Après la réélection d’Emmanuel Macron?

Cette élection va durablement changer le paysage politique. La réélection d’Emmanuel Macron transforme une aventure personnelle et recomposition durable. Et ouvre donc la voie à une refonte totale du paysage politique français dans la foulée d’un premier tour aux conséquences profondes.

Emmanuel Macron réélu, les élections législatives suivront les 12 et 19 juin prochains. Mais, au-delà de cette étape majeure, quasiment tous les partis politiques français sont aujourd’hui à la croisée des chemins.

58,54% pour Emmanuel Macron et 41,46% pour Marine Le Pen (résultats définitifs du second tour)

Le président français et candidat du parti La République en marche (LREM) à la réélection Emmanuel Macron et Brigitte Macron, au Champ de Mars à Paris, le 24 avril 2022Ludovic MARIN / AFPLe président français et candidat du parti La République en marche (LREM) à la réélection Emmanuel Macron et Brigitte Macron, au Champ de Mars à Paris, le 24 avril 2022

Plus de 13,6 millions de Français (28,01%) n’ont pas été voter dimanche, du jamais-vu depuis 1969

Le dépouillement désormais complètement terminé, Emmanuel Macron est réélu président de la République avec 58,54% des voix, selon les résultats définitifs publiés par le ministère de l’Intérieur dans la nuit de dimanche à lundi.

La candidate du Rassemblement national Marine Le Pen obtient quant à elle 41,46% des suffrages, un score historique pour l’extrême droite en France.

L’abstention aura aussi été très importante: plus de 13,6 millions de Français inscrits sur les listes électorales (28,01%) n’auront pas été voter dimanche, du jamais-vu depuis 1969.

Un peu plus de deux millions de personnes ont glissé un bulletin blanc (4,57%), et 790.996 bulletins ont été considérés comme nuls.

Hormis François Mitterrand en 1988 et Jacques Chirac en 2002, en période de cohabitation lors de leur réélection, aucun président de la République n’avait depuis 1958 été réélu pour un second mandat consécutif.

Les prochaines législatives, qui se tiendront les 12 et 19 juin prochains, détermineront si Emmanuel Macron conserve ou non une majorité à l’Assemblée nationale.

L’actuelle administration devra d’ici là annoncer sa démission comme le veut la tradition, et M. Macron devra réfléchir à la composition d’un futur gouvernement, et d’un futur Premier ministre.

Une majorité beaucoup moins évidente pour la République en marche

En 2017, dans la foulée de la confortable victoire d’Emmanuel Macron au deuxième tour (66,10 %), la République en Marche s’était taillé la part du lion à l’Assemblée (308 sièges, 350 avec le Modem). Mais le pouvoir use. La victoire d’Emmanuel Macron est, cette fois, beaucoup plus courte et les cinq années passées ont été très difficiles: crise des Gilets jaune, pandémie, inflation et finalement guerre en Ukraine ont tendu la situation.

Lors des élections locales -municipales, régionales et départementales- le parti présidentiel a totalement échoué à élargir son ancrage local. Souvent peu expérimentés, rendus invisibles par un exercice du pouvoir très vertical, les députés LREM sont rarement sortis de l’anonymat. Cela n’empêche pas le parti d’être confronté à de douloureux choix d’investiture (trois prétendants dans la troisième circonscription des P.-O. !) Le lancement du parti Horizon par Edouard Philippe en 2021 apparaît comme une réponse anticipée à ce problème : la majorité présidentielle sera plurielle ou ne sera pas.

 Les Républicains coupés en deux

L’échec cuisant de Valérie Pécresse au premier tour (4,70 %) place les Républicains face à un choix qu’ils éludent depuis trop longtemps. Penchent-ils du côté d’Emmanuel Macron ?

Nicolas Sarkozy, lui, a choisi. Il a officiellement soutenu Macron après le premier tour et plaidera pour des accords LR/LREM qui, de fait, feront entrer ses députés dans une majorité plurielle. Combien seront-ils ? Il espère une soixantaine mais ce choix incitera d’autant plus la composante la plus droitière du parti à s’aventurer vers une union des droites. Au final, le vieux parti conservateur est déchiré.

