyad est définie comme la zone de combat principale « en attendant sa libération », précisent encore les deux parties.

Retour de la souveraineté de Bachar al-Assad

Les mots les plus importants de ce texte, finalement assez court, sont ceux qui ont trait à la souveraineté sur le territoire. Ceux qui ont dû coûter le plus cher aux responsables kurdes. « Les FDS confirment qu’elles sont prêtes à préserver l’unité territoriale de la République arabe syrienne et qu’elles le font sous le drapeau de la République arabe syrienne », définit ainsi l’accord. « Les FDS se tiendront aux côtés de la SAA pour faire face aux menaces turques contre la terre syrienne sous la direction du président Bachar al-Assad », conclut le texte. Des mots qui redonnent au raïs syrien la souveraineté sur un territoire qui échappait à son contrôle depuis 2011.

Il y a deux manières d’analyser cette décision. C’est, pour certains, la fin du rêve d’un « Kurdistan syrien ». Pour d’autres, les victoires militaires kurdes du passé leur garantiront peut-être un avenir sous la souveraineté de Bachar al-Assad.

« Tout s’est écroulé comme un château de cartes pour les Kurdes »

« Avec le retrait américain, tout s’est écroulé comme un château de cartes pour les Kurdes. En réalité, les populations arabes sont majoritaires dans cette région, et les Kurdes n’en avaient qu’un contrôle militaire », explique Fabrice Balanche, maître de conférences à l’université Lyon-2, contacté par Le Parisien. Le géographe, spécialiste de la région, revient tout juste de la zone.

« Les Kurdes n’ont plus le choix que d’être loyaux car, sans l’intervention syrienne, un million de Kurdes auraient été déplacés par les Turcs, sans l’ombre d’un doute. Les populations ont très peur des supplétifs arabes d’Erdogan, car ils égorgent, ils pillent, ils violent, ce sont pour certains des anciens de Daech ou d’Al-Qaida. Le but avant tout c’était d’éviter un massacre », analyse encore le chercheur associé au Washington Institute.

« Les YPG (les unités de protection du peuple kurde) ont été largement surestimées par certains médias. La réalité est tout autre. Les forces kurdes se sont écroulées en quelques jours, sans le soutien des Etats-Unis », constate encore le spécialiste de la région. « Les FDS ont été surestimées car on oublie que les Arabes qui les constituent largement se battaient parce que des salaires étaient versés. Il fallait nourrir les familles. La principale motivation était là. Elle n’était pas idéologique », décrypte encore Fabrice Balanche.

« Ils devraient obtenir beaucoup plus que leur sort dans le passé »

« Les Kurdes ont préféré faire des concessions au régime syrien plutôt qu’aux Turcs », confirme Karim Pakzad, chercheur à l’IRIS (l’Institut de relations internationales et stratégiques). « Les Kurdes n’arrivaient plus à faire face aux forces d’Erdogan. Ils ont donc logiquement perdu leur souveraineté gagnée sur le terrain », constate-t-il.

« C’est faux de dire que les Kurdes dans leur ensemble sont des indépendantistes. La plupart étaient réalistes, car ils savaient que c’était impossible d’avoir trois Etats indépendants kurdes en Turquie, en Syrie et Irak », précise celui qui enseigne à l’université de Kaboul. « Mais je ne pense pas que les Kurdes ont tout perdu. Les Kurdes ont réagi dans l’urgence, pour se sauver du massacre », enchaîne l’enseignant.

« Après-demain, à mon avis, dans le cadre du processus d’Astana (NDLR, un ensemble de rencontres multipartites entre différents acteurs de la guerre civile en Syrie), les Kurdes obtiendront des concessions pour gérer de manière plus ou moins autonome une partie de la région. C’est aussi l’intérêt des Russes, le nouvel acteur fort de la région. À cause de la guerre en Syrie, les Kurdes sont tout de même apparus comme une force importante. Ils devraient obtenir beaucoup plus que leur sort dans le passé », tempère l’enseignant-chercheur.

.leparisien.fr

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