 Entre « union des droites » et règlements de compte

La tentative menée par Eric Zemmour de submerger Marine Le Pen a échoué. Mais cette dernière vient encore de perdre et tout est donc en place pour un règlement de compte grandeur nature à l’extrême droite. Qui prendra le leadership de Marion-Maréchal, Marine Le Pen, Eric Zemmour ? Les trahisons de la présidentielle pourront-elles être dépassées ? La tendance Ciotti, majoritaire lors des primaires chez les Républicains va-t-elle enfin trancher son positionnement ?  Comment le clivage social très important au sein de cette droite de la droite entre bourgeoisie traditionnelle et populisme pourra-t-il être dépassé ?

Le PS face à la réalité de son implosion

Au parti socialiste, une implosion lente et continue avait commencé pendant la présidence de François Hollande et se poursuit de plus belle. Anne Hidalgo n’a pas passé la barre des 2 %. Au PS, ce sont ses électeurs qui sont partis en premier. Beaucoup ont rejoint Macron dès 2017 mais les « éléphants », aveuglés par le maintien de leurs positions locales, n’ont pas pris la mesure du désastre.

Le choix de tenter de reconstituer des mouvements locaux – caressé un moment par Carole Delga par exemple- semble prématuré pour les législatives à venir. Le Conseil national du PS a voté en faveur d’un dialogue avec LFI. Une trentaine de sièges sont à sauver dans l’immédiat, un tiers pourrait l’être. Mais après ?

 Le mystère des Insoumis

Fort d’un score de 22% au premier Tour, la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon est-elle vraiment la force autour de laquelle la gauche peut se reconstruire, composant ainsi une vie politique à trois têtes en France ? Ce parti à la fois très horizontal dans son organisation et totalement dépendant de son leader charismatique a largement bénéficié d’un effet « vote utile » qui a réalisé une sorte d’union de la gauche par les bas, à savoir les électeurs.

Mais LFI peut-il se structurer avec les écologistes, les restes du PS et le PC ? Si une méthode peut-être envisagée pour les législatives, il faudra bien, par la suite, en passer par une plate-forme voire un programme commun. Jean-Luc Mélenchon n’avait pas voulu le faire en 2017. Changera-t-il de stratégie 5 ans plus tard ?

Jforum avec i24 news, OBS et www.lindependant.fr/
Les Unes de la presse internationale au lendemain de la victoire d’Emmanuel Macron à la présidentielle. Montage L’Express

Emmanuel Macron en dix grandes dates

Dix grandes dates de la vie d’Emmanuel Macron, réélu dimanche président de la République, à 44 ans.

– 21 décembre 1977: naissance à Amiens. En 2004, il intègre l’Inspection générale des finances à sa sortie de l’ENA (promotion Léopold Sédar Senghor)

– 2007: épouse Brigitte Trogneux, professeure de français de 24 ans son aînée, rencontrée en 1993 alors que, lycéen, il participe à l’atelier théâtre qu’elle anime dans l’établissement

– 2008: banquier d’affaires, puis associé-gérant à la Banque Rothschild et Compagnie

– 2012: secrétaire général adjoint de l’Elysée sous François Hollande

– 2014: ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique. Son projet de loi « croissance » (dispositions sur les professions règlementées, le travail dominical, le permis de conduire, le marché des autocars…) est définitivement adopté en 2015 après trois recours au 49.3

– 16 novembre 2016: annonce sa candidature à l’élection présidentielle de 2017, après avoir lancé en avril son mouvement politique « En Marche! », qui se veut « ni à droite ni à gauche », puis démissionné du gouvernement en août

– 7 mai 2017: arrivé en tête (24%) du premier tour, il est élu au second tour (66,1%) président de la République face à Marine Le Pen

– novembre 2018: déjà fragilisé par l’affaire Benalla à l’été 2018, il doit affronter la crise des « gilets jaunes », qui se prolonge tout au long de l’année 2019

– mars 2020: « Nous sommes en guerre » face au Covid-19, lance Emmanuel Macron, en décrétant un premier confinement et le « quoi qu’il en coûte » pour affronter la pandémie, qui bouleverse son agenda. Son projet de réforme des retraites, fortement contesté, est notamment suspendu

– 24 avril 2022: arrivé en tête (27,85%) du premier tour de la présidentielle, il est réélu au second tour (autour de 58% des voix) président de la République face à Marine Le Pen.

AFP www.rtl.b

Emmanuel Macron en dix grandes dates

Emmanuel Macron, le 22 avril 2022 au Touquet (Pas-de-Calais) Ludovic MARIN

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